Policier jugé pour violence aux urgences du CHUV

TribunalUn agent qui avait conduit à l’hôpital un homme agité explique comment il en est venu à le frapper alors qu’il aurait encore été menotté les mains dans le dos.

Les urgences du CHUV sont confrontées pratiquement quotidiennement à des patients perturbés, mais rarement à des personnes menottées

Les urgences du CHUV sont confrontées pratiquement quotidiennement à des patients perturbés, mais rarement à des personnes menottées Image: Jean-Paul Maeder

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«Il est assez fréquent que nous devions participer à maîtriser des patients perturbés admis aux Urgences du CHUV, mais là, nous avons tous été choqués.» Cet agent de sécurité a livré, lundi devant le Tribunal de police de Lausanne, un témoignage accablant contre un jeune policier lausannois. Il est accusé d’avoir frappé un homme qu’il venait de conduire à l’hôpital alors qu'il était menotté les mains dans le dos. D’autres personnes présentes ce jour-là l’auraient attesté.

Le policier a fait opposition à sa condamnation par le Ministère public pour voies de fait et abus d’autorité. Il est rejugé à sa demande, et du verdict pourrait dépendre la suite de sa carrière.

Une nuit de printemps 2017, aux Urgences du CHUV, deux policiers débarquent, encadrant un individu agité, arrêté et menotté à la suite d’une altercation en ville. Il y avait mordu une personne en se déclarant atteint de l’hépatite C, et il s’agissait de le soumettre à une prise de sang. Le bonhomme est installé sur une chaise roulante, il vocifère, crache au visage d’un infirmier.

«Il y avait beaucoup d’agitation, raconte l’agent de sécurité. Nous l’avons plaqué au sol. Un des policiers s’est placé sur lui et s’est mis à le frapper avec ses poings. Je suis intervenu pour lui dire d’arrêter de taper et il a tout de suite obtempéré. Ensuite, nous avons contentionné cet individu perturbé sur un brancard, et les agents sont partis.» Et d’ajouter: «On nous apprend à ne jamais frapper une personne menottée, à ne pas oublier qu’elle est alors sous notre responsabilité.»

Le policier conteste les déclarations de l’agent de sécurité du CHUV ainsi que celles des autres témoins. Contrairement à ce qui a été retenu dans l’ordonnance pénale, il affirme que l’individu n’était pas menotté les mains derrière le dos, mais devant, conformément à la procédure lors d’un transfert («sinon il n’aurait pas pu être assis sur la chaise roulante»).

«J’étais coincé contre lui. Il essayait de me mordre. J’ai tapé pour me dégager»

«Comme il se levait de sa chaise, j’ai appuyé sur son épaule pour le faire rasseoir, raconte le prévenu. Une autre personne est intervenue et ça m’a fait trébucher. Le monsieur est tombé sur moi. Je me suis retrouvé coincé tout contre lui. Il essayait de me mordre. J’ai tapé pour me dégager. Il disait avoir l’hépatite C, j’ai pensé qu’il pouvait aussi avoir le sida. D’ailleurs, je me suis ouvert une arcade sourcilière dans cette échauffourée, ce qui m’a fait très peur, heureusement pour rien. À aucun moment l’agent de sécurité ne m’a dit d’arrêter, je l’ai fait moi-même.»

Le policier souligne que pour se dégager, il a appliqué la technique dite de la «crevette», qu’est venu expliquer un instructeur devant le tribunal. Manque dans cette affaire dénoncée par le CHUV la version du plaignant. Il n’aurait été entendu ni par le Ministère public ni maintenant par le tribunal. Le prévenu est un policier décrit par son supérieur comme un homme de «bonne résistance au stress, posé, capable de beaucoup d’empathie et qui arrive à désamorcer les tensions».

Le tribunal décidera si son intervention était proportionnée ou pas. Verdict prochainement. (24 heures)

Créé: 27.05.2019, 19h05

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