L’histoire secrète du portail de la cathédrale

PatrimoineUne expo retrace l’histoire du portail Montfalcon, édifié au XVIe siècle et recréé au XIXe. La copie n’est pas si conforme.

L’exposition présente les moulages et reconstitutions de Raphaël Lugeon.

L’exposition présente les moulages et reconstitutions de Raphaël Lugeon. Image: Odile Meylan

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Même s’ils ont de la peine à reprendre leur souffle après avoir gravi les escaliers du Marché entre la Palud et la Cité, les courageux ne voient que lui en arrivant au sommet: le grand portail de la cathédrale. Construit entre 1515 et 1536, on l’appelle le «portail Montfalcon», du nom des deux derniers évêques de Lausanne, Aymon et Sébastien de Montfalcon. Vitraux, scènes bibliques, statuettes, anges, prophètes, tout en lui fleure bon la fin du Moyen Age et le début de la Renaissance.


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Sauf que… très peu de choses sont d’origine. C’est ce que montre une exposition à voir à l’Espace Arlaud du 1er septembre au 12 novembre. Intitulée «Déclinaisons gothiques», elle retrace l’histoire de cette porte monumentale, surtout sa reconstruction entre 1889 et 1909. Originaux, moulages, reconstitutions en plâtre, outils, techniques, l’expo présente le travail du sculpteur Raphaël Lugeon, à qui l’on doit le portail d’aujourd’hui.

«A l’abandon»

Le portail Montfalcon a eu un destin difficile. En 1536, à la Réforme, la construction s’arrête, pour ne jamais reprendre. «Au fil du temps, le portail a été plus ou moins laissé à l’abandon», ose Claire Huguenin, l’une des conservatrices du Musée cantonal d’archéologie et d’histoire (MCAH). Avec les siècles et la pluie, le portail se désagrège petit à petit, malgré un rafraîchissement au XVIIIe siècle. «Au XIXe, le portail est clairement dégradé», poursuit Claire Huguenin. Les personnages d’origine sont méconnaissables, parfois sans tête.

Pour lui redonner de l’éclat, les Vaudois confient alors le portail Montfalcon aux bons soins de Raphaël Lugeon. «Une célébrité à l’époque!», rappelle Claire Huguenin. Lugeon moule les sculptures dégradées. A partir de là, il recrée des sculptures en plâtre, mais comme si elles étaient neuves. Pour arriver à un résultat proche de l’original, l’artiste doit réinventer les détails qui manquent, parfois en se trompant. Puis la version définitive, celle que l’on retrouve sur la cathédrale, est sculptée dans du calcaire de Lens.

Pas une copie conforme

«De nombreux débats ont eu lieu à l’époque pour savoir comment le faire et la presse en a beaucoup parlé durant les travaux, souligne Claire Huguenin. Ce que nous voyons aujourd’hui n’est pas une copie conforme de l’original du XVIe siècle, mais plutôt une interprétation par Raphaël Lugeon.»

C’est particulièrement clair lorsque l’on voit, côte à côte, les moulages des originaux dégradés et les épreuves en plâtre, censées en représenter l’état d’origine. «Présenter les moulages et les reconstitutions, conclut Claire Huguenin, cela permet de nous interroger sur le regard que nous posons sur l’art médiéval.»


Exposition «Déclinaisons gothiques: le portail Montfalcon de la cathédrale de Lausanne», Espace Arlaud, du 1er septembre au 12 novembre, prix d’entrée: 6 fr., gratuit pour les moins de 16 ans. (24 heures)

Créé: 01.09.2017, 08h25

Une plongée dans les pièces de monnaie des Celtes

A quoi sert une pièce de monnaie? Pas forcément à payer ses achats. Parfois, il peut s’agir d’un objet précieux, avec une valeur religieuse ou symbolique, un peu comme un bijou. Apparemment, c’était le cas pour les peuples celtiques pendant une partie de leur histoire. C’est ce que montre une autre exposition de l’Espace Arlaud, également visible du 1er septembre au 12 novembre. Elle est intitulée «Les Celtes et la monnaie: des Grecs aux surréalistes».
L’exposition présente surtout des pièces, dont certaines retrouvées chez nous, mais aussi des objets précieux (originaux ou non) ou encore la reconstitution d’un atelier de fabrication de monnaie. De quoi retracer leur histoire de l’an 600 à l’an 50 avant Jésus-Christ.

C’est au début du IVe siècle avant notre ère que ces peuples se familiarisent avec la monnaie, grâce à leurs mercenaires partis servir les cités grecques. Ils commencent à frapper leurs propres pièces aux environs de -300. «En or ou en argent, elles avaient une valeur si grande qu’elles ne pouvaient pas servir pour les payements du quotidien», explique Julia Geneschesi, directrice ad interim du Musée monétaire cantonal. Beaucoup de ces pièces à valeur symbolique ont été retrouvées dans des sépultures de femmes, proches de leur main. «Cette pratique est probablement héritée des Grecs, dont les morts payaient pour passer le Styx, l’un des fleuves des Enfers», note Lionel Pernet, directeur du Musée cantonal d’archéologie et d’histoire.

C’est vers -150, avec la multiplication de petites pièces de faible valeur, que les Celtes ont commencé à les utiliser tous les jours. A noter qu’une partie de l’exposition est consacrée à André Breton. Cet écrivain surréaliste était un grand collectionneur de pièces celtiques et celles-ci ont inspiré ce courant artistique.




Exposition «Les Celtes et la monnaie: des Grecs aux surréalistes», Espace Arlaud, du 1er septembre au 12 novembre, billet unique pour les deux expositions.

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