La boulangerie Rey fait trop de bruit et fermera lundi

LausanneLa régie estime que les nuisances de l’atelier font fuir les locataires de l’immeuble. C’est la fin d’une longue aventure familiale.

Jean-Jacques Rey entouré de ses parents Jean et Yvette, dans la boulangerie que la famille tient depuis 1965.

Jean-Jacques Rey entouré de ses parents Jean et Yvette, dans la boulangerie que la famille tient depuis 1965. Image: Philippe Maeder

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L’histoire aura duré 54 ans. Aux mains de la famille Rey depuis 1965, la boulangerie de l’avenue de la Vallonnette 22, à Lausanne, fermera ses portes ce lundi 24 décembre. La régie Rosset estime que le bruit de l’atelier, situé à l’arrière de la boutique, n’est plus tolérable et qu’il fait fuir les locataires de l’immeuble. «Plusieurs sont partis à cause des nuisances nocturnes et nous avons actuellement deux appartements vides, rapporte Alberto Anton, responsable de l’agence Rosset lausannoise. Nous avons mis un ingénieur sur le dossier et les relevés montrent que les bruits sont anormaux. Sincèrement, c’est parfois insoutenable. Même en pleine journée ce n’est pas viable.» Après de longues discussions et la signature d’un «accord transactionnel» avec sa régie, le boulanger Jean-Jacques Rey va donc mettre la clé sous la porte. Il travaillera lundi puis aura un mois pour faire place nette.

«Une boulangerie ça vit, ça fait du bruit. Mais ça n’en fait pas du jour au lendemain. Mon père a repris le commerce en 1965 et jusqu’à récemment, personne ne se plaignait, raconte l’artisan. J’ai vécu dans cet immeuble des années 50 et il est très mal insonorisé, d’un appartement à l’autre on entend tout. J’étais prêt à isoler mes machines si la régie faisait de même pour le bâtiment, mais ils disent que ce n’est pas possible. Et désormais ils me mettent la pression en soulignant qu’ils perdent de l’argent car les loyers ne rentrent pas.»

Trop dur de produire ailleurs

Une solution intermédiaire aurait pu être trouvée puisque la régie Rosset proposait au boulanger de renoncer à l’atelier mais de conserver l’espace de vente. «Il a préféré mettre fin à son activité, c’est une conclusion malheureuse mais c’est aussi son choix», indique Alberto Anton.

«Produire dans une zone industrielle implique des frais logistiques, il faudrait plusieurs magasins pour tourner correctement», répond Jean-Jacques Rey. Aujourd’hui, ce dernier se sent donc mis à la porte. «Ils m’ont dédommagé pour que je parte vite. Plus je restais, plus l’indemnité baissait. Quand vous êtes face à une telle situation, vous ne dormez plus et votre santé en pâtit. Ils ne voulaient pas que je remette mon commerce, alors je pars avec une petite somme, c’est mieux que rien», explique le boulanger. La régie assure pourtant qu’elle accueillera volontiers un artisan désireux de reprendre la boutique seule. «Et pourquoi pas un boulanger, pour la continuité.» «Ce serait bien, car on accuse les consommateurs de ne pas aller dans les petits commerces alors qu’en réalité on nous empêche de le faire, s’agace une habituée, venue acheter son pain quotidien. C’est un quartier de personnes âgées ici, il faudra maintenant aller dans des grandes surfaces à la Sallaz ou à Chailly, moi ça ne me convient pas. On perd d’excellentes spécialités à cause du toupet d’une gérance!» Comme d’autres, cette dame aura l’occasion de dire tout le bien qu’elle pense du savoir-faire de la maison Rey dans un petit livre d’or, ouvert par le patron au milieu du magasin.

Une branche difficile

Élu Pain d’Or (meilleur boulanger du canton de Vaud) en 2008, Jean-Jacques Rey s’apprête à quitter le métier. «J’ai cherché un autre local, mais c’est très compliqué d’en trouver un correct. La plupart des espaces libres sont vieillissants.» Son père, Jean, parti à la retraite en 2001, complète: «Ça devient de toute façon difficile de faire de l’artisanat dans cette branche. Regardez le nombre d’enseignes, il est en chute libre.» (24 heures)

Créé: 22.12.2018, 08h54

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