Le Crissier «d’en haut» chérit sa fibre agricole

L’Esprit des lieuxSi la Commune est désormais une Ville, le vieux bourg reste fermement villageois.

Dans le vieux Crissier, les fermes rénovées côtoient les locatifs modernes et les champs n’ont pas fini de disparaître.

Dans le vieux Crissier, les fermes rénovées côtoient les locatifs modernes et les champs n’ont pas fini de disparaître. Image: PATRICK MARTIN

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Dans un recoin du vieux village de Crissier, une adorable maison ancienne rappelle ce qu’était le bourg autrefois. Il y a quelques années encore, avec ses murs de pierre et ses jolis volets peints, elle se dressait au milieu d’un grand jardin. Aujourd’hui, elle est comme une madeleine de Proust que l’on découvre serrée entre les nouvelles constructions. Bernard Henny croit savoir qu’une vieille dame habitait là et a fini par vendre les terrains. «Autrefois, il y avait des champs partout, des vignes aussi. Maintenant, beaucoup ont été remplacés par des locatifs», détaille-t-il en marchant à travers le village.

Cet enfant de Crissier habite toujours dans l’ancienne ferme qui, autrefois, appartenait à son grand-père. Mais il ne travaille plus la terre. Comme son père avant lui, il réalise des travaux de serrurerie dans la grange transformée en atelier. «Aujourd’hui, il n’y a plus qu’une poignée de paysans ici», regrette-t-il. Et pourtant, le vieux village conserve sa fibre agricole chevillée au corps. Un caractère qui se découvre par touches au gré des déambulations: une vieille charrue abandonnée contre un mur, une petite porcherie à l’abandon, une vigne au milieu des villas, et bien sûr toutes ces anciennes fermes joliment rénovées.

Avec ses beaux atours, le Crissier «d’en haut» n’est pas toujours tendre avec le reste de la commune, qui s’étend au sud de la route cantonale. «Non, non. Ce n’est pas qu’on ne parle pas à ceux d’en bas. Mais au bout d’un moment, on leur dit de retourner dans leur partie du village!» plaisante Bernard Henny. Plus urbain, «banlieusard» diront certains, le Crissier «d’en bas» s’est déployé au fil du siècle dernier en direction de Renens, au point de se confondre avec sa voisine. Un autre monde!

Pour les gens dans les sociétés locales, Crissier reste un village. Quand on a appris que Crissier était devenu une ville, ça nous a fait un coup!

«Crissier est une ville maintenant. Elle a passé 8000 habitants», rappelle Bernard Henny. Mais l’urbanisation n’a pas seulement étendu la ville au sud. Elle a aussi changé la vie au vieux village. La raréfaction des terrains cultivés au profit des constructions a poussé dehors bien des exploitations agricoles, comme celle de la famille Richard. «Cette maison était une ferme jusqu’en 1968. Mon père a dû racheter des terres à Oron pour avoir un domaine viable. C’est mon frère qui l’exploite. Moi, je suis resté à Crissier», explique René-Luc Richard. Assis dans sa cuisine, il nous accueille avec sa mère Antoinette, sa femme Monique, son beau-fils Cédric et sa petite-fille d’à peine quelques mois, Nila. En tout, quatre générations cohabitent dans la ferme familiale réaménagée. «Nos deux filles sont restées à Crissier. C’est un choix qu’elles ont fait», sourit Monique avec un éclair de fierté.

Les Richard font partie de ces familles dont les racines sont profondes au village, mais qui ont su accueillir les nouveaux venus. De l’autre côté de la rue se dresse l’ancien Hôtel de Ville, devenu restaurant depuis l’arrivée à Crissier du père de Frédy Girardet. René-Luc ne boude pas le plaisir d’avoir sous son nez l’une des meilleures tables gastronomiques depuis plusieurs années. Mais il s’émerveille surtout de la simplicité de son créateur. «Frédy Girardet était quelqu’un de formidable, avec la main sur le cœur. Pour un anniversaire, il nous a laissé les clés de ses cuisines et de la salle à manger. On est sûrement les seuls à avoir préparé un jour du jambon à l’os dans un restaurant gastronomique!»

«Les gens qui s’installent à Crissier participent à la vie locale, mais ce n’est pas la majorité», reconnaît tout de même Valentin Blondel. Âgé d’une vingtaine d’années, il a repris le domaine familial récemment et assure être le seul agriculteur de la commune à exploiter encore ses propres terres. «Mais on a vraiment de la chance d’avoir su garder notre atmosphère villageoise. Je dirais que c’est en grande partie grâce aux associations.» Lui-même y est très investi, notamment en tant que membre de la jeunesse. «Pour les gens dans les sociétés locales, Crissier reste un village, sourit-il. Quand on a appris dans la presse que Crissier était devenu une ville, ça a beaucoup fait parler. Ça nous a fait un coup!» (24 heures)

Créé: 25.03.2018, 08h56

Valentin Blondel est le dernier agriculteur à exploiter ses propres terres sur la commune. (Image: C.BA.)

Quatre générations de la famille Richard partagent le même toit. (Image: C.BA.)

Bernard Henny utilise l’ancienne grange familiale comme atelier de serrurerie. (Image: C.BA.)

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