Chavannes s’est choisi une tour qui fait déjà sa fierté

UrbanismeLe bureau milanais de l’architecte Stefano Boeri sera l’auteur de la «forêt verticale» qui sortira de terre au quartier des Cèdres dès 2017. Un ouvrage à 200 millions qu’on verra de loin.

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Il avait promis il y a deux ans qu’elle serait «belle, blanche et exceptionnelle». Mardi matin, le promoteur Bernard Nicod a présenté la tour qui a remporté le concours d’architecture lancé par Chavannes. La couleur y est. Nous laisserons à chacun le soin de se faire une opinion sur l’esthétique. Mais l’objet détonne, c’est certain. La «forêt verticale» proposée par l’architecte milanais Stefano Boeri a séduit l’unanimité du jury par sa verdure omniprésente et son originalité.

Les maîtres d’ouvrage – Bernard Nicod, Avni Orllati – et les autorités ont tenu les promesses faites au moment où leur projet était attaqué par référendum, durant l’hiver 2013-2014.

Stefano Boeri explique son projet

Un concours a bel et bien été lancé. Il y a quelques mois, les autorités invitaient dans le plus grand secret sept bureaux d’architectes triés sur le volet à leur montrer de quoi ils étaient capables pour intégrer une tour au quartier. Quatre bureaux suisses, un italien, un espagnol et un américain recevaient leur ticket d’essai.

Le résultat est lui aussi conforme à ce qui avait été dit: les Terrasses des Cèdres – c’est désormais le nom de la tour – ne dépasseront pas 117 mètres de hauteur. Et socle et sommet (un restaurant y est prévu) seront ouverts au public. Pour ceux qui rêveraient en revanche d’accéder aussi à l’un des 195 appartements (entre 80 m2 et 160 m2) qui seront construits, il faudra mettre la main au porte-monnaie. «On ne fait pas du luxe, ce n’est pas du HLM non plus, mais c’est du haut standing, détaille Bernard Nicod. Cette tour est un objet sans concurrence.»

Bernard Nicod, maître d'oeuvre, défend la nouvelle tour

Espoirs fiscaux

Les autorités n’ont jamais nié que l’un des buts principaux de cette construction réside dans le fait d’attirer de nouveaux contribuables. «Elle ne sera pas forcément accessible à la population chavannoise», admet le syndic socialiste, André Gorgerat.

Lui peut-être plus que quiconque avait mardi en tête le chemin parcouru par Chavannes-près-Renens depuis le 12 juillet 2002. Le jour où le village était placé sous contrôle cantonal, tant ses difficultés financières étaient devenues grandes. «Aujourd’hui, même si nous avons encore des dettes, les finances sont maîtrisées», souligne l’élu, qui ne cache pas sa fierté d’avoir mené à bien le projet des Cèdres.

Lui et son acolyte chef de l’urbanisme, Claude Daetwyler, se sont battus durant des années pour ce morceau de leur commune, encastré entre le Tir-Fédéral et l’autoroute. Bernard Nicod rappelle: «Nous avons passé dix ans à travailler d’arrache-pied pour ressusciter les Cèdres.» L’idée: faire de ces anciennes grandes pépinières le cœur de la commune. Un trait d’union entre le nord et le sud, coupés par l’A1. Et miser sur le métro qui borde l’ensemble pour la mobilité des nouveaux habitants.

La forêt verticale construite par Stefano Boeri à Milan

La lutte avait atteint son paroxysme début 2014 quand ils avaient défendu sans relâche le projet, séance après séance, face à des opposants parfois hostiles. Ils n’étaient pas nombreux à parier sur cette tour, après l’échec de celle de Bussigny et en pleine tempête Taoua, à Lausanne. Chavannes-près-Renens a voulu se donner une identité forte, «offrir une très belle carte de visite au-delà de la commune, à toute la région», dit André Gorgerat.

Le dimanche 9 février 2014, c’était la consécration presque surprise. Le projet était largement plébiscité: 60% des Chavannois disaient oui à ce quartier et à sa tour de 117 mètres de haut. La joie quasi incrédule des acteurs du projet explosait.

Près de deux ans plus tard, l’attitude défensive à l’égard du projet a laissé place à de la confiance. Au sentiment du devoir accompli. Le syndic, quand on lui parle de son retrait de la politique, en mars prochain, a le sourire de ceux qui n’ont plus rien à prouver.

Le reste d’un quartier à bâtir

L’urbaniste communal Claude Daetwyler s’est dit mardi «comblé». Il lui reste une tâche immense, puisque le quartier n’est pas encore sorti de terre. Il supervisera la mise à l’enquête de la tour, qui aura lieu «d’ici à la fin de l’année prochaine». Le chantier devrait débuter dans la foulée. A ce stade, les oppositions, s’il y en a, ne devraient pas poser de problème. Bernard Nicod résume: «La tour coûte beaucoup d’argent et nous voulons la construire le plus vite possible.» Il parle d’environ 200 millions de francs qu’il investira, avec Avni Orllati. «Une banque sera sûrement aussi dans le coup pour les crédits!»

Le quartier s’est d’ailleurs déjà confronté à la procédure avec une première mise à l’enquête pour 250 logements au pied de la tour. Aucune opposition ne s’est manifestée. Les travaux commenceront après les fêtes de fin d’année. Et les appartements prévoient des loyers «abordables». Une deuxième phase similaire débutera au printemps. Ces deux groupes de construction seront des bâtiments d’une petite vingtaine de mètres de hauteur. C’est le bureau d’architectes Richter Dahl Rocha qui est à l’œuvre.

