Au chevet des pintes, un patrimoine sous pression

LausanneBenoît Gaillard veut un inventaire et une meilleure protection des vieilles pintes de la ville.

Benoît Gaillard: «La Pinte Besson qui deviendrait un fast-food, ça serait une rupture importante de continuité».

Benoît Gaillard: «La Pinte Besson qui deviendrait un fast-food, ça serait une rupture importante de continuité». Image: VQH/Philippe Maeder

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

La fermeture de l’illustre Bavaria, en juin 2017, avait provoqué l’émoi. Si la pinte de la rue du Petit-Chêne doit rouvrir ses portes en avril 2019, l’épisode avait suscité la mobilisation d’élus lausannois. Benoit Gaillard (PS), auteur d’une motion visant à l’inventaire et à la protection des bistrots historiques de Lausanne, a défendu son texte mardi dernier lors de la séance du Conseil communal. Et ses collègues l’ont soutenu. Interview.

Qu’est-ce qu’une pinte historique? D’une part, ce qui compte, c’est évidemment le bâtiment. La devanture ou encore les boiseries et autres éléments de construction ou de décor doivent être réellement anciennes. La Bavaria, par exemple, comporte des éléments datant du XIXe siècle. D’autre part, c’est aussi une question de continuité de l’enseigne, de l’usage du lieu. Une pinte historique a une existence longue, parfois séculaire sous le même nom, avec le même type de cuisine. La Pinte Besson qui deviendrait un fast-food, ça serait une rupture importante de continuité…

À quoi bon faire un inventaire de ces pintes? On constate la pression du marché immobilier dans le centre-ville, comme partout. Pour un acquéreur, il est peu rentable de maintenir un bistrot. Avoir une banque comme locataire, c’est quand même moins risqué! Alors il peut être intéressant de savoir où on en est et ce qui mérite d’être protégé, plutôt que d’intervenir au coup par coup. Le dernier inventaire, réalisé sur mandat de la Ville, date des années 90. Depuis, beaucoup d’établissements ont changé, ont été rénovés, des découvertes ont été faites. Et aujourd’hui, il y a une plus grande sensibilité aux questions patrimoniales. S’ajoute à cela la nouvelle loi vaudoise qui inclut le patrimoine immatériel selon la définition de l’Unesco: des traditions de longue date qui sont encore vivantes et transmises aux nouvelles générations. À l’instar de la verrée! Elle y est déjà inscrite: dans le canton de Vaud, plus que partout ailleurs, chaque micro-événement se finit par une bouteille de blanc avec des flûtes ou des bricelets.

En somme, les pintes de la ville sont aussi bien un patrimoine matériel qu’immatériel? Exactement! C’est le cumul d’éléments physiques historiques, maintenus à travers le temps, et de la persistance de l’activité, qui fait le bistrot historique.

Si ce n’est plus rentable, c’est peut-être que les gens ne veulent plus de ce type d’établissement? Ou que l’offre est suffisante? Ça n’a jamais été un business rentable, du moins jamais de façon durable. Mais l’importance de la rentabilité, du taux de rendement, sont des éléments qui ont bien plus de poids maintenant. Ces bistrots sont pour beaucoup très fréquentés. En plus, ils sont souvent peuplés par tout un tas de groupes sociaux et de classes d’âge. Patrimonial ne veut pas dire fréquenté par des vieux qui y viennent pour s’offrir une tranche de nostalgie. Il suffit de mettre les pieds à la Couronne d’Or un samedi soir pour s’en convaincre.

Est-ce vraiment le rôle d’une ville que d’assurer la présence des vieux bistrots? Il ne faut pas à tout prix les garder. Mais oui, je pense que ça peut être le rôle de la Ville et du Canton – puisque c’est lui qui inscrit à l’inventaire – d’amortir et de freiner des vagues de réaffectation de locaux qui nuiraient à ce patrimoine. Lorsque ces bistrots historiques auront disparu, on pourra certes toujours boire pour oublier, mais plus dans le même décor! (24 heures)

Créé: 13.12.2018, 18h14

Benoît Gaillard

Conseiller communal PS.

Articles en relation

Une Bavaria brute à visiter avant de la voir restaurée

Patrimoine Le chantier de la brasserie a démarré. Il s’annonce conséquent mais la réouverture est prévue pour le printemps 2019. Plus...

La rédaction sur Twitter

Restez informé et soyez à jour. Suivez-nous sur le site de microblogage

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.