Suspecté de la mort de cinq patients, le patron répond

ExclusifDavid Noakes s’insurge contre la fermeture de la clinique privée de Bussigny par la justice vaudoise. A ses yeux, sa molécule miracle n’est pas interdite en Suisse. Swissmedic réfute.

Fermée par la justice vaudoise, la clinique privée tenait plus de la maison de maître que de la structure médicale.

Fermée par la justice vaudoise, la clinique privée tenait plus de la maison de maître que de la structure médicale. Image: Florian Cella - A

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L’histoire de la clinique privée de Bussigny, fermée par la justice et sous enquête pénale après plaintes du CHUV et du médecin cantonal vaudois, a fait le tour du monde. Il faut dire que l’affaire, révélée dans nos colonnes fin juin puis reprise en Angleterre, en Belgique et même, plus loin, par Forbes et le Washington Post (lire ci-contre) a de quoi passionner à l’étranger. Car le groupe qui se tient derrière la clinique privée First Immune SA, Immuno Biotech, assure avoir traité quelque 9000 patients aux quatre coins du monde pour toutes sortes de maladies, du cancer aux allergies en passant par le sida, Parkinson ou Alzheimer… Le tout grâce à l’injection d’une molécule – miracle ou controversée, c’est selon: le GcMAF.

Pour rappel, la structure, pas officiellement enregistrée en Suisse, est dans le collimateur de la justice depuis une plainte du CHUV, où cinq personnes sont décédées fin 2014. Elles seraient auparavant passées par la clinique privée de l’Ouest lausannois. S’interrogeant sur ces morts et soupçonnant des pratiques douteuses, l’hôpital universitaire a dénoncé le cas à la justice. Une perquisition était alors ordonnée, le personnel emmené au poste, la structure de Bussigny fermée et ses équipements saisis dans la foulée.

CEO du groupe Immuno Biotech, basé à Guernesey, l’homme d’affaires anglais David Noakes, actuellement au cœur d’une procédure pénale dans le canton, livre sa vérité.

Quand avez-vous ouvert la clinique de Bussigny? A qui était-elle destinée?
La structure a été ouverte en octobre 2013. On y soignait la trentaine de maladies (ndlr: sida, cancer, autisme, herpès, dépression…) que la molécule GcMAF parvient à traiter. En moyenne, nous y sauvions cinq vies par mois. Cette clinique s’est occupée de 76 patients atteints de cancer en phase terminale. Tous auraient dû mourir, et pas uniquement les cinq dont vous avez parlé. Dans 70% des cas, la tumeur s’est résorbée et les patients sont rentrés chez eux. Il s’agit du meilleur taux de réussite dans l’histoire du cancer, mais on n’a entendu parler que des cinq morts.

Comment avez-vous appris le décès, au CHUV, des cinq personnes qui sont passées par la clinique?
Dans vos colonnes, où il était faussement indiqué que ces gens étaient passés par notre clinique de Bussigny.

Ce ne serait donc pas le cas?
Ce n’est pas certain! Le procureur vaudois n’a pas voulu me donner l’identité de ces patients. Or, à Bussigny, il est arrivé que nous refusions des gens qui nous avaient menti sur leur état. Nous n’acceptions pas les malades à qui il restait moins de trois mois à vivre, mais cinq personnes, à qui il restait deux semaines d’espérance de vie, nous ont trompés sur leur état de santé. Nous ne les avons pas admises et personne n’est mort dans la clinique First Immune de Bussigny.

Comment avez-vous appris sa fermeture?
Au téléphone. J’ai été horrifié que le procureur ne nous ait pas demandé de nous rencontrer pour que l’on puisse s’expliquer, le rassurer. La fermeture du site de Bussigny a eu d’autres conséquences: les deux autres cliniques que nous avions en Allemagne ont fermé leurs portes. Les équipes sur place ont été terrorisées d’apprendre que la justice suisse avait auditionné l’équipe de Bussigny durant plus de dix heures.

Vous y administriez une molécule controversée, le GcMAF, qui est interdite en Suisse.
Il s’agit d’une protéine humaine sans effet secondaire. Le produit est enregistré en Allemagne en tant que «complément» et il est parfaitement légal en Suisse. Mais le procureur n’a pas été intéressé par nos attestations. J’ajoute que quelque 180 scientifiques de 8 pays différents ont écrit des articles confirmant que le GcMAF tient ses promesses.

