L’oncologie personnalisée est en marche

SantéLes oncologues romands peuvent solliciter une nouvelle plate-forme d’expertise CHUV-HUG pour les cancers avancés et résistants.

Depuis un an, tous les oncologues romands peuvent soumettre des cas à un panel de spécialistes. Ci-dessus: les professeurs George Coukos, Solange Peters et Olivier Michielin: trois piliers, côté CHUV, du Réseau romand d’oncologie.

Depuis un an, tous les oncologues romands peuvent soumettre des cas à un panel de spécialistes. Ci-dessus: les professeurs George Coukos, Solange Peters et Olivier Michielin: trois piliers, côté CHUV, du Réseau romand d’oncologie. Image: PHILIPPE MAEDER

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L’oncologie change de visage. La recherche progresse à pas de géant; les thérapies se personnalisent. C’est au tour des médecins de faire tomber les barrières. Tous les vendredis, des dizaines d’oncologues romands exerçant dans les hôpitaux universitaires et périphériques, les cliniques privées ou les cabinets se connectent en visioconférence et discutent d’une poignée de cas complexes. Le Tumor Board moléculaire est la pièce maîtresse du Réseau romand d’oncologie initié en 2014 par le CHUV et les HUG. Il a examiné, en une année d’activité, les tumeurs de 300 patients atteints de cancers à un stade avancé et résistants aux traitements traditionnels (chimio, chirurgie, rayons).

Une façon d’accompagner les progrès de l’oncologie tout en garantissant l’accès de la population à l’innovation. Avec la démocratisation du séquençage du génome humain, les professionnels de la lutte contre le crabe voient leur discipline se complexifier de jour en jour. Les nouveaux médicaments, les molécules et les données génomiques pleuvent. Encore faut-il savoir quoi en faire.

Besoin d’aide
Avec le Tumor Board moléculaire, le Réseau romand d’oncologie veut mettre à disposition des oncologues du secteur privé et public une plate-forme d’expertise commune qui facilite l’interprétation de données génomiques complexes en vue d’identifier une stratégie thérapeutique innovante. Dans ce colloque pluridisciplinaire se côtoient la crème des spécialistes du cancer: oncologues, pathologues, bioinformaticiens, généticiens…

«La technologie du séquençage nouvelle génération existe depuis longtemps. Ce qui nous manquait, c’était l’interprétation des résultats lorsque l’on trouve des anomalies peu ou pas connues dans le cancer de notre patient. Le Tumor Board nous fournit une analyse génétique de haute qualité avec une recommandation avisée. C’est très intéressant», réagit le Dr Pierre Bohanes, oncologue à la clinique lausannoise de La Source.

Voici comment les choses se déroulent. Les oncologues de Suisse romande, du secteur privé ou public, réfèrent un patient pour une analyse moléculaire pointue (lire l'encadré). Sur la base des résultats de cette analyse et de l’expérience clinique du médecin traitant, le Tumor Board fait des propositions. Sur 300 patients dont le tissu tumoral a été examiné, 51% se sont vu proposer de participer à des essais cliniques, 44% ont reçu des médicaments pas encore homologués pour ce traitement et 8% ont été orientés vers une consultation génétique. Pour 10% des malades, aucun traitement n’a pu être proposé.

Oncologue à Genève, Marie-Laure Amram est convaincue des bienfaits du réseau. «C’est une chance pour le patient comme pour le praticien. Je bénéficie de l’expertise de spécialistes qui peuvent interpréter les données moléculaires, et les intégrer dans la prise en charge.»

«Gagnant-gagnant»
«C’est gagnant-gagnant, résume le professeur George Coukos, chef du Département d’oncologie du CHUV. Les patients ont l’opportunité d’accéder aux technologies les plus avancées, notamment en intégrant des études cliniques. Quant aux oncologues installés, ils ont accès aux innovations développées dans les hôpitaux universitaires.»

Ces derniers y trouvent aussi leur compte. Pour faire avancer la recherche et lancer des études, ils ont besoin d’une masse critique de cas. Les investissements ont été massifs dans la recherche contre le crabe (Ludwig Cancer Research a alloué 300 millions à Lausanne pour en faire un leader mondial de la recherche; le Centre du cancer Agora est en construction en face du CHUV). Il faut nourrir la machine. En partageant leur patientèle et en s’ouvrant à celle de toute la région lémanique, les chercheurs des HUG et du CHUV élargissent leur bassin de recrutement. «Il nous faut un grand nombre de patients à disposition, confirme George Coukos. Plus on a de cas, plus l’industrie pharmaceutique est intéressée à nous faire participer à des études.»

