Des locataires au bord de la crise de nerfs

LausanneAu bout de deux ans de travaux colossaux, un immeuble de l’avenue Eugène Rambert a gagné trois étages mais usé ses habitants.

Des locataires, qui affirment n’avoir eu d’autre choix financier que de rester, posent dans le hall de leur immeuble en totale rénovation depuis bientôt deux ans.

Des locataires, qui affirment n’avoir eu d’autre choix financier que de rester, posent dans le hall de leur immeuble en totale rénovation depuis bientôt deux ans. Image: MARIUS AFFOLTER

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Pour accéder à son appartement en ce matin d’août, Anne-Marie Jaquerod doit enjamber un carreleur agenouillé sur son palier. Un moindre mal. «Cela fera deux ans en septembre que cela dure», soupire cette ancienne violoniste de l’Orchestre de chambre de Lausanne. Vingt-quatre mois de travaux incessants dans l’immeuble qu’elle occupe depuis bientôt vingt ans, à l’avenue Eugène-Rambert à Lausanne, afin que l’édifice grandisse de trois niveaux et que vingt et un nouveaux appartements voient le jour.

La Bâloise Assurances, propriétaire des lieux, en a profité pour lancer une rénovation totale pour 18,6 millions de francs. Alors entre poussière permanente, gaines qui courent au plafond, nuisances sonores, fils qui pendent, coupures d’électricité, d’eau et inondations, des locataires commencent à trouver le temps bien long. «Comme il nous est impossible de déménager, on se sent comme pris dans une nasse», image une autre habitante.

Un chantier hors-norme

Création d’une nouvelle entrée, mise aux normes des installations communes, mise aux normes incendie, pose de nouvelles portes palières coupe-feu, réfection des locaux communs et notamment de la cage d’escalier et des corridors, rénovation de l’enveloppe du bâtiment, agrandissement des balcons, mise en séparatif des eaux claires et usées, pose de nouveaux ascenseurs…

La liste des travaux entrepris dans l’immeuble depuis septembre 2015 n’en finit pas. D’autres, qui n’étaient pas prévus initialement, sont encore venus la grossir. «Il y a aussi la rénovation de 20 appartements vacants. Des interventions sont donc nécessaires à tous les étages. Nous avons toujours souhaité maintenir nos locataires en place pendant la période de rénovation. Malheureusement, une telle pratique complique sensiblement l’organisation des travaux et en prolonge la durée. Aujourd’hui, nous sommes à bout touchant», assure Roberto Brunazzi. Il est le porte-parole de Baloise Group.

«On nous prend en otage»

La majorité des locataires n’en démord pourtant pas, quand bien même ils entrevoient à peine la fin du tunnel: ils estiment être la face cachée de la densification urbaine. Car malgré les nuisances «épouvantables» et «stressantes» engendrées par ce chantier hors-norme, ils n’ont souvent pas d’autres choix que de rester dans leur logement.

«Les locataires restés en place ont la possibilité, depuis plusieurs années, d’être libérés de leurs obligations contractuelles sans respecter les échéances avec un préavis d’un mois pour la fin de chaque mois», rappelle pourtant Roberto Brunazzi. Une éventualité bien souvent inenvisageable pour les locataires les plus anciens. «Comment fait-on avec nos retraites quand on est installé dans le même appartement depuis plus de vingt ans? Comment on se reloge pour le même prix? C’est impossible. Alors on reste», témoigne encore une locataire. «On nous prend en otage», surenchérit une autre.

Indemnisations prévues

A la Bâloise, on se dit conscient des nuisances subies par les locataires. «Nous mettons tout en œuvre pour les minimiser. Néanmoins, un chantier de cette ampleur implique des inconvénients inévitables. Une indemnité sera versée aux locataires à la fin du chantier, en tenant compte de la durée et de l’intensité des travaux.» Un bureau au rez-de-chaussée de l’immeuble a d’ail­leurs été créé pour le responsable de chantier. Il se tient à disposition des locataires tous les jours de la semaine. Cela dit, des augmentations de loyers ont bien été annoncées aux 27 locataires (sur les 47 appartements préexistants) toujours présents dans l’immeuble.

Au sommet du bâtiment, les nouveaux biens sont d’ores et déjà proposés à la location dès le 1er septembre. A titre indicatif, ils vont du 1,5 pièce à 1490 francs au 5 pièces à 4800 francs, charges comprises. (24 heures)

Créé: 10.08.2017, 15h57

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