Hervé Klopfenstein n'est plus directeur de la HEMU

FormationLe chef d'orchestre est poussé vers la sortie. La Haute Ecole de musique sera réformée en profondeur.

De gauche à droite: Hervé Klopfenstein, directeur général de la HEMU mis à l'écart, Me Nicolas Gillard, président du Conseil de fondation, et Mathieu Fleury, directeur administratif.

De gauche à droite: Hervé Klopfenstein, directeur général de la HEMU mis à l'écart, Me Nicolas Gillard, président du Conseil de fondation, et Mathieu Fleury, directeur administratif. Image: Florian Cella

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L’audit externe tant attendu vient de tomber. Dominique Alain Freymond, ancien chancelier de l’État de Vaud et spécialiste de l’analyse de la gouvernance des organisations, a rendu son rapport le 26 février. Il pensait qu'Hervé Klopfenstein, directeur général de la Haute École de Musique Vaud-Valais-Fribourg et Conservatoire de Lausanne (HEMU-CL), pourrait rester à son poste jusqu'à la fin de l'année. La conseillère d'Etat vaudoise Cesla Amarelle vient d'annoncer que le chef d'orchestre était mis au bénéfice d'un congé scientifique: «il n'exerce plus de responsabilité au sein de l'institution». Sept démissions, dont celle de Béatrice Zawodnik, directrice du site de Lausanne depuis 2013, ont été annoncées la semaine dernière. Ces départs, qui s'ajoutent à vingt autres, ont précipité les décisions politiques.

Directeur général au centre des tensions
Hervé Klopfenstein, 61 ans était directeur général de la HEMU depuis 2009. Il a renoncé à un nouveau quinquennat en 2019. Il se trouve au centre des tensions, ce que le rapport souligne sans détour: «Charismatique, intelligent, parfois aussi manipulateur, il a ses admirateurs mais aussi ses détracteurs, notamment parmi des personnes blessées par des propos désobligeants, voire plus. Son repli sur soi, son manque de communication, son incapacité à demander de l’aide ont renforcé l’impression d’une arrogance, un sentiment de mise à l’écart de certains membres de son équipe».

L’audit relève aussi son «engagement passionné, son approche visionnaire, ses compétences professionnelles et sa capacité à prendre rapidement des décisions qui ont été précieuses et ont permis à la HEMU-CL de devenir une institution renommée». Selon l’expert, après trois mois de travail et 46 entretiens, ainsi que l’examen de questionnaires en ligne qui ont obtenu 50% de réponses auprès du personnel enseignant et de recherche et 80% du côté des collaborateurs administratifs et techniques, «les torts sont partagés et il n’y a pas lieu de demander la démission du directeur général, ni son départ immédiat». Toutefois, «à des fins d’apaisement et d’efficacité», l’expert externe suggère de décharger Hervé Klopfenstein, pour 2018, des activités opérationnelles et de lui confier des «missions et négociations stratégiques». Les autorités vaudoises, valaisannes, fribourgeoises et lausannoises, qui subventionnent l'école, en ont décidé autrement.

«La situation au sein de la HEMU-CL, qu'on peut considérer comme une crise, a continué de se détériorer pendant la durée du processus d'audit. Ce ne sont plus seulement des questions d'organisation, de management et de gouvernance qui doivent trouver des solutions, mais désormais la pérennité des missions académiques de l'institution qui doit être assurée», affirment les pouvoirs publics.

La direction opérationnelle générale de la HEMU sera assurée, dès le 12 mars, par le Conseil des directrices et des directeurs. Barbara Vauthey, cheffe du Service des affaires universitaires à la Direction de l'instruction publique, de la culture et du sport du Canton de Fribourg «accompagnera» ce collège en le présidant.

«Passionné et parfois véhément»
Hervé Klopfenstein exprime des regrets: «Je suis un homme passionné et parfois véhément. Si j’ai pu tenir des propos qui ont blessé des collaborateurs, je présente mes excuses». La difficulté à demander de l’aide, le repli sur soi? «La charge est énorme. L’école a vécu d’importantes mutations, notamment l’intégration des musiques actuelles. Dans des moments de surcharge, quand j'ai dû remplacer des collègues, je me suis retrouvé en état de grande fatigue. Je me suis peut-être replié loin de ce que j’aurais dû ressentir. J’étais assez loin du terrain avec quand même, à un niveau hiérarchique supérieur, le rectorat des Hautes Écoles spécialisées de Suisse occidentale (HES-SO). Je n’avais en tout cas pas la volonté d’être arrogant», explique-t-il.

Hervé Klopfenstein s’estime surtout «lavé de graves accusations». Le rapport contient un paragraphe intitulé «accusations de népotisme ou de manipulations des nominations». Dominique Alain Freymond aboutit à la conclusion que «les accusations de népotisme concernant Hervé Klopfenstein ne sont pas fondées». Les soupçons concernaient notamment les deux premières épouses du directeur général, nommées avant son accession à son poste, et de son épouse actuelle. «Il n’y a ni lien hiérarchique direct ni conflit d’intérêts entre la fonction qu’elle occupe et la mienne», déclare Hervé Klopfenstein. «Formellement, les engagements ont été gérés selon les règles édictées mais des influences diverses et variées ne sont pas à exclure car, dans le monde de la musique, chacun se connaît en bien ou en mal», souligne toutefois l’auditeur.

Réforme du Conseil de fondation

Confronté au bilan des 27 démissions, sur 250 professeurs titulaires, le président du Conseil de fondation, l’avocat Nicolas Gillard, reconnaît qu’il n'a pas suffisamment porté d’attention à la situation délicate de la direction: «En trois ans, la moitié de la direction a été renouvelée pour des raisons qui vont d’un décès à la retraite en passant par des choix personnels. Avec le Conseil de fondation, nous avons le regret de ne pas avoir pris la mesure de ce que cela représente».

Le Conseil de fondation fera lui-même l'objet d'une réforme d'ici l'été. Le professeur Dominique Arlettaz, ancien recteur de l'Université de Lausanne, est chargé d'accompagner ce processus. «Les responsables politiques demandent une refonte fondamentale de l'institution, y compris du Conseil de fondation. Les autorités l'ont clairement exprimé au président du Conseil de fondation, M. Nicolas Gillard, qui est également concerné par cette demande de changement».

Réunion lundi

Le Conseil de la fondation de droit privé qui coiffe la HEMU se réunira lundi matin pour prendre position sur cette requête politique. «Nous avons demandé un délai pour prendre position. Le Conseil de fondation peut se positionner autrement que ce qui est requis par les autorités politiques. Nous sommes tous visés par la demande et nous souhaitons nous déterminer à tête reposée», déclare Nicolas Gillard. Va-t-il rester président du Conseil de fondation? «Si le Conseil estime que la réforme exigée par les autorités politiques va dans le même sens que ce que nous envisagions, je n'exclus pas d'accompagner ce processus», répond-il.

(24 heures)

Créé: 08.03.2018, 09h25

Haute Ecole de musique, en quelques mots

La Haute Ecole de musique Vaud-Valais-Fribourg et Conservatoire de Lausanne (HEMU-CL) est active sur trois lieux: Lausanne (Flon et Grotte), Fribourg et Sion. Elle fait partie du réseau HES-SO (Haute école spécialisée de Suisse occidentale). Elle est chargée de l'enseignement professionnel et supérieur de la musique classique, du jazz et des musiques actuelles. Elle accueille environ 500 étudiants.

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