Les écoles lausannoises méritent plus qu'un coup de pinceau

PlanificationDavid Payot publie enfin sa stratégie pour le parc scolaire aujourd’hui vétuste. Avec une demande de crédit de 18 millions à la clé.

Saint-Roch, le

Saint-Roch, le "Palais scolaire" du XIXe siècle, sera bientôt restauré. Le collège fait partie des gros chantiers de rénovation qui attentent la Ville de Lausanne. Image: ODILE MEYLAN/A

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Lausanne a-t-elle mis ses écoles au second rang de ses priorités? C’est le soupçon qui plane dans les rangs d’une partie du Conseil communal. Début 2014, le socialiste Julien Eggenberger, appuyé par les autres groupes, réclamait une planification sur les rénovations des écoles et les futures constructions. Le parc de plus de 50 bâtiments fait peine à voir par endroits.

Il aura fallu plus de cinq ans pour obtenir une réponse. La voilà: elle est publiée ce jeudi et figure désormais dans le pipeline du parlement communal. Les élus y trouveront de quoi débattre, vu l’ampleur des changements à venir. À l’horizon 2030, 145 nouvelles classes seront ouvertes pour un total de 2650 élèves supplémentaires. Ils sont actuellement 14'000.

Plusieurs études ont été menées, sur la démographie (avec des approches différenciées) et sur le rendement énergétique des bâtiments (menée par une société basée à l’EPFL). Dans son texte, la Municipalité reconnaît qu’il n’est pas «compatible» avec l’image de la capitale d’avoir une partie de son parc immobilier dans un état vétuste. Porté par David Payot, le préavis municipal détaille ses axes d’action. Objectif: un ensemble fonctionnel et accueillant. Assainissements et rénovations de l’existant doivent se conjuguer avec les projets de constructions pour accueillir les enfants de la vague démographique particulièrement importante à Lausanne.

On garde les concours

David Payot promet d’harmoniser les besoins techniques avec les objectifs qualitatifs. Par exemple, Lausanne ne suivra pas la recommandation de la Cour des comptes, qui, en 2015, avait pointé les concours d’architectes comme des dangers potentiels pour les bourses communales: «Notre idée est de mettre ensemble architecture et pédagogie, fait valoir le municipal. Un bâtiment doit être construit selon une vision, ce qui le rendra durable. Le provisoire qui dure n’est ici pas souhaité.»

Les classes d’école sont une chose. Or, elles s’assortissent de beaucoup d’autres locaux pour les cours spécialisés (en particulier au secondaire), la gym et, surtout, pour le parascolaire où les écoliers sont accueillis pour manger, se reposer et se divertir. Cela implique des réflexions croisées sur l’agencement des locaux.

Ces développements vont coûter cher à la Ville déjà peu argentée. Des montants sont couchés dans le plan des investissements. Mais il faudra plus. La cheffe du Service des écoles, Barbara de Kerchove, note qu’une planification financière «à moyen et long termes» doit encore être élaborée: «Nous avons besoin d’autres logiciels de gestion et de planification», note-t-elle.

Pour l’heure, la Municipalité soumet au Conseil communal un crédit-cadre de 18 millions, le cinquième depuis 1992. Il sera utilisé sur trois ans pour refaire le Collège de la Barre (10 millions) et en partie celui de Montoie (5 millions), entre autres. Une petite partie de la somme financera les outils informatiques en vue de la planification financière.

Ouvrir sur le quartier

David Payot entend aussi développer un trend qui a déjà démarré lors de la précédente législature. L’école n’est plus envisagée comme un seul lieu d’enseignement, mais aussi comme un endroit où peuvent se dérouler d’autres événements en dehors des heures scolaires. «Cela a l’avantage d’ouvrir l’institution sur la ville», poursuit David Payot.

Au-delà de l’idée romantique d’une école généreuse et accueillante figure un principe de rationalité. Un périmètre scolaire occupé prévient les déprédations. En outre, c’est autant de locaux utilisés par des associations que la Ville n’a pas besoin de fournir ailleurs.

Le concept d’école ouverte sur le quartier implique aussi une réflexion sur ses abords. La cour de récré, par exemple, traditionnellement conçue comme un lieu spacieux mais un peu austère, fera l’objet d’études au fur et à mesure que les travaux seront entrepris sur les sites. «Le bâtiment scolaire doit se penser comme une des centralités du quartier, énonce David Payot. Par exemple, on peut imaginer de partager un potager entre l’école et le voisinage. Ou alors d’installer des jeux qui profitent aux élèves comme aux enfants du quartier. Cela s’est d’ailleurs déjà fait à Chandieu.»

Créé: 02.05.2019, 12h34

La réforme LEO a chané la donne

Si les communes sont responsables de leur parc scolaire, elles ne peuvent que suivre les directions qu’impose l’État sur le plan pédagogique. À cet égard, la Municipalité de Lausanne constate que la réforme LEO (loi sur l’enseignement obligatoire), entrée en vigueur dès 2013, a contribué à changer la donne pour l’organisation des classes. Votée en 2011 par le peuple, la LEO a introduit un changement, qui était d’ailleurs réclamé au niveau fédéral, sur la répartition des élèves entre primaire et secondaire. Pour des questions d’harmonisation entre les cantons, le secteur primaire a pris sous son aile les degrés 7 et 8 (anciennes 5e et 6e). Mais ce qui semble avoir le plus d’impact sur l’organisation scolaire lausannoise est le rallongement des parcours scolaires. «L’augmentation du nombre de redoublements […] et l’intégration des classes de raccordement dans l’enseignement obligatoire» en sont les deux causes principales, explique le préavis municipal. Le virage numérique de l’école est aussi évoqué, qui impliquera l’installation de «nouvelles antennes à plus forte capacité», y compris dans les salles de gym et de rythmique. Quant aux tableaux interactifs, Lausanne est suspendue, comme les autres communes, aux débats sur la motion Carrard qui demande que l’État les prenne à sa charge.

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