Interdite ou déconseillée, la pub quitte les bistrots

PhénomèneIl y a toujours moins de réclames sur les terrasses. Une tendance coûteuse que tous les cafetiers ne peuvent pas suivre.

A Vidy, la terrasse est trop grande pour être meublée sans le matériel offert.

A Vidy, la terrasse est trop grande pour être meublée sans le matériel offert. Image: PHILIPPE MAEDER

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Boire son thé glacé dans un verre Lipton sous un parasol Heineken, assis sur un coussin Coca-Cola. Ecraser son mégot dans un cendrier Parisienne et consulter le menu sur une ardoise Rivella. En terrasse, le client se retrouve parfois dans une jungle promotionnelle. Pour certains, le plastique multicolore de ces espaces fait partie du paysage. Pour d’autres, cette pratique est une véritable pollution visuelle. La tendance actuelle penche pour cette deuxième option.

Encouragement

Les Villes se mettent à encourager les établissements publics à améliorer leur esthétique. Nyon et Yverdon ont mis sur pied des concours de la plus belle terrasse. A Renens, la méthode est plus radicale. Depuis l’été dernier, la publicité sur les terrasses du centre-ville est interdite.

«En échange, nous mettons à disposition gratuitement ces portions d’espace public, explique Tinetta Maystre, municipale. C’est un effort communautaire pour rendre le centre-ville plus joli.» Si Gilles Meystre, directeur adjoint de GastroVaud, comprend cette mode, il qualifie la mesure prise à Renens de «cavalière. Il serait préférable de consulter les établissements et de leur accorder un délai avant d’être obligés d’avoir tout enlevé. Voire même de les aider à financer le changement.»

En balade autour de la place du Marché on se rend rapidement compte que la mesure n’est pas encore entrée dans les mœurs: difficile de trouver un bistrot vierge de toute réclame dans la cité de l’Ouest lausnanois. Edi Canderan, du Pam-Pam, n’est pas concerné par la mesure puisque sa terrasse est sur un domaine privé. Mais il la fustige. «Ma terrasse m’a coûté plus de 8000 francs et j’ai des parasols sponsorisés, donc gratuits. Si elle veut une uniformité, la commune devrait participer aux frais. On nous met des règlements de tous les côtés, ça devient dur. Avec l’interdiction de la cigarette nous avons déjà pris un gros coup dans nos finances.» Cette interdiction, justement, représente selon Tinetta Maystre une des causes de l’engouement récent pour des terrasses plus belles et «plus accueillantes».

Autre facteur déterminant: l’importance de l’image, de la distinction. «Les établissements branchés refusent de plus en plus la pub et se donnent une identité grâce à leur terrasse, observe Gilles Meystre. Elles font désormais partie de l’offre touristique des villes. C’est du marketing urbain.»

Se démarquer

A Lausanne, pas de règlement mais toujours davantage d’établissements qui se distinguent par leur terrasse. Dans la lignée des premiers bars lounge comme le Pur, le Great Escape, le Happy Days, l’Etoile Blanche, le Café Saint-Pierre ou Bourg Plage, les hauts lieux des apéros lausannois ont éliminé la pub pour créer des espaces branchés et uniques. «Ne pas avoir de pub, c’est une volonté que nous avons eue depuis le début, explique Anne Pittet, associée du Saint-Pierre et du Café de Grancy. Il y en a bien assez dans l’espace public, on ne veut pas en imposer à nos clients.»

Meubler coûte cher

Pourtant, les marques tentent régulièrement de placer leur nom aux tables des cafés. «Ils nous proposent sans arrêt de nouvelles choses. Mais si on s’acoquine avec une marque, on perd notre identité, poursuit-elle. Après, il est clair que ça coûte plus cher de tout faire soi-même. Quand on ouvre un bistrot, c’est difficile de dire non à une terrasse gratuite.»

Beaucoup d’établissements de quartier, même ouverts depuis longtemps, ont décidé de ne pas mettre le prix. Eux sont encore souvent remplis de parasols publicitaires et de mobilier pas toujours très assorti. C’est que meubler coûte cher. Et leurs terrasses ne sont pas prises d’assaut tous les soirs d’été.

Aux Berges de Vidy, le fameux restaurant du camping du même nom, c’est aussi la très grande taille de la terrasse qui retient ses gérants de passer à un design épuré. «Nous avons plus de 250 places! Les parasols, ça coûte très cher, souligne la gérante Maryline Waner. On ne pourrait pas tout payer. Alors nous utilisons ce que les marques mettent à disposition.»

Difficile de savoir ce qu’elles proposent exactement. De nombreuses grandes marques ont refusé de nous répondre. Chez Boxer, on admet que cette manière de faire de la pub offre une grande visibilité, mais que la réalisation de parasols coûte «très cher». La marque explique, tout comme Feldschlössen, qu’elle ressent la baisse de la pub sur les terrasses, au profit du design individuel. Difficile d’avoir des chiffres. Mais à titre de comparaison, une affiche de grand format au centre de Lausanne coûte entre 353 et 650 francs la semaine. De quoi laisser songeur sur le gain de visibilité qu’amenaient les bistrots. (24 heures)

Créé: 06.08.2013, 07h21

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.