Le giratoire le plus dangereux se trouve à Lausanne

Ronds-points: notre sérieAucun autre rond-point en Suisse romande n’enregistre autant d’accidents que celui de la Maladière. Une situation qui perdure depuis des décennies.

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L'essentiel
Chiffres La police a dû y intervenir à 117 reprises entre 2011 et 2017.
Casse-tête Malgré des aménagements, ce carrefour reste dangereux.
Raisons Dimensions hors norme et fréquentation sont en cause.


Que ce soit parmi les élèves conducteurs ou les pendulaires qui le traversent tous les jours, de nombreux automobilistes ressentent une légère appréhension à l’approche du giratoire lausannois de la Maladière. Situé au sud de la ville, l’ouvrage ne compte pas moins de cinq entrées et sorties, dont la bretelle de l’autoroute A1 qui relie Genève à Lausanne. Ses 148 mètres de diamètre en font le plus grand du pays.

Les statistiques montrent que le frisson ressenti par certains au moment de s’engager dans la Maladière peut être justifié: parmi les 1400 giratoires romands, il est de loin le plus accidentogène. Avec 117 accidents entre 2011 et 2017, il devance un autre rond-point lausannois situé à quelques encablures, le giratoire de Malley-Provence (66 accidents). En troisième position, on trouve un carrefour genevois situé à la route de Meyrin, avec 49 accidents (lire encadré).

C’est ce qui ressort de notre analyse fondée sur les chiffres de l’Office fédéral des routes. Seuls les accidents ayant nécessité l’intervention de la police sont comptabilisés. Autrement dit: les très nombreuses «touchettes» qui se règlent à l’amiable n’apparaissent pas dans ces données. Aucun des assureurs que nous avons contactés n’a été en mesure de fournir une évaluation de ces accidents sans gravité.


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La sécurité est l’un des arguments phares des partisans des giratoires. Une étude menée par le Bureau de prévention des accidents (BPA) atteste le constat: «Des giratoires construits au bon endroit et selon les connaissances les plus récentes offrent une plus grande sécurité routière et sont plus performants que les carrefours dépourvus de feux de signalisation.»

Alors comment expliquer que la Maladière fonctionne comme un aimant à accidents? La combinaison de deux éléments semble provoquer des dégâts: sa taille et les deux pistes. De très nombreux accidents surviennent au moment où un conducteur veut opérer un changement de voie. «C’est typique: un véhicule roule sur la piste intérieure du giratoire et, pour emprunter une sortie, va couper la route à un autre qui circule à droite», témoigne Patrick Grand, 25 ans de service au Groupe-accidents de la Police de Lausanne, des milliers de constats à son actif dont plusieurs dizaines à la Maladière.

Infrastructure obsolète

Le rond-point lausannois n’est pas le seul à posséder deux pistes, mais son diamètre permet aux gens de rouler vite, trop vite parfois. «À cela s’ajoute le fait que certains conducteurs semblent ne pas supporter l’idée de rater l’entrée de l’autoroute et de refaire un tour de giratoire. Alors ils forcent et accélèrent comme pour prendre de l'élan pour l’autoroute. Des fois ça passe, des fois pas.»

Construite pour l’exposition nationale de 1964, la Maladière est l’un des premiers giratoires du pays. Aujourd’hui, 40'000 véhicules l’empruntent quotidiennement. De l’avis des experts, jamais une telle infrastructure ne serait construite aujourd’hui.


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Au fil des années, différents aménagements ont été effectués pour tenter de remédier à ces problèmes. À sa construction, le giratoire ne comptait pas deux, mais trois voies. Dans les années 90, l’une d’entre elles a été condamnée. Toujours visible aujourd’hui, elle est désormais hachurée en blanc et interdite à la circulation.

Plus récemment, l’entrée et la sortie de l’autoroute ne se font plus que sur une voie, au lieu de deux. Un «entonnoir» lui aussi destiné à réduire le risque d’accident.

D’autres solutions ont été testées. Des bandes au sol avaient notamment été posées dans le giratoire afin de réduire la vitesse des automobilistes. Bien qu’efficace, cette mesure a dû être abandonnée. «Les riverains se sont plaints du bruit», explique Olivier Floc’hic, porte-parole de l’Office fédéral des routes. Si les accidents restent fréquents, leurs conséquences sont en revanche moins graves que par le passé.

