Le quartier aux villas chic a le cœur au chaud

L’Esprit des lieuxEntre le parc Mon-Repos et avenues bourgeoises, le quartier lausannois Mousquines-Bellevue n'est pas qu'un bel endormi.

Sur la très belle Avenue Secrétan, comme au parc Mon-Repos, le quartier Mousquines/Bellevue semble être l’endroit idéal pour se balader avec une poussette.

Sur la très belle Avenue Secrétan, comme au parc Mon-Repos, le quartier Mousquines/Bellevue semble être l’endroit idéal pour se balader avec une poussette. Image: Florian Cella

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

À l’ombre des arbres de Mon-Repos, les après-midi de semaine, la vie s’écoule loin de la rumeur de la ville. Serti d’édifices hérités du XIXe, le parc est ce qu’on appelle un poumon vert pour Lausanne. C’est surtout un havre, et le quartier dont il fait partie est à son image, un bel endormi. Pour être honnête, en hiver, les cris des enfants résonnent moins fort autour de la Folie Voltaire. Tout l’été, l’emblématique pavillon devient buvette et aimante illico les jeunes familles du coin. On y laisse les gamins se dépenser sur la place de jeux voisine, et on prend son brunch, l’air bobo.

Du côté des avenues du Tribunal-Fédéral, de Secrétan ou de Verdeil, le quartier Mousquines-Bellevue affiche lui aussi de très beaux atours architecturaux. Mais les grandes villas – aussi belles qu’inaccessibles – ne disent pas tout de ce coin de Lausanne, parfois perçu comme nanti. À côté de la vénérable Cour suprême, dont le portique à colonnades surplombe le parc, Sara Gnoni habite au dernier étage d’un bel immeuble. La maman de deux petites têtes blondes, conseillère communale Verte, n’a pourtant rien d’une grande bourgeoise. «Cet appartement, c’était autrefois des chambres de bonne. On m’a dit qu’une baronne habitait l’étage du dessous», glisse-t-elle. Cette fille de Lausanne habite là depuis dix ans et ne se voit pas déménager tout de suite: «On a de la chance d’habiter un quartier aussi tranquille. Il y a beaucoup de jeunes familles, mais aussi de personnes âgées. L’important, c’est de créer des liens entre les gens.»

Si l’animation se déploie surtout dans le parc, où se croisent les poussettes et les retraités en promenade, on en trouve aussi à l’avenue des Mousquines, qui concentre une petite brochette de commerces. Au comptoir de l’épicerie, une charmante grand-mère qui habitait dans le coin autrefois continue d’y faire des visites presque rituelles: «Je passe chez le coiffeur et je déjeune au restaurant du coin de la rue», détaille-t-elle au sujet de son programme du jour. Devant la caisse enregistreuse, les conversations se nouent sans peine au point de créer des embouteillages dans les rayons. Mais motus et bouche cousue sur ses souvenirs d’antan. «Je ne veux pas apparaître dans le journal!» Pendant ce temps, la caissière ne se départit jamais de son sourire et lance des «ma chérie» pour accompagner ses «au revoir». De retour sur le pas de la porte, on se sent déjà comme un habitué des lieux.

Dans la rue, les enseignes ont souvent changé de mains ces dernières années. Mais une boutique tient bon. C’est la blanchisserie de Maria Peri, petite pièce où les piles de chemises impeccablement repassées semblent monter au plafond. «Je suis arrivée ici d’Italie il y a 54 ans! Je n’ai jamais bougé.» Elle tient boutique depuis 40 ans et affiche sa fierté d’accomplir un travail artisanal de bout en bout. En témoignent les paquets en papier blanc soigneusement pliés et numérotés qui renferment les cols amidonnés du jour.

«Il y a ici aussi bien des gens riches que normaux, comme moi. On s’attache à un quartier. Au bout de toutes ces années, c’est devenu une famille, glisse-t-elle tout en guettant les visages qui apparaissent devant son échoppe. Il y a toujours quelqu’un pour passer dire bonjour ou faire signe à travers la vitrine.» C’est l’esprit que l’on retrouve non loin de là dans une autre boutique un peu insolite, mais bien connue des gens du coin. Chez L’Herboriste, Rino Cassano dispense ses conseils pour des préparations aux plantes que même nos grands-mères ont sans doute oubliées. Un vieil homme y débarque à la recherche de quelqu’un pour faire causette: «Une herboristerie, ce n’est pas très commun!» s’émerveille-t-il avant d’évoquer ses souvenirs d’enfance dans la campagne fribourgeoise. Dans cette rue tranquille, le chaland n’est pas aussi facile à attirer qu’autrefois, surtout depuis que la poste d’en face a fermé, il y a quelques années. «Commercialement, c’est un quartier qui se cherche», conclut-il derrière son beau comptoir à l’ancienne. (24 heures)

Créé: 04.02.2018, 08h55

Conseillère communale Verte, Sara Gnoni habite près du Tribunal fédéral depuis 10 ans. (Image: C.BA.)

Arrivée d’Italie il y a plus d’un demi-siècle, Maria Peri n’a plus jamais quitté le quartier. (Image: C.BA.)

Sur l’avenue du Léman, l’Herboriste est une boutique peu commune à Lausanne, tenue par Rino Cassano (Image: C.BA.)

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

L'actu croquée par nos dessinateurs, partie 5

Manifestation contre Monsanto, paru le 22 mai 2018
(Image: Bénédicte) Plus...