Le «Vaudois de l’année» rend espoir aux paralysés

Opération spécialeLes lecteurs de 24 heures ont désigné leur personnalité de cœur en 2018. C’est Grégoire Courtine qui fait rêver le canton avec ses recherches conduites à l’EPFL et au CHUV.

<b>Duo de choc</b> Grégoire Courtine et Jocelyne Bloch font quelques pas avec l’un des patients qu’ils ont fait remarcher, en novembre dernier à Lausanne.

Duo de choc Grégoire Courtine et Jocelyne Bloch font quelques pas avec l’un des patients qu’ils ont fait remarcher, en novembre dernier à Lausanne. Image: Keystone

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«Lève-toi et marche!» À n’en pas douter, ces mots résonnent plus que jamais dans la conscience collective en cette fin d’année 2018. S’il n’est pas du genre à croire aux miracles, un homme dans le canton de Vaud fait des avancées considérables pour rendre espoir aux personnes paralysées. C’est donc lui que les lecteurs de «24 heures» ont désigné pour être le «Vaudois de l’année»!

Grégoire Courtine n’est pas étranger aux honneurs. Chercheur star de l’EPFL, il a fait la une de la presse internationale pas plus tard qu’en novembre dernier. Ce jour-là, au CHUV, on l’a vu marcher – oui marcher – aux côtés de trois hommes, tous paralysés depuis des années suite à une lésion de la moelle épinière. Tous trois ont bénéficié du traitement sur lequel travaille le chercheur depuis une dizaine d’années maintenant.

«Le résultat de ce vote est extraordinaire, surtout pour le Bourguignon que je suis. Je le vois comme le signe que j’ai été accepté ici.» C’est que Vaudois, il l’est depuis à peine huit ans, attiré dans la «Health Valley» romande par l’EPFL, qui accueille son laboratoire de recherche depuis 2011. Celui qui, en 2007, était désigné meilleur chercheur de la prestigieuse Université de Californie à Los Angeles (UCLA) a vu du pays avant de se poser dans la région. On ne s’en étonne pas, c’est aux États-Unis, où il passe les Fêtes, qu’il accueille le résultat du vote. Il en profite pour faire une petite révélation: «Je prévois de prendre la nationalité suisse! Cette distinction m’y encourage encore plus.»

Le scientifique star

Auprès des lecteurs de «24 heures», Grégoire Courtine a remporté le vote populaire au nez et à la barbe de sérieux candidats, dont Léa Sprunger ou Bastian Baker. «Par rapport à des sportifs et à des chanteurs, je suis étonné que les gens connaissent mon nom! Les scientifiques sont souvent moins mis en avant que les découvertes auxquelles ils ont participé.» L’engouement que provoquent ses travaux n’a pas pu lui échapper. Alors comment le gère-t-il, vis-à-vis du public et des patients? «Les résultats que nous avons présentés en novembre ont provoqué un extraordinaire raz de marée médiatique. Bien sûr que nous devons calibrer les attentes, mais il s’agit quand même d’un moment important.»

Des paraplégiques qui remarchent, le monde en a déjà vu, grâce à d’autres équipes de scientifiques, en particulier américains. La compétition est féroce, mais le traitement développé par Grégoire Courtine se distingue. Grâce à un appareil implanté dans le corps des patients, les impulsions que le cerveau aurait données aux muscles ne sont pas seulement recréées artificiellement. L’expérience montre en effet que les patients continuent de récupérer des fonctions motrices même sans stimulation.

«On ne connaît pas encore exactement le potentiel de ce type de technique, tempère Courtine. Le rêve de ma vie est de faire remarcher des patients et je suis encore jeune. D’ici cinq ans, nous espérons pouvoir proposer un traitement qui soit accessible à tous, tout en ciblant les patients à qui cela changera véritablement la vie.» Plusieurs améliorations sont déjà en chantier, notamment au niveau de la technologie employée. L’expérience doit aussi prendre de l’ampleur, en étant appliquée à des patients paralysés depuis peu de temps, mais aussi en étant réalisée dans d’autres hôpitaux suisses et européens.

Les bonnes fées vaudoises

Le Vaudois de l’année n’oublie pas qu’il est en bonne compagnie dans l’aventure lui valant cette reconnaissance. «Vous auriez dû élire le duo de l’année!» précise-t-il en évoquant Jocelyne Bloch, neurochirurgienne au CHUV, qui a réalisé les opérations sur les patients implantés. À l’évidence, le canton de Vaud n’a pas manqué de bonnes fées, auxquelles le lauréat rend aussi hommage. «La force de cette région est évidente pour un chercheur comme moi. Je me suis installé ici en rejetant plusieurs autres offres. Aujourd’hui, j’ai la chance d’avoir le soutien à 300% de gens comme Martin Vetterli, président de l’EPFL, et de Pierre-François Leyvraz, directeur du CHUV. Le milieu scientifique est parfois une jungle, trouver des personnalités qui se font ainsi les champions de votre travail est loin d’être facile!»

Créé: 31.12.2018, 06h50

Biographie

1975 Naît en Bourgogne (F).

2003 Après avoir étudié les sciences du sport, il se passionne pour la neuroscience du mouvement: il réalise sa thèse sur la façon dont l’appareil locomoteur se réadapte après un voyage dans l’espace.

2003-2007 Rejoint l’Université de Californie en tant que chercheur.

2008 L’ETHZ l’accueille à Zurich en lui offrant son premier labo.

2011 Patrick Aebischer le fait venir à l’EPFL, où il conduit désormais ses recherches.

2018 Après des expériences sur les souris et les singes, son laboratoire parvient à faire remarcher trois patients paraplégiques. Ces résultats sont publiés dans la prestigieuse revue «Nature» en novembre.

Un vote pour élire les chouchous du canton

Mi-décembre, la rédaction de «24 heures» sélectionnait 21 personnalités parmi celles qui ont fait l’actualité du canton en rayonnant ici et ailleurs. Un premier sondage en ligne (2000 votes) a permis de désigner quatre finalistes dans les catégories société, sport, culture et économie: Grégoire Courtine, mais aussi la sprinteuse Léa Sprunger, le rocker Bastian Baker et le bouillant directeur des librairies Payot, Pascal Vandenberghe.

Plus de 1500 votants ont départagé ce carré d’élus au deuxième tour, qui a aussi intégré les suffrages de la rédaction. Au coude-à-coude avec Léa Sprunger, Grégoire Courtine a su s’accrocher à la tête du peloton. Bravo à lui!

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