Attaquée de toutes parts, elle reste tout de même controversée.
Pour la simple et bonne raison que l’industrie pharmaceutique, la Big pharma qui gagne 200 milliards par année grâce à la chimiothérapie, voit le GcMAF comme une menace, car il s’agit du meilleur traitement contre le cancer jamais découvert. Mais la justice vaudoise ne s’intéresse pas à toutes les publications scientifiques que nous avons en notre faveur. Nous espérons toutefois pouvoir rouvrir la clinique de Bussigny, car notre molécule est une chance pour la Suisse. Le Canton de Vaud devrait autoriser le GcMAF, ce qui sauverait des vies, plutôt que de nous faire fermer.

La Suisse est-elle le seul pays où vous avez maille à partir avec la justice?
Notre groupe n’est pas au centre d’une vaste enquête criminelle internationale. Nous n’avons des problèmes que dans le canton de Vaud et en Angleterre, où l’agence de réglementation des médicaments et des produits de santé (MHRA) nous a également attaqués. Mais cette agence comprend quelques directeurs de la Big pharma… (24 heures)

Créé: 19.08.2015, 21h35

David Noakes, au cœur d’une procédure pénale en cours, a été auditionné par la justice vaudoise fin juin.

Etats-Unis: une mort mystérieuse

Sur Internet, les conspirationnistes, évidemment sceptiques face à la version officielle, s’en sont donné à cœur joie tout l’été. Il faut dire que le concours de circonstances est surprenant. Le 19 juin dernier, Jeff Bradstreet, un médecin américain particulièrement controversé, proche de David Noakes et du fameux GcMAF (il administrait la molécule à des enfants autistes), a été retrouvé mort, une balle dans la poitrine, en Caroline du Nord (USA). Après enquête, les forces de l’ordre ont conclu à un suicide. A noter que la veille du drame, les autorités américaines avaient, elles aussi, procédé à une perquisition des locaux du docteur Bradstreet, précisent le Washington Post et Forbes, qui s’en sont fait l’écho.

Les produits First Immune pas autorisés en Suisse

Lors de la perquisition de la clinique de Bussign y, l’hiver dernier, les équipements et les produits trouvés sur place ont tous été saisis, le personnel médical emmené au poste. Sur ordr e du procureur, les produits – le GcMAF et la molécule brevetée d’Immuno Biotech, la Goleic – ont ensuite été envoyés à Swissmedic, à Berne, pour analyses.

Si l’institut suisse des produits thérapeutiques, se retranchant derrière la procédure pénale en cours, ne communique pas sur ces expertises, son porte-parole, Peter Balzli, accepte de lever un coin de voile sur l’affaire. A commencer par la question la plus importante du dossier: les produits de First Immune sont-ils autorisés en Suisse? «Dès qu’une molécule est offerte avec promesse de guérison, on parle de médicament. Peu importe que le produit soit injecté, ingéré, ou qu’on parle de «supplément», sa commercialisation est soumise à une autorisation de mise sur le marché octroyée par Swissmedic sur la base d’un dossier scientifique. Or ni le GcMAF ni la Goleic ont une autorisation de mise sur le marché en Suisse. A ce jour, nous ne connaissons aucun essai clinique crédible qui prouve l’efficacité du GcMAF ou de la Goleic, ni contre le cancer, ni contre l’autisme, ni contre Parkinson», assène le porte-parole de Swissmedic.

Côté justice, Eric Mermoud, procureur en charge de l’affaire qui a auditionné David Noakes fin juin, confirme que l’existence et les activités du groupe en Suisse n’étaient pas connues des autorités. Et rappelle qu’aucun des produits estampillés «First Immune» n’est au bénéfice d’une autorisation de mise sur le marché helvétique. Evoquant, lui aussi, l’instruction en cours, le magistrat reste prudent, notamment sur la qualification juridique des reproches faits à David Noakes. Escroquerie par métier? Pratiques douteuses? Exercice illégal de la médecine? Que risque l’homme d’affaires qui est derrière First Immune dans ce dossier? Autant de questions que le procureur élude. «Le dossier est délicat. Nous avons procédé à plusieurs auditions, les investigations sont toujours en cours et d’autres auditions sont prévues», glisse le magistrat, qui n’en dira pas beaucoup plus. Discret sur le déroulement de l’enquête, Eric Mermoud précise tout de même que, à ce stade, le lien entre le décès des cinq patients au CHUV et les produits de First Immune ne serait pas établi. «Il s’agissait souvent de personnes en phase terminale. En arrivant à Bussigny, ils n’avaient plus beaucoup d’espoir», observe le procureur, qui songe désormais à une collaboration internationale. «Je déposerai probablement une demande d’entraide avec la Grande-Bretagne. Savoir que ces produits ne sont pas permis en Suisse ne suffit pas. Il est important de savoir très précisément de quoi il s’agit et d’où viennent ces produits.»

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