Déchaînement de hargne sur le carré musulman de Lausanne

Fait diversSeul lieu du canton dédié aux sépultures de la communauté musulmane, le carré du Bois-de-Vaux a été vandalisé.

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Les inscriptions au spray gris qui souillent les allées conduisant au carré musulman font froid dans le dos: «Arabe race de chien», «Coran raciste», «Toup musulman des terroristes» (sic). Le reste est à l’avenant, fautes d’orthographe et de français comprises. L’unique lieu de sépulture dédié aux musulmans du Canton a été le théâtre de profanations, constatées samedi matin. Prévenue à la mi-journée, la Municipalité de Lausanne a réagi aussitôt en annonçant sa décision de déposer une plainte pénale. «Nous condamnons absolument de tels actes qui déshonorent ceux qui les pratiquent», assène le municipal Pierre-Antoine Hildbrand.

Les méfaits ne s’arrêtent pas aux messages haineux tagués au sol. Une douzaine de pupitres funéraires en bois ont été délogés des tombes et plantés en vrac dans une haie, certains encore sertis de foulards ou de chapelets laissés par des proches. Dans l’unique travée séparant la vingtaine de tombes des fleurs ont été arrachées avec leurs racines et jonchent le sol.


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Venue samedi se recueillir sur la tombe de son papa, Serbeze abandonne sa poussette en chemin pour errer entre les plantes renversées, main plaquée sur la bouche dans un geste de consternation: «Mais qu’est-ce qui s’est passé?» interroge la jeune Kosovare dont l’esprit refuse d’enregistrer les informations transmises par son regard embué. «Je suis chrétien, mais c’est un choc quand même complète son époux. La tombe du père de ma femme n’a pas été touchée, mais cela nous remue tout autant. Plusieurs fois déjà nous avions constaté des petits actes malveillants sur ces tombes, des piétinements, des statues volées, mais cela n’avait pas atteint de telles proportions.»

Tôt le matin, c’est Jama Ali-Rachid qui a découvert les dégâts. «Je voulais me rendre sur la tombe d’un homme de notre communauté et j’ai trouvé tout cela. Avec ces piquets arrachés, je ne sais même plus où est ce monsieur.»

Le regard hagard, le Suisse originaire de Somalie cherche les mots justes: «Il y a vingt ans que je vis dans cette ville. Jamais je n’ai été confronté à tant d’hostilité. C’est des choses dont on entend parler ailleurs, mais pas chez nous. Maintenant que c’est arrivé, ça bouillonne dans ma tête, je ne suis pas tranquille. Si on dérange les morts qui ne font de tort à personne, la prochaine fois ce pourrait être les vivants.»

Actes haineux en hausse

Alerté aussitôt par les autorités, aux côtés desquelles il s’était démené pour obtenir la création de ce carré musulman, le président de l’Union vaudoise des associations musulmanes (UVAM) Pascal Gemperli oscille d’une voix calme entre tristesse, incompréhension et colère: «Malheureusement nous sommes face à une augmentation de ce genre d’actes haineux dans différents contextes, mais jusqu’au cœur de la société où le discours sur l’islam est faussé par des amalgames et de la discrimination. Cela remonte à deux trois ans, avec la vague de terrorisme en Europe. Mais là, les gens s’en prennent à des personnes innocentes. Je me sens démuni pour répondre à ces actes, je ne vois pas ce que l’on peut faire de plus alors que nous travaillons déjà énormément pour le bien vivre ensemble, le dialogue interreligieux, la paix sociale…»

Appel à la mobilisation

Emboîtant le pas à la réaction de l’UVAM, les mouvements de gauche réunis sous la bannière de SolidaritéS ont appelé à la mobilisation en soutien aux 30 000 musulmans établis dans le canton. «Nous condamnons fermement cet acte à caractère raciste et islamophobe qui n’est pas un simple vandalisme.»

Si des gestes de profanation ont pu être commis isolément sur des sépultures de la communauté musulmane dans le même cimetière par le passé, c’est la première fois qu’ils ciblent l’espace dédié du Bois-de-Vaux disposant de 350 places, ouvert en avril 2016 sur fond de polémique. Les graffitis du ou des vandales semblent d’ailleurs revenir sur ce chapitre: «Non aux cimetière communautariste, non à la mafia municipale corrompue.»

«Nous nous étions battus pour obtenir ce site, alors que toutes les autres grandes villes du pays en disposent, rappelle David Gun, vice-président de l’UVAM, en charge des questions funéraires. Si la majorité de nos fidèles est enterrée dans le pays d’origine, nous estimons que le souhait d’être inhumé en Suisse est un ultime acte d’intégration, où l’on montre son attachement à ce pays.»

La Ville de Lausanne annonce que les familles dont les concessions ont été touchées seront personnellement contactées et que la remise en état des tombes sera assurée par les services de la ville sitôt que l’enquête le permettra. Les investigations ont démarré samedi, menées par la police judiciaire de Lausanne et les spécialistes de la brigade scientifique de la police cantonale vaudoise.

(24 heures)

Créé: 15.10.2017, 19h46

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