On a retrouvé la mère des saint François

LausanneNicole Maffei, 84 ans, a dessiné les fameuses enseignes à l'orée des années 1960. Plongée dans son vieux cartable

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«Ce cartable est tout moisi», prévient-elle, en expliquant l’avoir ressorti la veille au soir de son galetas, au prix d’une véritable fouille archéologique. Dézippé d’une main fébrile, l’énorme porte-documents de cuir livre ses secrets.

Face aux trésors qui s’étalent sur la table de sa charmante ferme à Mollie-Margot, Nicole Maffeï, 84 ans, esquisse un sourire. Mais elle ne voit toujours pas pourquoi on s’intéresse soudain à son travail. «C’est si loin tout ça!» Jamais elle n’aurait songé à revendiquer la silhouette «un peu rigide» du saint François qu’elle a dessiné, à l’orée des années 1960, presque sans y penser, pour le compte des commerçants de la rue du même nom. «C’était une commande, n’y voyez rien d’autre. Mon cousin, Georges Schaeffer, qui tenait le magasin de sport en haut de la rue Saint-François, a pensé à moi quand ils ont décidé de se doter d’une enseigne commune au lieu d’un simple panneau mentionnant leur raison sociale.»

«L’artiste, c’est ma soeur!»

Le mystère évoqué mercredi dans notre rubrique Signé Lausanne (24 heures du 15 mars 2017) est donc résolu. On tenait plus ou moins l’histoire de ces dix-huit figurines, on avait le nom du ferronnier d’art - feu Denis Spagnol - et une date approximative: 1970. Mais pas moyen de retrouver le créateur de ces sculptures! L’appel lancé à nos lecteurs a rapidement porté ses fruits, preuve que les Vaudois sont curieux de la petite histoire de leur capitale. Quant à la principale intéressée - qui lit pourtant 24 heures tous les jours! - elle a préféré se cacher sous le tapis. C’est Jean-Jacques Savary, de Vevey, qui a vendu la mèche: «Vous voulez savoir qui a dessiné le saint? C’est ma sœur, Nicole Maffeï! Je vous préviens, elle est très timide.»

Merci aussi aux Archives de la Ville pour les précisions sur la date de l’installation des enseignes. L’édition du 2 décembre 1963 de la Nouvelle revue de Lausanne consacre une page entière à l’initiative originale des commerçants de «La rue des bons magasins». Cependant, cet article attribue à tort la paternité des enseignes à un certain Marcel Maffeï. Nicole confirme, c’est bien elle qui a dessiné le saint: "Mais à quoi bon le dire? Nous formions une équipe! Et à l’époque, les clients préféraient avoir à faire à un homme, ça faisait plus sérieux."

Maurice Maffeï (et non pas Marcel) était son mari. Ils s’étaient rencontrés aux beaux-arts et avaient créé ensemble en 1954 à Pully, l’Art studio Maffeï, une des premières agences de pub du canton: "Quand on s’est lancés, on était très mal vus par nos collègues artistes qui nous considéraient comme des prostitués de l’art. Après, voyant qu’on s’en sortait bien - on a été jusqu’à 22 dessinateurs dans la boîte! - ils se sont mis à nous envier: on mangeait du rôti et eux des cervelas."

"Maurice ne voulait pas que je signe, j'étais la femme du patron"

Nicole Maffeï lâche un rire espiègle, sa main plonge et replonge dans le cartable moisi. "Maurice ne voulait pas que je signe, j’étais la femme du patron. Mais j’avais aussi quelques clients à moi, comme Omega. Ça, c’est un des foulards en soie que j’ai créé pour eux. Je concevais les décors de leurs vitrines et tous leurs objets de prestige. J’ai travaillé pour Longines aussi, et pour Rolex, mais aussi pour les fabricants d’aliments pour animaux et l’industrie du tabac." Les dessins défilent, les souvenirs ressurgissent: "Je m’en fiche complètement de tout ça, mais maintenant que je revois mes travaux, ça me rappelle des trucs, ça me fait plaisir."

Les oiseaux de Delessert

Quant au fameux saints qui ont transfiguré l’artère commerçante, Nicole Maffeï continuera à passer dessous sans lever le nez: "Je ne les aime pas trop, je les trouve trop raides. Le seul élément de douceur, ce sont les oiseaux, et ils ne sont pas de moi: Etienne Delessert, qui a débuté chez nous, s’en est chargé car je n’avais pas le temps. J’étais sur un autre projet. Ça se passait comme ça au studio: des combines d’atelier!" (24 heures)

Créé: 20.03.2017, 07h47

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