Bientôt détrôné?

Les statistiques depuis 2011 n’indiquent aucun accident mortel à cet endroit. Au total, 71 personnes ont été blessées, dont neuf grièvement. «Ces accidents graves se produisent plutôt au milieu de la nuit. La vitesse et l’alcool sont souvent en cause», explique l’adjudant Patrick Grand.

Après des années à monopoliser le plus grand nombre d’accidents, la Maladière pourrait-elle céder sa place peu enviable? Si elle enregistre près de deux fois plus d’accidents que le giratoire de Malley-Provence sur la période couverte par les chiffres de l’OFROU, cet écart s’est très fortement réduit ces deux dernières années, période durant laquelle la police n’est intervenue qu’une fois de plus à la Maladière qu’à Malley-Provence. Un point noir déjà identifié, confirme Fabien Roland, chef de la division Espaces publics au Service route et mobilité de la Ville de Lausanne. Là aussi, il s’agit d’un giratoire à deux pistes très fréquenté, avec – contrairement à la Maladière – de nombreux cyclistes et des piétons.


A lire aussi : Les cyclistes, trop souvent victimes des giratoires


(24 heures)

Créé: 08.10.2018, 06h51

Les accidents typiques de la Maladière



Il en a vu de toutes les couleurs. Depuis son arrivée, en 1983, dans le Groupe-accidents de la police de Lausanne, l’adjudant Patrick Grand a dressé quelque 8000 constats d’accident. Il nous livre, ci-dessous, les trois types d’accidents qu’il a le plus souvent constatés dans le giratoire de la Maladière. P.W.

Priorité de gauche

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À l’entrée du giratoire, il y a un cédez le passage et un panneau bleu «Carrefour à sens giratoire». Il est donc obligatoire de laisser la priorité à tous les véhicules sur votre gauche. Les conducteurs qui forcent le passage sont la première cause d’accidents.

Changement de voie

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En voulant sortir du giratoire, le conducteur de la piste intérieure percute une voiture circulant sur l’anneau extérieur. En forçant le passage, il est fautif. Le plus simple est de toujours rester sur la piste de droite. Vous évitez des problèmes.


Distance réduite

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Les automobilistes ne maintiennent pas une distance de sécurité suffisante entre deux véhicules. Lors d’un ralentissement, la voiture à l’arrière ne peut freiner à temps pour éviter la collision.
À 50 km/h, il faudrait laisser au moins 20 mètres.

Comparaison



Après deux giratoires lausannois, la troisième place du hit-parade des ronds-points les plus accidentogènes de Suisse romande est occupée par le giratoire de la route de Meyrin, à Genève. La police y a recensé 49 accidents entre 2011 et 2017. Il devance ainsi le carrefour de la route des Jeunes et de l’avenue Vibert (43 accidents sur la même période).

Le giratoire de la route de Meyrin, où débouche la route du Mandement, possède une configuration rare, mais pas unique. En plus de ses deux voies de circulation, il est traversé, au beau milieu, par le tram. Pour permettre le passage de ce dernier, il a donc fallu poser des feux à l’intérieur du rond-point. La majorité des accidents ayant provoqué des blessés à cet endroit est due au non-respect du feu rouge. «Si l’on ne compte heureusement aucun accident mortel à ce carrefour, il y a eu quatorze blessés, dont quatre avec des lésions graves», détaille Silvain Guillaume-Gentil, porte-parole de la police genevoise. Ces accidents ont généralement eu lieu en dehors des heures de pointe.

Globalement, le nombre d’accidents dans les giratoires est stable à Genève depuis 2011. Il avoisine les 120 cas par année. «Les deux causes les plus fréquentes sont le non-respect de la priorité et l’inattention des conducteurs, précise le porte-parole de la police. Nous avons aussi eu quelques cas où la présence d’alcool a été relevée.» Il s’agit uniquement des situations qui ont nécessité l’intervention de la police, soit parce qu’il y avait des blessés, soit parce que les conducteurs ne sont pas arrivés à se mettre d’accord sur la responsabilité.

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