Le Human Brain Project suscite toujours des doutes

EPFLLe programme de recherche sur le cerveau a publié hier ses premiers résultats. Sans pour autant éteindre la polémique.

Henry Markram, impliqué dans le HBP, avait initié le Blue Brain Project en 2005.

Henry Markram, impliqué dans le HBP, avait initié le Blue Brain Project en 2005. Image: Reuters

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Dans le petit monde des neurosciences, la recherche serait-elle en train de reprendre ses droits? Après des mois de discorde, le Human Brain Project (HBP) a publié hier dans la revue Cell ses premiers résultats. Les chercheurs de ce programme, piloté par l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL), sont parvenus à reconstituer dans un ordinateur une partie du néocortex d’un rat, puis à stimuler ce tissu cérébral virtuel. «Une étape décisive (…). L’apogée de vingt ans d’expérimentations biologiques», se félicitent conjointement le HBP et l’EPFL dans un communiqué.

Un ton laudatif qui n’a pas été choisi par hasard. En juillet 2014, plus de 700 chercheurs de renom ont adressé une lettre ouverte à la Commission européenne afin de dénoncer l’orientation scientifique prise par ce programme devisé à 1 milliard de francs sur dix ans, ainsi que son mode de gouvernance. Ce conflit s’est apaisé en mars 2015, lorsque le HBP a accepté de revoir sa gouvernance et d’intégrer davantage les neurosciences cognitives.

Avec ces premiers résultats, parus dans une revue «reconnue, selon les termes du communiqué, pour ne publier que les découvertes biologiques les plus importantes», le HBP tiendrait-il sa revanche sur les frondeurs? Pour Yves Frégnac, directeur de l’Unité de neurosciences, information et complexité (UNIC) au CNRS, «il s’agit d’un travail important, longtemps attendu par la communauté. Mais il correspond davantage à l’achèvement du Blue Brain Project plutôt qu’aux premiers pas du HBP.»

La différence entre ces deux programmes? Initié en 2005 par Henry Markram, le Blue Brain vise à construire in silico le cerveau d’un rat, alors que le HBP, qui n’a que deux ans, s’intéresse à celui de l’homme. Les travaux présentés hier sont une reconstitution informatique d’environ un tiers de millimètre cube du tissu cérébral d’un rongeur, soit près de 30 000 neurones connectés par 40 millions de synapses. Un tour de force, mais qui reste assez loin de la simulation de l’ensemble d’un cerveau de mammifère et encore davantage de celui de l’homme, qui nécessiterait au bas mot 2 millions de fois plus de synapses et de neurones.

Scientifiques sceptiques

«Même si on n’apprend rien de nouveau dans la partie simulation du cerveau, il faut avouer que ce travail représente un effort monumental en matière de neuroanatomie», félicite Alexandre Pouget, professeur à l’Université de Genève et signataire de la lettre de protestation en 2014. Pour autant, l’ensemble de la communauté scientifique n’est pas convaincue. Selon nos informations, ces résultats ont été refusés par plusieurs revues scientifiques de premier ordre, dont la célèbre Nature, avant d’être acceptés par Cell.

«Un choix politique plutôt que scientifique, raille un expert. D’ailleurs, Cell a pris le soin de classer ce papier dans sa partie «Resource», qui regroupe les avancées techniques, plutôt que dans ses pages «Research» réservées aux résultats scientifiques.» «Beaucoup de chercheurs n’y croient simplement pas, résume David Hansel, directeur de recherche au CNRS et opposant de la première heure. Sur le fond, on n’apprend rien de nouveau sur les mystères du cerveau dans ce papier. Et beaucoup des hypothèses avancées sont invérifiables. Travailler pendant dix ans et dépenser une fortune pour ça, c’est triste.»

L’objectif de la reconstitution informatique d’un cerveau est de pouvoir tester virtuellement des théories sur le fonctionnement des neurones, voire de réaliser des découvertes. Par exemple, l’article décrit comment les chercheurs de l’EPFL ont découvert grâce à leur modèle «le rôle inattendu, mais néanmoins majeur, du calcium dans certains des comportements les plus fondamentaux du cerveau». Mais le fait qu’un ordinateur puisse prédire le fonctionnement du cerveau reste, à ce jour, une hypothèse hautement controversée.

Créé: 09.10.2015, 07h50

Articles en relation

Le «projet cerveau» de l’EPFL cherche de nouveaux fonds

Sciences et médecine Un an après son démarrage, le grand programme de recherche coordonné depuis la Suisse attend une nouvelle manne de l’Europe et surtout des Etats participants. Plus...

Après le Human Brain Project, le premier Brain Forum à l'EPFL

Science et entrepreneuriat Le Centre de congrès de l’EPFL a accueilli ce lundi un public de scientifiques, d’entrepreneurs et de mécènes sur le thème du cerveau. Plus...

Vers une sortie de crise pour l’Human Brain Project

Recherche Le directoire du projet de recherche sur le cerveau mené par l’EPFL a avalisé les recommandations des experts. Plus...

Bruxelles demande des changements au Human Brain Project

Sciences L’Europe pointe des lacunes dans l’intégration des différentes disciplines au sein du grand programme de recherche codirigé par l’EPFL. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.