«Parfois, je suis le seul adulte en contact avec un jeune»

Travail socialMéconnus, les travailleurs sociaux de proximité sont de plus en plus nombreux dans le canton. Rencontre avec l’un d’entre eux.

David Burnier (à dr.) à Renens avec les jeunes de l’association Les jeunes du XXIV.

David Burnier (à dr.) à Renens avec les jeunes de l’association Les jeunes du XXIV. Image: Patrick Martin

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Une fin de journée à Renens. Au coin de la rue, non loin du Centre de rencontres et d’animation de la Ville, David Burnier prend le soleil quelques minutes pour souffler un peu. Cet après-midi-là, il encadrait un groupe de jeunes venus faire de la mise sous pli pour gagner quelques sous. «C’est un projet de la Commune qui s’appelle Coup de pouce. Ça peut être sportif à gérer parfois, mais pour certains d’entre eux, c’est un premier contact avec le travail.» En pull à capuche, jeans et baskets, le trentenaire a le look du «grand frère» qui colle bien à son job. Depuis 2011, il est travailleur social de proximité, ou «TSP», un poste qui, à Renens, n’existait pas avant son arrivée. Dans l’Ouest lausannois, la plupart des communes ont désormais engagé un professionnel pour faire du travail social dans la rue, essentiellement auprès des jeunes. Mais la tendance touche tout le canton. «En 1991, Vaud comptait deux dispositifs comprenant des TSP. aujourd’hui il y en 26, comprenant 47 professionnels», relève Kim Carrasco, qui coordonne Rel’ier, la plate-forme vaudoise des travailleurs sociaux de proximité. Selon lui, deux tiers des TSP vaudois sont employés par des collectivités publiques. Mais ils sont aussi actifs au sein d’associations ou de fondations luttant contre la précarité ou la toxicomanie. Le métier reste pourtant méconnu du grand public, estiment les professionnels. Début avril, la Plateforme romande du travail social hors murs, l’autre nom du TSP, a donc sorti un livre pour lever le voile sur cette activité, notamment à travers des récits. David Burnier a prêté sa plume à cet ouvrage collectif.

Travail de rue

«Ma mission de base est d’aller à la rencontre de jeunes en difficulté qui n’ont pas forcément accès aux prestations sociales, explique-t-il. Faire connaissance et créer un lien avec eux prend du temps, mais c’est comme ça que les besoins se révèlent.» Un vrai travail d’immersion, de longue haleine, qui lui fait sillonner les quartiers, les parcs publics et les préaux d’école. «Les gens plaisantent en disant que je me balade. Mais une fois le contact établi, il faut encore trouver des solutions aux problèmes que rencontrent ces jeunes. Une grande partie du travail consiste à se créer un réseau pour savoir où les orienter et quelles aides ils peuvent obtenir.»

«Les jeunes que j’aide sont souvent dans une situation de rupture sociale, familiale ou professionnelle, poursuit David Burnier. L’idée n’est pas d’être un parent de substitution, mais parfois, je suis le seul adulte avec qui ils ont encore un contact.» Parmi les causes qui mènent à l’isolement, aucune ne se ressemble: retard scolaire, démêlés judiciaires, toxicomanie des parents et parfois, tout simplement, la difficulté de quitter l’enfance. «Une fois que l’école est finie, l’injonction est de s’intégrer. Mais certains ne sont pas prêts et se sentent abandonnés. Souvent, leur première attente est de recevoir un coup de main pour trouver du travail.» David Burnier insiste pourtant sur un point: «Pour s’en sortir, il est fondamental que le jeune reste acteur. Ce n’est pas moi qui irai à un entretien d’embauche à sa place.»

David Burnier ne suit pas seulement des cas individuels, mais joue aussi collectif. Les bandes d’ados qui écument les lieux publics sont en effet souvent les coupables désignés de diverses nuisances: déchets, vitres brisées, tapage nocturne. Une préoccupation pour nombre de communes, qui pousse certaines à s’intéresser de plus près au travail des TSP. «Lutter contre les incivilités n’est pas notre mission première, nuance David Burnier. Sachant que notre mission est de créer du lien, il est compliqué d’arriver d’emblée avec des injonctions, mais notre travail peut avoir un impact à long terme.»

Il cite l’exemple d’un groupe d’ados qui avait affaire tous les week-ends à la police pour des questions de bruit et de littering: «Après quelques discussions, il est ressorti qu’ils souhaitaient réaménager le parc où ils passent leur temps.» Il y a quelques mois, le TSP leur suggère de monter une association et de faire leurs propositions officiellement. Aujourd’hui, leur projet est sur la table de la Municipalité. «Une fois constitués en association, ils n’étaient plus perçus de la même manière dans leur quartier, constate David Burnier. Ce sont des choses qui les aident à reprendre confiance en eux.» Il confie que voir des jeunes réaliser qu’ils peuvent se sortir de leurs difficultés l’empêche d’être pessimiste, même s’il faut aussi gérer les échecs: «Dans ce métier, il ne faut pas prendre le costume du sauveur en pensant qu’on peut tout résoudre. Parfois, on est impuissant et il faut l’accepter.» (24 heures)

Créé: 25.04.2017, 13h59

L'ouvrage

«Référentiel» du travail social hors murs. Dire les pratiques pour mettre en lumière collectivement un savoir-faire professionnel, Plateforme romande du travail social hors murs, Ed. Slatkine.

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