Une démarche participative pour l’aménagement de l’espace public du quartier est par ailleurs en cours. Les autorités ont aussi ouvert une «infobox» où les différentes étapes sont expliquées, exposées. Du 5 au 18 novembre, c’est la maquette de la tour tant attendue qui fera son entrée au stand. Avant de se concrétiser dans les mois à venir. Et prendre place dans le paysage de l’arc lémanique. (24 heures)

Créé: 03.11.2015, 22h46

La future tour de Chavannes dévoilée

«Il faudrait aussi des logements pour des gens qui n’ont pas de moyens»

Ils ne trépignaient pas de découvrir le visage de cette fameuse tour. Mais la curiosité de l’apercevoir pour la première fois est bien là. Sur le terrain, quelques Chavannois ont livré leurs impressions sur le projet lauréat.

A l’heure où, de toutes parts, la durabilité se fait atout marketing, le concept d’un immeuble-forêt joue la carte de la séduction. Et pourtant, elle ne fait pas mouche à tous les coups. «A la base, je n’ai rien contre l’idée d’une tour. On ne peut pas toujours construire en s’étalant, mais là, c’est bizarre. On se croirait presque dans le Seigneur des Anneaux avec cette tour un peu elfique», s’étonne Frédéric Erne, qui habite la commune depuis sa naissance, il y a vingt-huit ans. Pas vraiment charmé, il n’est pas le seul à se demander comment les futurs locataires entretiendront les arbres sur leur balcon. Les Chavannois ont le sens pratique.

Mary-France Mischler, qui tient un salon de coiffure à Chavannes depuis vingt-cinq ans, adopte quant à elle une vision à long terme: «Le projet est très beau, mais il faudra voir comment tout ça va vieillir.» Une question qui se pose souvent lorsqu’il s’agit d’architecture moderne. Le côté novateur du projet lauréat est reconnu de toutes parts, et apprécié avec prudence, mais il soulève aussi son lot de critiques virulentes. Devant l’entrée de son immeuble, Xavier Steiner, retraité vivant à Chavannes depuis une trentaine d’années, annonce d’emblée qu’il a voté oui au référendum, même s’il se veut philosophe sur le futur visage de sa commune: «Ce projet est très spécial, mais en tout cas pas joli, ça, c’est sûr. Maintenant, je suppose qu’il faut suivre les évolutions de l’architecture.»

S’il y a un point sur lequel les réactions sont unanimes, c’est le choix des maîtres d’ouvrage de proposer des appartements haut de gamme. «C’est très joli, mais maintenant que je sais que c’est pour les riches, je suis contre. Il faudrait quand même une part de logements pour des gens qui n’ont pas beaucoup de moyens», déplore Parvin Haydari, qui habite la commune depuis plusieurs années. «Il faudra les remplir, ces appartements, et ça risque d’être difficile s’ils sont d’un certain standing», prédit quant à lui Xavier Steiner. Parmi les opposants historiques à la tour de Chavannes, Alain Rochat ne s’étonne pas: «A partir du moment où on parle d’une tour, avec vue sur les Alpes et ce genre de choses, il faut être naïf pour croire que c’est destiné à des revenus modestes.» Lui qui avait porté les arguments du comité référendaire
il y a près de deux ans ne s’est pas précipité pour découvrir le projet présenté mardi. Sur le principe de la tour, il en est venu à cette conclusion: «L’homme est ainsi fait qu’il s’accommode de tout.»
Chloé Banerjee-Din


Exposition publique des projets
Du 5 au 18 novembre 2015 au Collège
de La Planta à Chavannes-près-Renens
lescedres.chavannes.ch

Chavannes préfigure l’identité de l’Ouest

Le Schéma directeur de l’Ouest lausannois (SDOL) était en course d’école aux Grisons, hier. L’outil de planification urbanistique du district n’a pas été grandement impliqué dans le projet des Cèdres, né bien avant lui. Mais l’idée d’élaborer un guide, une boîte à outils pour la construction de tours dans l’agglomération lausannoise est venue de ce projet. Les deux femmes à la tête du SDOL, Marianne Huguenin, syndique popiste de Renens, et Ariane Widmer, architecte, livrent néanmoins leur point de vue. A l’unisson, elles saluent l’audace du projet. «Ils peuvent être fiers d’avoir mouillé leur chemise pour les Cèdres», dit la politicienne de ses voisins de Chavannes. Elle voit pour l’heure cette tour comme un marqueur d’identité pour la commune. «Mais l’histoire et le temps diront quelle place elle prendra dans l’Ouest.» Ariane Widmer prédit qu’elle deviendra la tour de l’Ouest: «Elle sera à tout le monde, tout le monde la verra et j’espère que tout le monde apprendra à l’aimer.» Pour l’architecte, une telle construction à cet endroit fait tout son sens: «Il y a une belle relation entre la verticalité et la linéarité de l’autoroute. Et une centralité va sûrement pouvoir se créer à ses pieds.» Celle qui est de tous les projets urbanistiques de l’Ouest lausannois salue la démarche du concours. «On cherche ainsi l’innovation, une architecture expérimentale, observe Ariane Widmer. Et l’Ouest lausannois, avec son potentiel, doit aussi servir à ça.» La prochaine échéance se jouera du côté de Malley, avec le groupe de tours prévu à Prilly. «Le projet de Chavannes aidera peut-être à faire comprendre qu’une tour n’est pas juste un élément. Elle a un caractère, un visage. Elle peut avoir une architecture très explicite.»
CI.M.

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