Même harcelés, les dealers peinent à quitter la rue

Trafic de droguePendant vingt?jours, la police a intensifié sa traque à la place Chauderon

Les dealers n’ont pas totalement quitté la place Chauderon et ses environs malgré une présence accentuée de la police pendant vingt jours. Mais les usagers se disent satisfaits.

Les dealers n’ont pas totalement quitté la place Chauderon et ses environs malgré une présence accentuée de la police pendant vingt jours. Mais les usagers se disent satisfaits. Image: Samuel Fromhold

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Mercredi, en fin de journée, le chef de groupe Alexandre Z. entamait la dernière patrouille de l’opération Saturo, chargée de mettre les dealers sous pression à la place Chauderon. En novembre dernier, les commerçants lausannois en appelaient à une présence renforcée de la police pour lutter contre les dealers de rue. Des demandes ont aussi émané des rangs politiques pour intensifier la traque. A la police municipale, le message est passé.

Du 8 au 29 février, des patrouilles ont arpenté en continu la place Chauderon, devenue un haut lieu de la vente de cannabis. Le passage sous-route, qui permet de rejoindre la bibliothèque, l’Administration communale et la gare du LEB, était devenu un point noir du trafic.

Présence continue du matin au soir et tolérance zéro, y compris pour de petites incivilités, comme l’abandon de détritus sur les trottoir: tels étaient les mots d’ordre de cette action policière. Résultat: environ 2 kilos de stupéfiants – de l’herbe pour la plus grande part – saisis en une vingtaine de jours, à coup de dosettes de 1?gramme.

Constat positif

Mercredi, 17?h?30. Surprise: malgré des patrouilles ininterrompues de la police depuis vingt jours, les dealers sont toujours là. Mais leur présence a bien diminué. En chœur, plusieurs commerçants de la place constatent que «ça va mieux depuis quelques semaines». N’empêche. A peine arrivée dans le passage souterrain, la patrouille contrôle un homme. Dans un mouchoir qu’il vient de jeter, deux petits sachets de marijuana. Prix de vente: 20?francs la pièce. «C’est la troisième fois qu’on le contrôle aujourd’hui, commente Alexandre Z. Ce matin, il avait 50 francs en poche; là il en a davantage.»

Le contrôle à peine terminé, on retrouve le même personnage quelques mètres plus loin, entouré de connaissances. Visiblement, l’arrivée de quatre agents sur la place n’effraie personne. Re-contrôle, fouille des buissons voisins… Rien. «Pendant les premiers jours de cette opération, on faisait de grosses saisies. Puis les dealers se sont adaptés», indique un agent. Les caches servant à planquer la drogue se sont vidées et les vendeurs se sont dispersés. Désormais, ils circulent entre le Flon, l’avenue d’Echallens ou le Maupas.

Du coup, le périmètre s’est élargi. En route pour le parc de la Brouette, à l’ouest de Chauderon. En chemin, les agents interceptent un jeune homme. Look branché, sacoche à la main: pas le profil type du dealer. Juste un consommateur qui vient d’acheter un petit sachet d’herbe. Très peu d’acheteurs ont été inquiétés par l’opération. Celui-ci a joué de malchance: deux agents l’ont aperçu avec un vendeur notoire, sans assister pour autant à la transaction. «On a contrôlé ce client dans l’espoir qu’il avouerait avoir acheté son sachet à l’homme que mes collègues sont en train d’interroger.» C’est raté, le consommateur assure avoir acheté la marchandise il y a quelques jours. Le dealer est relâché, le client écopera d’une amende.

La nuit tombe sur Lausanne, et les quatre agents fondent sur trois requérants d’asile africains dans le parc de la Brouette. Ils n’apprécient pas. La joute orale s’engage. «Vous savez les problèmes qu’il y a dans le quartier, non? C’est un lieu de vente, alors il ne faut pas vous étonner d’être contrôlés ici», lance la police. C’est là que prend fin la patrouille, obligée d’accompagner deux requérants à l’Hôtel de police. Leur signalement correspondait à des personnes recherchées pour «divers délits».

De retour à Chauderon, il fait nuit, et le bal des dealers a repris en douceur. C’est que les patrouilles de l’opération Saturo prennent fin à 20?heures. (24 heures)

Créé: 02.03.2012, 23h08

«Eradiquer le trafic, c’est impossible»

Marc Vuilleumier, quel bilan tirez-vous de l’opération Saturo?

Il ne faut pas se leurrer: éradiquer le trafic en ville, c’est mission impossible. Mais ce genre d’action permet de montrer qu’on travaille pour la qualité de vie et qu’on rend l’activité des dealers plus compliquée. On voit que, lorsqu’on met plus d’agents sur le terrain, cela a un effet. Et quand on entend les commerçants dire que cela va mieux à Chauderon, c’est déjà pas mal. Notre action a aussi eu un effet sur les incivilités, comme les papiers jetés dans la rue.

Mais dès que les policiers ont le dos tourné, les dealers reviennent…

On a pu enlever la pression pendant la journée mais on n’a pas les moyens d’être toujours présents de façon aussi intense. Nous continuerons d’assurer une présence ainsi que des actions soutenues à Chauderon.

Il n’y a pas que Chauderon où le public réclame des actions.

Non, mais son passage souterrain mérite d’être réhabilité. La police ne peut pas tout faire seule, et c’est un endroit où l’on pourrait installer des caméras. Par ailleurs, le programme de législature prévoit de requalifier l’espace public afin que certains ne l’accaparent pas (ndlr: comme les dealers) . Cela concerne aussi la Riponne et d’autres lieux à Lausanne.

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