Fin de l’histoire pour la librairie BD Crobar

LausanneLes difficultés financières ont eu raison de l’enseigne du Petit-Chêne. Raspoutine et Belphégor tiennent bon.

Crobar, installé dans le Petit-Chêne depuis 13 ans, fermera définitivement ses portes à la fin du mois de mars. Ses difficultés financières mettent à la porte trois personnes.

Crobar, installé dans le Petit-Chêne depuis 13 ans, fermera définitivement ses portes à la fin du mois de mars. Ses difficultés financières mettent à la porte trois personnes. Image: Philippe Maeder

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Un Titeuf «pô» content du tout trône devant la Librairie Crobar. À ses côtés, les deux mots qui en disent long: liquidation totale. Après treize ans au Petit-Chêne, la librairie spécialisée dans la bande dessinée et le manga – mais qui s’était depuis quelques années muée aussi en vendeuse de décorations – met la clé sous le paillasson. Les finances vont mal. Il y a bien sûr la concurrence d’Internet, ce magasin «ouvert 7 jours sur 7, nuit et jour», résume le patron, Jean-Paul Girardier. Les «entraves au commerce» de la Ville de Lausanne n’aident pas non plus. «Les enseignes vides sont toujours plus nombreuses. À côté de chez nous, la Bavaria est fermée depuis six mois.» La politique de limitation des nocturnes et autres opérations spéciales est aussi jugée trop restrictive.

Mais pour Jean-Paul Girardier, le «coup de grâce» est venu des éditeurs parisiens. En deux temps. Premier acte, la montée des prix conseillés après le choc de l’euro. «Ils en ont profité pour charger la barque. Avant, nous avions un différentiel d’environ 20% avec la France. Il est passé à du quasi 50% chez les gros comme Larousse ou Marabout. J’avais parfois mal au bide en étiquetant mes livres. Mais je n’ai pas le choix: sans marge, je ne paye plus mes charges.»

Deuxième clou parisien dans le cercueil de Crobar: le rythme de sortie des nouveautés. «Ils ont découvert que Noël est en décembre!» Depuis 2016, les grosses sorties se concentrent sur le deuxième semestre. «Alors pendant six mois, on n’a presque rien de neuf. En 2017, Largo Winch et Astérix sont sortis à une semaine d’écart.» Et ces dernières années, les nouveautés représentaient 90% du chiffre d’affaires sur les livres. «Sans compter que la Coop les vend presque au prix d’achat. Ça nous a complètement étouffés, cette nouvelle façon de faire.» Jean-Paul Girardier a fait ses comptes: avec une baisse de 8 à 10% de son chiffre l’an dernier, il a choisi de tirer la prise.

La concurrence navrée

Sous-gare, Belphégor, le pro de la BD avec une option claire sur les occasions, avance la même fourchette de pertes l’an dernier. Son patron, Didier Rognon, se dit «vraiment désolé» pour son collègue. Il pointe immédiatement son emplacement, «pas simple». Avant de préciser qu’il n’a jamais eu le sentiment qu’ils se «marchaient dessus». «Mais j’espère que je récupérerai un peu de clientèle, avoue-t-il, parce que ce n’est pas facile pour nous non plus.» Là aussi, les achats sur Internet constituent un manque à gagner. Alors Didier Rognon compte beaucoup sur sa présence dans différentes manifestations spécialisées: à Aigle pour la première fois cette année, mais aussi à BD-FIL, Delémont’BD ou encore Bédémania-Belfaux. «Je vends beaucoup d’occasions et j’équilibre mes comptes grâce à ça. Il y a davantage de marge que sur le neuf.»

Troisième et dernière librairie lausannoise spécialisée dans la BD, Raspoutine détonne: elle se porte bien. «2017 a été notre meilleure année depuis 1999», lâche le boss, Lorenzo Pioletti. Il dit avoir vu venir la chute de son collègue du Petit-Chêne: «Il faisait de plus en plus dans le gadget. Quand on change un peu de voie, c’est que ça ne va pas fort.» Loin de lui l’idée de critiquer la diversification. Mais elle doit rester dans la spécialité de la maison, pense-t-il: «J’édite, j’expose, je fais des dédicaces! On ne peut absolument pas compter que sur les nouveautés.»

Lorenzo Pioletti déplore la disparition de Crobar dans un environnement qui exige «énormément de travail et d’imagination. Il faut être superdynamique si on veut s’en sortir.»

Le directeur de BDFIL, Dominique Radrizzani, se dit «infiniment catastrophé» par cette fermeture, dont il n’avait pas connaissance. «J’y ai acheté de nombreuses BD et c’était vraiment un des trois derniers spécialistes de la place. Même si l’ampleur du rayon Payot dédié à la BD m’impressionne de plus en plus.» A-t-il le sentiment que BDFIL devrait accorder une place particulière aux libraires locaux? Pas vraiment. «Belphégor a toujours eu un stand avec ses occasions. Raspoutine, ça dépend, mais ils prennent toujours nos sérigraphies. Crobar n’a même jamais mis notre affiche dans sa vitrine. Et ils ne pouvaient pas avoir de stand avec leurs BD neuves puisque l’exclusivité est à Payot. En revanche, ils auraient pu venir avec des objets ou des sérigraphies. Ils n’ont jamais à ma connaissance fait la démarche.» Pour lui, c’est à eux de jouer le jeu. «Je reviens d’Angoulême: là-bas, tout le monde est à fond avec la BD. Ici à Lausanne, c’est plus diversifié. Il y a la photo, la danse, la cinémathèque…»

Créé: 06.02.2018, 06h54

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