Des dons comptés à double ont plombé Terre des hommes

LausanneFinalement, ce sont 55 emplois à temps plein qui vont passer à la trappe. Le point sur la tempête qui frappe la fondation.

Image: Odile Meylan

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Terre des hommes est dans la tourmente depuis que l’analyse des comptes de la fondation a révélé un déficit deux fois plus important qu’envisagé. Mardi, l’étendue précise des dégâts a été révélée aux employés basés à Lausanne: ce sont 55 postes à plein temps qui devront être supprimés. Toutefois, on ignore encore combien d’employés seront touchés par cette mesure. Au sein de la fondation d’aide à l’enfance, cette crise sans précédent s’inscrit dans une prise de poids qui révèle des erreurs comptables étonnantes.

Au sein du personnel, la tension se perçoit notamment par la diffusion d’une missive anonyme, censée préciser la situation en 18 points. À l’interne, on estime qu’elle est le fait d’un seul «corbeau». Le comité du personnel, fortement mis à contribution dans cette crise, a peu goûté l’initiative. Il n’empêche qu’elle met notamment le doigt sur une pratique curieuse, révélée par l’examen des comptes 2018. Des dons ont été comptabilisés à double, contribuant à plomber la différence entre le déficit budgétisé et la réalité.

Erreurs d’écritures

Pour rappel, Terre des hommes avait prévu un déficit de 7 millions pour l’année 2018. Une perte que la fondation était prête à assumer en raison du processus de croissance initié en 2016. Ainsi, les locaux lausannois, qui accueillaient une centaine d’employés jusque-là, se sont agrandis en deux ans pour totaliser près de 230 personnes. Toutefois, c’est un déficit de 14,5 millions de francs qui est ressorti des comptes. La direction faisait vendredi son mea culpa, admettant avoir «voulu grandir trop vite». Mais ce sont de véritables erreurs qui semblent avoir été commises dans l’établissement des budgets.

Michel Roulet est un pédiatre au long parcours humanitaire. Spécialisé dans la gestion de crise et membre du conseil de fondation de Terre des hommes, il est à la manœuvre au sein de la cellule de crise mise en place par l’ONG. «Oui, nous avons découvert des doublons dans notre budget, heureusement pas de manière systématique, confirme-t-il. Certains dons ont été enregistrés par erreur à la fois dans les fonds à libre disposition et dans les fonds attribués à des projets.» Il souligne la difficulté d’identifier certains éléments comptables dans des contextes d’urgence, sur le terrain.

Recettes surestimées

Les dons enregistrés à double ne font cependant qu’aggraver ce qui apparaît comme une véritable difficulté à établir un budget fiable. Dans son processus de croissance, la fondation semble avoir fait preuve d’un optimisme qui l’a menée à surestimer sa capacité à lever des fonds. «Nous avons surestimé nos recettes et dépensé en fonction», constate Michel Roulet. Pour une organisation vivant des dons d’argent, cette découverte est plus qu’embarrassante. «Il y a eu des erreurs dans la gouvernance et il y a des responsabilités jusqu’en haut de l’échelle, admet le pédiatre. Notre fonctionnement n’est visiblement pas adapté à la stratégie lancée en 2016.»

Mais on n’en est pas encore là. La fondation gère aujourd’hui une situation d’urgence. À l’absence du directeur financier, en arrêt maladie, vient de s’ajouter celle du directeur général, en raison d’un décès dans sa famille. Cela alors que Terre des hommes doit avancer dans le plan d’économie à mettre en place. Parmi les questions à résoudre, celle des suppressions d’emplois. Pour ce mois de mai, ou au mois de juin? L’impact financier d’une telle décision se monte à quelque 400'000 francs. «Nous sommes au plus gros de la crise et nous nous donnons encore quatre semaines pour en sortir, dit Michel Roulet. Lundi, nous avons pris de nombreuses décisions difficiles dans le cadre du plan de restructuration, afin de stopper l’hémorragie. Nous pourrons ensuite travailler à reconstruire l’organisation, en revoyant sa gouvernance.»

Présidente du comité du personnel, Maïté Terraz donne le point de vue interne. «L’organisation a fait appel à des externes pour y voir plus clair et la question des responsabilités viendra plus tard, dit-elle. Pour le moment, nous devons rester soudés et nous avons surtout envie de lancer un appel à l’aide.» Très engagé, le personnel de Terre des hommes semble décidé à sauver le bateau avant tout. «Ce que souhaitent en priorité les collaboratrices et les collaborateurs, c’est protéger les missions sur le terrain, dit Maïté Terraz. Nous comprenons que des mesures de licenciement soient nécessaires et, s’il y a de la colère, c’est en raison de l’attente de décisions depuis que le déficit est connu, à la mi-mars.» (24 heures)

Créé: 15.05.2019, 06h52

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