Le bruit du chantier de l’A9 critiqué à Berne

TravauxL’Office fédéral de l’environnement demande une meilleure protection contre les nuisances sonores pour que le projet monstre respecte les prescriptions légales.

Les premiers travaux, considérés comme urgents, sont déjà en cours sur les ponts de la Paudèze.

Les premiers travaux, considérés comme urgents, sont déjà en cours sur les ponts de la Paudèze. Image: Marius Affolter

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L'annonce du chantier pharaonique de l’A9 à hauteur de Belmont-sur-Lausanne a déjà fait beaucoup de bruit. Mais, sur le terrain, sa réalisation risque d’en faire encore plus. C’est en tout cas ce que redoute l’Office fédéral de l’environnement (OFEV). Les travaux sont en effet censés durer plus de dix ans et ils pourraient se dérouler sept jours sur sept selon les phases. Il faudra aussi compter sur le ballet incessant des engins de chantier en zone quasi urbaine, et sur les vibrations dues au percement de nouveaux tunnels.

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Ce chantier à 800 millions prévoit d’assainir le tronçon, et surtout d’élargir le tunnel de Belmont pour y glisser une troisième voie autoroutière dans les deux sens, entre Vennes et Belmont-sur-Lausanne. Le tout afin de désengorger le trafic sur ce secteur, qui voit défiler quelque 70'000 véhicules chaque jour.

Un projet légal?

Comme il est d’usage pour des projets de cette envergure, tous les services concernés sont invités à s’exprimer. Après les mises à l’enquête publiques (2015) et le préavis des autorités cantonales (2018), place désormais à la Confédération, dont plusieurs entités viennent de donner leur avis. Si la plupart des prises de position tiennent en à peine trois pages et se bornent à demander des études supplémentaires ou des éclaircissements qui devraient être sans conséquence, celle de l’Office fédéral de l’environnement, longue de 25 pages, est d’une tout autre nature et s’insurge essentiellement contre le bruit.

Et pour cause: les valeurs limites d’immission, qui «définissent les seuils à partir desquels le bruit dérange considérablement le bien-être de la population», selon l’ordonnance sur la protection contre le bruit (OPB), seront dépassées pour plus de 150 bâtiments, malgré les mesures de protection contre le bruit prévues. Des dépassements qui ont obligé l’Office fédéral des routes à multiplier les demandes d’allégement, afin de lui permettre de passer outre les dispositions antibruit.

«Nous ne sommes pas en mesure de confirmer la conformité du projet par rapport aux prescriptions légales avant d’avoir obtenu les compléments demandés», lâche de son côté l’Office fédéral de l’environnement, qui exige des rapports et des études complémentaires pour les mesures prévues contre les nuisances sonores.

Longue liste de demandes

En outre, l’OFEV demande le détail des parois antibruit provisoires prévues, que les travaux nocturnes les plus bruyants soient limités et que l’engagement des machines de chantier les plus récentes se fasse à midi, la nuit et les jours fériés. Ce n’est pas tout. Il veut aussi que la possibilité de laisser un jour de répit hebdomadaire aux riverains soit étudiée. L’entité demande encore, comme le Canton il y a quelques mois, que soit étudiée la possibilité de baisser la vitesse à 60 km/h sur la zone. Et la liste n’est pas exhaustive.

À lire le rapport, la question taraude. Les nuisances sonores n’auraient-elles pas été mises au second plan? À cette interrogation et dans tout ce dossier, les offices fédéraux se murent dans le silence, brandissant «la procédure en cours». À commencer par l’Office fédéral des routes (OFROU), qui a jusqu’au 1er octobre pour répondre à ces prises de position. Son responsable communication, Olivier Floc’hic, explique tout de même que toutes les recommandations sont contraignantes. «En ce sens que nous sommes contraints de répondre à toutes les remarques», précise-t-il. L’OFROU pourrait donc décider de ne pas entrer en matière sur certains points. À condition de motiver le niet. Les offices fédéraux auront ensuite la possibilité de répliquer. Mais plutôt qu’un ping-pong administratif sans fin, il se murmure qu’on pourrait s’asseoir autour d’une table pour trouver un terrain d’entente.

