Le guerrier qui encre l’âme dans la peau

PortraitAito, tatoueur lausannois spécialisé dans l'art polynésien, participe à l'Alchemy Tattoo, qui se tiendra ce week-end à Conthey.

Aito, artiste

Aito, artiste Image: PHILIPPE MAEDER

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Partagé entre l’ici et l’ailleurs – sa Suisse natale et la Polynésie qui lui tient à cœur –, Aito les réunit au quotidien. Quand il tatoue les gens qui transitent par le studio lausannois Drop In Shop, sis à la rue du Maupas. Il encre alors dans leur épiderme des motifs personnalisés. Ces derniers sont créés à partir de mots-clés indiqués par le client pour l’aider à cerner sa personnalité, puis dessinés à main levée. «J’ai besoin d’être en symbiose avec la personne que je tatoue», confie le sympathique artiste qui, en créant pour chacun une pièce qui raconte sa vie, perpétue ainsi la longue tradition des îles Marquises.

Petit garçon, le secundo au sang chaud aimait déjà arborer des décalcomanies sur les bras. Une décoration qui n’était pas du goût de ses parents. Ces immigrés italiens résidant à Vevey assimilaient le tatouage à «un truc de taulard, de drogué». Le choc des cultures et des générations est palpable. Ce n’est donc que bien plus tard, après leur décès, que cette passion s’ancre pleinement chez Aito. Une virée au premier Mondial du tatouage, à Paris, déclenche chez lui un véritable coup de foudre. «C’est là que j’ai rencontré les premiers tatoueurs polynésiens et le fameux Mario, qui était complètement recouvert de motifs marquisiens, raconte cet ancien commercial. A partir de là, je me suis décidé à tout faire pour aller là-bas.» Définitivement conquis par ces ornements qui puisent leur puissance tant dans l’aspect symbolique que dans l’esthétique, le Vaudois met le cap sur les îles.

Sur place, le «Blanc» se fait tatouer un bras entier avec des motifs élaborés autour des thèmes des parents et du voyage. Le baroudeur revient en Suisse avec la Polynésie dans la peau, mais aussi dans le cœur. Avec ce profond sentiment qui le lie aux familles qui l’ont «adopté». Avec aussi ce surnom reçu lors d’une séance de tatouage et devenu son nom d’artiste, ce qui lui assure un anonymat propice à éviter les clients trop invasifs. «Le aito, c’est le bois qu’utilisaient les Marquisiens pour fabriquer les armes. C’est un matériau qui est vraiment dur, le «bois de fer», et on appelle aussi comme ça les guerriers», explique-t-il. A-t-il dû affronter de gros obstacles? «La vie en elle-même est déjà un combat, poursuit le noiraud «protégé» par ses tatouages. J’ai l’impression d’avoir une carapace et je me sens bien avec moi-même.»

Mais le piqué de tatouages aura besoin d’un déclencheur pour passer de l’autre côté de l’aiguille. Ses prédispositions sont déjà rapidement perçues par sa future épouse, Chris, également manager du salon, mais aussi par Filip Leu, fameux spécialiste du tatouage japonais. Convaincus de son potentiel, tous deux l’encouragent. Aito se lance, assailli de doutes. «Au début, j’avais beaucoup de peine à dessiner les motifs et, tout à coup, j’ai reçu le mana (ou aura)». Après avoir obtenu la bénédiction de ses «tontons polynésiens», il se sent porté comme s’il avait reçu un don. Le travail plaît et forge une belle réputation, de sorte qu’il faut à présent attendre près d’une année pour se faire «griffer» par sa main. «C’est une grande responsabilité, car on marque les gens à vie», relève le jeune quinqua, très à cheval sur le respect.

La voie du guerrier
D’où son nouveau combat. «Ne copiez pas des motifs polynésiens, ce n’est pas très respectueux, s’emporte l’artiste. Faites vos propres motifs, c’est mon cheval de bataille.» La machine à tatouer à la main, le guerrier repart au front.

Il la pose toutefois de temps en temps pour décliner son trait sur d’autres supports. «J’aime l’idée de faire des créations autres que le tattoo», appuie Aito, le regard franc, illuminé par une étincelle enjouée. Il a ainsi récemment dessiné les motifs polynésiens destinés à orner un body pour enfant. Cette pièce fait partie d’une ligne de vêtements lancée cette année par Drop In Shop.

Un regard dans le rétro révèle la cohérence de ce parcours pourtant si atypique. «Je suis arrivé à 50 ans et les choses se sont faites naturellement.» S’il a trouvé sa voie sur le tard, Aito n’est pas près de lâcher sa vocation: «Tant que je vois clairement et que je peux tracer des lignes, je continuerai.» (24 heures)

Créé: 15.05.2015, 10h43

Alchemy Tattoo

La 21e édition de la convention Alchemy Tattoo se tient à la salle polyvalente de Conthey (VS) samedi (10 h-2 h) et dimanche (10 h-20 h)

www.alchemy-tattoo-expo.ch

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