«On passe pour des dégénérés alors qu’aucun fait n’est avéré»

LitigeLe conflit entre l’Unité Logement du Service social et la Municipalité de Lausanne monte en intensité. Le syndicat dénonce une enquête «bâclée» et demande le dialogue.

Ce sont des blagues graveleuses ou des gestes comme un doigt d’honneur qui ont été retenus par l’enquêteur.

Ce sont des blagues graveleuses ou des gestes comme un doigt d’honneur qui ont été retenus par l’enquêteur. Image: PHILIPPE MAEDER

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Deux licenciements avaient été prononcés entre 2016 et 2017 à l’Unité logement du Service social de Lausanne pour des gestes déplacés. Depuis, une enquête interne a été commandée au sein du service afin de connaître le climat de travail de cette structure chargée de reloger des personnes fragilisées et de prévenir leur expulsion. Or ces investigations ont débouché sur des mesures disciplinaires à l’encontre de plusieurs collaborateurs. Mais c’est l’ensemble du service qui en pâtit, puisqu’une bonne partie des employés sont en congé maladie depuis cette procédure. Pour les syndicats, l’enquête «bâclée» menée par un indépendant est le nœud du problème.

Situation de «harcèlement sexuel collectif»

«L’employeur (ndlr: la Ville de Lausanne) a la prétention de régir les relations entre ses employés, au travail et hors du travail, sous prétexte d’un harcèlement qui n’a jamais eu lieu et dont personne n’a eu à se plaindre», résume le syndicaliste Aristides Pedraza. Ce n’est pas la conclusion de l’enquête menée par un ancien juge, qui concluait à une situation de «harcèlement sexuel collectif», en proposant des mesures pour y remédier. Or c’est précisément cette enquête que contestent une bonne partie des quelque 26 employés de l’Unité logement. Celle-ci avait débouché sur cinq procédures disciplinaires. Deux personnes sont officiellement visées par une mise en demeure. Deux autres ont reçu un avertissement informel grâce au soutien du syndicat. La cinquième personne visée a préféré démissionner.

Présents lors de la conférence de presse organisée vendredi par les syndicats SUD et SSP, des employés évoquent la souffrance générée par cette procédure. «On passe pour des dégénérés, des vicieux, alors qu’aucun fait n’est avéré», dit l’une d’entre eux. Le plus cocasse est que les employés sont eux-mêmes des assistants sociaux dont on peut imaginer qu’ils sont particulièrement sensibles aux questions de harcèlement.

«Il y a bien moins d’audace à l’Unité logement qu’à la Fête du slip à laquelle participent des tas de personnalités lausannoises»

Mais que leur est-il reproché par la hiérarchie? Selon les témoignages, l’enquête a porté sur l’ambiance au travail, dans des conditions que le syndicat dénonce comme très dures, sous la menace. Concrètement, ce sont des «blagues» graveleuses ou des gestes comme un doigt d’honneur qui ont été retenus par l’enquêteur. «Ce sont des blagues qui se disent lors des pauses ou hors du cadre de travail, comme on en voit partout, plaide Aristides Pedraza. Il faut arrêter cette tartufferie, il y a bien moins d’audace à l’Unité logement qu’à la Fête du slip à laquelle participent des tas de personnalités lausannoises.»

Les syndicats demandent à la Municipalité d’ouvrir le dialogue, mais aussi l’invalidation de cette enquête, ainsi que le «retrait des pressions et sanctions» qui pèsent sur les collaborateurs de l’administration communale. On comprend au travers de ce conflit de travail que le climat était très détendu au sein de l’Unité logement. En tout cas pour une partie des collaborateurs, dont certains admettent avoir partagé des discussions très intimes à la cafétéria.

«Je prends toujours en compte la version de celui qui estime avoir été victime de harcèlement et c’est au harceleur de démontrer qu’il n’a pas mal agit»

Il est vraisemblable que ce degré d’intimité ait pu mettre d’autres personnes en position d’inconfort. Comme l’évoque le municipal Oscar Tosato, en charge du Social, les deux licenciements prononcés l’an dernier semblent avoir délié les langues d’autres collaborateurs. «Pour moi, il n’y a pas à discuter sur les questions de harcèlement, dit-il. Je prends toujours en compte la version de celui qui estime en avoir été victime et c’est au harceleur de démontrer qu’il n’a pas mal agi.»

Le curseur de la gaudriole

Le municipal socialiste ne doute pas de la qualité de l’enquête menée par le juge Jean-François Cuénod. Mais il se dit ouvert à la discussion. «Les employés représentés par les syndicats se sentent dénigrés et je suis prêt à les recevoir», dit Oscar Tosato qui, au final, pourrait bien avoir à arbitrer la question de savoir à quel niveau se place le curseur de la gaudriole au travail. En attendant, il tient à rassurer les employés de ce service qui craignent en plus une restructuration: «Les prestations de cette Unité sont indispensables et il n’est pas question de supprimer le plus petit bout d’un poste.» (24 heures)

Créé: 02.11.2018, 20h14

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