Philippe Martinet frappé par une enquête interne

LausanneL’ancien député Vert est dans la tourmente. Des collaborateurs se plaignent de son comportement. Les autorités devraient éclaircir la situation dans les heures à venir.

Philippe Martinet dirige le service des écoles de Lausanne depuis 2013. Une enquête interne le concernant vient d'être menée.

Philippe Martinet dirige le service des écoles de Lausanne depuis 2013. Une enquête interne le concernant vient d'être menée. Image: Jean-Bernard Sieber-A

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Philippe Martinet l’assure: il est toujours «formellement» le chef du Service des écoles de la ville de Lausanne, malgré l’enquête dont il a fait l’objet. Il est toutefois en arrêt maladie depuis lundi. L’ancien président du Grand Conseil, ancien responsable de l’OPTI, nommé à la Ville en 2013 par le socialiste Oscar Tosato, est au cœur d’une procédure aussi rare que délicate. Comme La Liberté le révélait vendredi dernier, le chef de service est accusé d’être à l’origine de graves problèmes humains au sein de l’entité qu’il dirige.

La Municipalité de Lausanne s’est réunie pour discuter du cas la semaine dernière. Un fait rare qui en dit long sur le sérieux qu’accordent les autorités à la situation. «Quand ça remonte à ce niveau-là, c’est que ça sent vraiment mauvais pour la personne concernée», lâche un élu. La communication autour de l’affaire a pour sa part été grandement resserrée. La nervosité au sein de l’administration, autant que dans le collège municipal, est palpable.

Départs à la chaîne, harcèlement, comportement inapproprié… Les griefs évoqués sont variés. Responsable du dossier, le popiste David Payot ne fait aucun commentaire «en raison de la protection de la personnalité».

Des défenseurs à disposition
L’intéressé déclare être maintenu à son poste. Il ne s’exprime pas sur les faits reprochés. «Ce n’est pas à moi de démentir ce qui a été écrit. Tout le monde dans mon service est prêt à le faire pour moi.» L’homme, visiblement affecté par les attaques dont il est la cible, se défend notamment des rumeurs de harcèlement sexuel: «Plusieurs femmes de ma direction ont été choquées et se disent prêtes à témoigner que jamais je n’ai été l’auteur d’un acte ou d’une parole qui soit inconvenante ou grivoise.»

Des sources diverses font pourtant état d’une «aventure avec une collaboratrice qui aurait mal tourné». Philippe Martinet conteste. «Une collaboratrice a déposé une plainte parce que je formulais des critiques sur sa façon de gérer les finances. L’enquête municipale a conclu que j’avais certes émis des critiques, mais sans que cela ne constitue une forme de harcèlement professionnel ou sexuel.»

Ce cas précis ne figure d’ailleurs pas formellement dans la liste des faits analysés ces derniers temps. A l’inverse des départs fréquents enregistrés ces dernières années. Là aussi, Philippe Martinet s’explique: «Neuf départs sur dix l’ont été pour des raisons de surcharge de travail. Pas à cause de ma gestion.»

L’ancien élu insiste: il est soutenu par ses équipes. «Le conseil de direction a d’ailleurs très vite demandé une audience à M. Payot pour me défendre. Tant sous l’angle de la qualité de ma gestion des ressources humaines, que sur l’atteinte des objectifs de mon service.»

Dans ce cas, qui lui en veut? Pourquoi se retrouve-t-il au cœur d’une enquête interne? Silence. «Là-dessus, je dois m’abstenir. Mais je peux vous dire que tous les chefs de service peuvent avoir à tour de rôle à justifier de leur gestion.»

L’embarras des Verts
Dans son parti, Les Verts, l’affaire est qualifiée de «malheureuse». Un élu de centre droit fait état d’une grande «nervosité» de leur part lors d’une séance en fin de semaine dernière. Philippe Martinet sera-t-il exclu du parti? «Seulement si les faits sont avérés, mais on n’en est pas encore là», déclare un membre du comité des Verts vaudois. Ceux-ci indiquent que Philippe Martinet a toujours sa carte de membre, qu’il paie sa cotisation. Mais il s’est largement distancié des activités politiques depuis 2013 et sa nomination à la Ville de Lausanne, s’empresse-t-on de préciser.

De l’époque où il était davantage présent, on se souvient d’un «caractère souvent difficile, très tranchant et pas sympathique». Un élu Vert poursuit: «Il a une manière de parler aux gens qui est dure. Je n’aimerais pas être son subordonné.» En revanche, personne ne fait état de comportements qui auraient pu s’apparenter à du harcèlement sexuel. Ses camarades de parti, mais aussi d’anciens collègues soulignent par ailleurs ses grandes compétences professionnelles et politiques.

Nombreux sont pourtant ceux à avoir eu vent de la situation avant que celle-ci n’apparaisse dans la presse. «J’en ai entendu parler la première fois il y a quelques années, dit un élu de la gauche radicale. Et à nouveau la semaine dernière, par quelqu’un de l’administration communale.» Un socialiste et un PLR abondent.

Difficile de comprendre à ce stade comment une situation apparemment problématique depuis plusieurs années a pu perdurer si longtemps. Interrogé, le municipal Oscar Tosato ne commente pas. Celui qui a nommé Philippe Martinet et qui était son chef jusqu’à ce que David Payot reprenne la gestion des Ecoles en 2016 est soumis, comme ses six autres collègues, au plus strict silence. «Dans le cadre d’une procédure en cours, nous n’avons pas de déclaration à faire.»

Déclaration attendue
La Ville devrait s’exprimer d’une voix unanime dans les heures à venir. Le départ de Philippe Martinet est sur toutes les lèvres. Mais ce dernier insiste, il est toujours en poste, même s’il dit qu’il ne «s’accrochera pas». «Ce qui fait mal, c’est qu’en quatre ans je n’ai pas eu un seul reproche sur les prestations de mon service. Ce service n’est pas en crise. J’ai un vrai bilan et une équipe qui peut témoigner que je ne la traite pas comme un tyran.» Pour l’heure, cette équipe est elle aussi réduite au silence. (24 heures)

Créé: 01.11.2017, 06h42

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