Au départ, certains oncologues vaudois étaient réticents à envoyer leurs patients au CHUV, de peur de les «perdre». Une convention rédigée sous l’égide du ministre vaudois de la Santé, Pierre-Yves Maillard, a calmé les inquiétudes. Elle garantit que l’oncologue référent reste seul responsable de son patient et discute avec lui des propositions soumises par le Tumor Board. «Le lien thérapeutique est préservé», salue Pierre-André Repond, secrétaire général de la Société vaudoise de médecine.

Garder son médecin
«C’est l’une des originalités de ce réseau, relève Olivier Michielin, médecin-chef de la division de l’oncologie personnalisée analytique du CHUV. La prise de décision est centralisée mais le traitement est décentralisé. Le patient ne se déplace pas, sauf s’il prend part à une étude menée dans un centre universitaire.» Il qualifie la nouvelle collaboration avec les HUG et les autres partenaires d’«incroyablement constructive».

Côté gros sous, le patient dont le cas est examiné par le Tumor Board ne débourse par 1 franc (lire l'encadré). «Auparavant, je m’adressais à des laboratoires à l’étranger pour ce type d’analyses. Elles n’étaient pas remboursées et n’étaient donc accessibles qu’à une minorité de patients qui pouvaient payer», relève le Dr Volker Kirchner, oncologue à la Clinique de Genolier.

Le Réseau romand s’engage par ailleurs à épauler les patients dans les démarches de demande de remboursement des traitements non homologués. En mettant en commun leurs connaissances, les oncologues disposent d’un nouvel argument de poids face aux pharmas et aux caisses maladie. «Le fait qu’une recommandation de prise en charge vienne d’une quarantaine d’oncologues est pris très au sérieux», assure Olivier Michielin.

Et le bénéfice médical pour le patient? Les médecins n’ont pas assez de recul pour tirer des conclusions sur le succès des traitements proposés via le Tumor Board. «Nous avons obtenu des résultats intéressants», indique Olivier Michielin. Une nouvelle stratégie thérapeutique se met en place, lentement mais sûrement: l’immunothérapie personnalisée. La voie royale suivie par le CHUV depuis quelques années sous l’impulsion du professeur Coukos. (24 heures)

Créé: 28.10.2017, 08h12

L’approche moléculaire

La plupart des cancers surviennent parce que certains gènes deviennent défectueux, en raison des aléas de la vie cellulaire ou sous l’influence de facteurs environnementaux, par exemple le tabac.

Le Réseau romand d’oncologie et son Tumor Board moléculaire veulent définir des traitements personnalisés pour chaque patient selon «sa» tumeur, avec ses caractéristiques propres.

Grâce aux technologies de séquençages du génome humain, l’oncologie ambitionne de mieux comprendre les altérations moléculaires liées à la progression des cancers.

Il est désormais possible de déterminer dans une tumeur non seulement la mutation principale responsable de la progression, mais également toutes les autres altérations qui modulent la réponse aux traitements.

Les généticiens peuvent ainsi établir des liens entre les mutations de gènes et la pathologie. Il s’agit de rechercher, directement dans la tumeur, les mutations dans les principaux gènes impliqués dans le développement du cancer.

Le financement

Le patient dont le cas est présenté au colloque pluridisciplinaire ne débourse rien. L’analyse moléculaire des échantillons de tumeur (2000
à 4000 francs) et la tenue des Tumor Board (160 francs environ) sont facturées à l’assurance de base. Mais il faut plus de fonds pour financer l’analyse de ces données brutes et le travail des nombreux spécialistes impliqués. Ainsi, deux fondations privées ont permis le démarrage de l’initiative: Philanthropia (Lombard Odier) et FAMSA (Bernard Sabrier). Elles ont versé chacune 1 million de francs sur une période de trois ans. Le Réseau romand d’oncologie est déjà à la recherche de nouveaux fonds pour assurer sa pérennisation et faire face à l’augmentation prévisible du nombre de patients.

L’ISREC pourrait bien être un interlocuteur. La fondation de lutte contre le cancer a financé le Centre du cancer Agora, actuellement en construction en face du CHUV (80 millions de francs). Elle vient d’étoffer son conseil scientifique avec quatre pointures internationales. Son but: financer des programmes de recherche translationnelle et assurer la relève scientifique.

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