Ensuite, le Département fédéral de l’environnement, des transports, de l’énergie et de la communication (DETEC) donnera sa détermination finale, une échéance qui lancera la période des recours.

Les opposants, parmi lesquels la Commune de Belmont-sur-Lausanne, sont dans les starting-blocks. «Nous contestons les mesures d’allégement. Nous en voudrions moins mais davantage d’ouvrages antibruit, comme des tapis phonoabsorbants par exemple. Nous espérons que l’OFROU reverra sa copie et fera tout pour limiter le bruit le plus possible, lance le syndic, Gustave Muheim, ravi du rapport de l’OFEV. Nous l’attendions sans trop y croire.» (24 heures)

Créé: 30.08.2018, 07h21

Des travaux en continu jusqu’en 2031?

Pour planifier ses différentes interventions, l’OFROU a divisé le tronçon Vennes-Chexbres en 4 chantiers. Les deux premiers, soit les portions Vennes-Belmont (TP2 sur l’infographie) et Belmont-Lutry (TP3), ont fait l’objet d’une mise à l’enquête en janvier 2017. Cette dernière a débouché sur plus de 300 oppositions, en particulier contre l’élargissement des tunnels de Belmont. Les deux autres segments, sur les territoires de Lutry, de Bourg-en-Lavaux, de Puidoux et de Chexbres, font quant à eux l’objet d’une mise à l’enquête depuis le 28 août. Cette dernière est rendue nécessaire par la construction de locaux techniques. Beaucoup moins sensible que pour les tunnels, elle ne devrait pas donner lieu à la même levée de boucliers.

Pour la suite, le planning général reste le même moyennant quelques petits ajustements sur les délais. Prévus en quatre phases, les travaux pourraient s’étaler jusqu’en 2031. D’abord du côté de Lutry, où ils sont en cours et où ils dureront jusqu’en 2020. Ensuite à Puidoux-Chexbres, entre 2020 et 2023, puis à Bourg-en-Lavaux de 2023 à 2026. Le chantier s’achèvera sur la portion Lausanne-Pully-Belmont, élargissement des tunnels compris, de 2025 à 2031 au plus tard. D’abord prévus en premier (initialement dès 2017), les travaux de ce segment avaient été repoussés pour éviter que les nombreuses oppositions dont ils font l’objet ne retardent l’ensemble.

Les automobilistes auront peut-être remarqué que des interventions sont déjà en cours sur ce dernier tronçon, puisque les ponts sur la Paudèze sont actuellement en travaux. «Il s’agit de mesures anticipées, l’état de dégradation avancé des ouvrages ne nous permettait pas d’attendre, explique Olivier Floc’hic, porte-parole de l’OFROU. Ils se termineront à la fin de l’année 2019 et auront duré trois ans.»

Romaric Haddou

Horizon 2050

Toujours quatre variantes

En parallèle du chantier qui débute, la Confédération continue de réfléchir à l’avenir du tronçon Villars-Sainte-Croix - Montreux, promis à la saturation dans les années à venir. En novembre 2017, Berne présentait quatre variantes capables de fluidifier le trafic au-delà de 2040. «Elles sont toujours à l’étude mais il pourrait y avoir des avancées en novembre, annonce Guido Bielmann, porte-parole à l’OFROU. Nous parlons d’un horizon à très long terme, avant cela nous avons divers projets sur l’axe Lausanne-Genève, notamment le contournement de Morges.»

Trois de ces options prévoient une nouvelle autoroute en tunnel entre Belmont et la Veyre. L’une d’elles se rapproche du tracé Alternative 2050 du bureau Giacomini Jolliet Ingénieurs SA et de Philippe Mingard, conseiller communal à Lutry. Eux plaident pour une nouvelle autoroute enterrée, mais entre Vennes et Chexbres. Ils imaginent aussi la transformation du tracé actuel en zones de détente et de mobilité douce. Une proposition que l’OFEV ne commente pas. «Étant donné que le projet alternatif 2050 cité dans plusieurs documents ne nous a pas été transmis, nous ne pouvons pas nous prononcer pour le moment.»

Romaric Haddou

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