La Caravane passe; les quartiers lausannois se réveillent

ManifestationLa Caravane des quartiers sillonne la ville depuis 2010, suscitant un engouement grandissant.

La Caravane des quartiers faisait étape à Grand-Vennes en juin dernier.

La Caravane des quartiers faisait étape à Grand-Vennes en juin dernier. Image: DR

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Une imposante yourte blanche a fait battre le cœur des Faverges, de Grand-Vennes et du Vallon, en juin dernier. La tournée 2016 de la Caravane des quartiers s’achève dimanche aux Bergières (lire ci-contre). Seize quartiers lausannois ont déjà été visités depuis le lancement de cette manifestation, en 2010, sur l’impulsion des autorités. Conçu pour et avec les habitants, le programme des festivités se mitonne pendant de long mois avec les associations du cru. Il est le reflet de leurs envies, de leurs talents et leurs préoccupations.

Coordinateur de la première heure de la Caravane, Vincent Steudler se souvient de débuts difficiles: «On me regardait avec étonnement quand j’évoquais le projet. La première année, j’ai galéré pour trouver des participants. Pour cette édition, j’avais trouvé tous les quartiers en seulement trois coups de téléphone. Parfois même, ce sont eux qui nous contactent.»

Plus qu’une mode

Le concept, ultrapersonnalisé, séduit. La Caravane fournit un soutien logistique et financier; les habitants font le reste. «En plus de dynamiser les associations et de faire découvrir des talents, notre ambition est de rapprocher les gens, de tisser des liens entre voisins en les aidant à monter des projets ensemble, explique Vincent Steudler. Aujourd’hui, l’engouement pour cette manifestation est extraordinaire.»

«C’est cela, l’originalité de ce projet: il va au-devant des gens, sur leur lieu de vie»

Il garde notamment un souvenir ému de son séjour à la Bourdonnette. «A notre arrivée, les gamins nous tournaient autour, presque hostiles. Au démontage, ces mêmes jeunes nous proposaient un coup de main. Entre deux, ils ont compris que tout ce que l’on faisait, on le faisait pour eux. C’est cela, l’originalité de ce projet: il va au-devant des gens, sur leur lieu de vie.»

Dans l’assiette comme ailleurs, la proximité a le vent en poupe. Lors des récentes élections communales, les partis ont fait du quartier un thème de campagne. En dix ans, le nombre de maisons de quartier a quadruplé sur l’impulsion des autorités lausannoises (de 1 à 4). Les ouvertures se succèdent: en 2013 à la Pontaise, deux ans plus tard aux Faverges. Au nord de la ville, les travaux de transformation de la maison du Désert seront achevés en 2017.

La nouvelle Municipalité a franchi un pas supplémentaire en créant un dicastère englobant l’Enfance, la Jeunesse et… les Quartiers. Le popiste David Payot en assure la direction. «Il s’agit de valoriser le tissu associatif et veiller à ce que les décisions se prennent au plus près des personnes concernées, explique le municipal. Mais aussi de recenser ce qui est déjà fait par les différentes structures, mener une réflexion pour intégrer les démarches et pointer du doigt d’éventuels manques. Il y a un effet de mode autour des quartiers, mais aussi un effet de fond. Cela vaut la peine de profiter de la mode et de garder le fond.»

Vincent Steudler confirme. Au fil des ans, le coordinateur a constaté un intérêt grandissant pour le quartier. «Le besoin est réel, l’envie aussi. En 2010, il n’y avait plus énormément de vie dans les quartiers. J’ai le sentiment très net d’une renaissance de l’esprit de «fête de village». Les associations, les mouvements citoyens se développent. Faire la fête à la place de l’Europe, c’est sympa. Mais ce n’est pas cela que les gens recherchent.»

L’attrait du proche

Le sociologue Vincent Kaufmann s’est penché sur le phénomène. «C’est ce qu’on appelle la nouvelle proximité, explique le directeur du Laboratoire de sociologie urbaine de l’EPFL. La société s’est passablement émiettée. On a besoin de se retrouver. Pour cela, on compte sur le quartier.» Il relève que 10% de la population travaille à plus de 50 km de son domicile. «Paradoxalement, cela a pour effet un réinvestissement du proche. C’est épuisant de parcourir des distances. Alors, quand on est chez soi, on a envie d’y rester et d’y retrouver un univers familier. Aujourd’hui, les gens attendent quelque chose du local: une association, une maison de quartier, un potager urbain, un café… Il faut aussi relever qu’avec la hausse des loyers et la fermeture des petits commerces, le centre-ville est de moins en moins appropriable. Ce rôle d’intégrateur, il faut le trouver ailleurs.»

Précurseur du mouvement, la Caravane a mis à l’honneur pratiquement tous les quartiers lausannois. «Il manque les Bossons, la Sallaz et le centre-ville», précise Vincent Steudler. Il ignore encore si une prochaine édition aura lieu dans deux ans. la Ville finance, la Ville décidera. David Payot, qui connaît bien l’événement pour y avoir participé, donne un signal positif: «La Caravane des quartiers a son sens en tant que manifestation décentrée qui met en valeur la culture et les cultures. Une évaluation aura lieu, mais je pense qu’elle sera maintenue.» (24 heures)

Créé: 01.09.2016, 08h05

Programme

La Caravane des quartiers s’installe aux Bergières
du 2 au 4 septembre.

Vendredi Dès 17 h 30: émission radio en direct, flash mob, scène ouverte aux jeunes talents, concerts de Belly Noise et Unholy Pagoda, soirée DJ…

Samedi Dès 10 h: conte théâtral, conte musical, ateliers L’art de la récupération, démos de danse, visite guidée à l’Art brut, concerts de Moza, The Maybees et Maladie Honteuz…

Dimanche Dès 10 h: yoga réveil, atelier Jeux d’images, studio photo campagnard, brunch campagnard musical…

Tous les détails sur www.caravanedesquartiers.ch Stands de boissons et nourriture

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