Quel équipage pour piloter Plateforme 10?

Politique culturelleLes trois musées seront gérés par une seule fondation, un pas décisif, précisant les ambitions du quartier culturel.

L’allure est donnée pour Plateforme10 fonçant vers l’ouverture de son premier musée cette année. (De g. à dr.) Nicole Minder (cheffe du Service des affaires culturelles), Grégoire Junod (syndic de Lausanne), les conseillers d’État Pascal Broulis et Cesla Amarelle et les directeurs des trois musées, Bernard Fibicher (MCBA), Chantal Prod’Hom (Mudac), Tatyana Franck (Élysée).

L’allure est donnée pour Plateforme10 fonçant vers l’ouverture de son premier musée cette année. (De g. à dr.) Nicole Minder (cheffe du Service des affaires culturelles), Grégoire Junod (syndic de Lausanne), les conseillers d’État Pascal Broulis et Cesla Amarelle et les directeurs des trois musées, Bernard Fibicher (MCBA), Chantal Prod’Hom (Mudac), Tatyana Franck (Élysée). Image: JEAN-BERNARD SIEBER

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

L’effet d’annonce a joué une fois encore pour Plateforme 10. Comme si la gouvernance – ce mot revenu en force pour évoquer la gestion d’une entreprise – nécessitait un coup de fouet pour se rendre passionnant! En 2012, c’est par un aparté que filtrait l’intention du Conseil d’État d’émanciper son Musée cantonal des beaux-arts (MCBA) pour le placer sous l’égide d’une fondation. Mardi, c’est dans la foulée d’une convocation surprise tombée le matin même pour midi qu’autorités cantonales et communales ont annoncé un transfert digne d’autres mercatos: le passage du Mudac (Musée de design et d’arts appliqués contemporains) du giron communal lausannois au canton (lire encadré). Sans appuyer le lien de cause à effet, les édiles ont pourtant dévoilé parallèlement leur intention de placer les trois institutions (MCBA, Mudac, Élysée) sous un seul toit juridique et administratif. Et leur ambition de faire de ce projet à 180 millions de francs «le plus important quartier des arts de Suisse».

Lever les inquiétudes

Oubliée donc l’usine à gaz – conseil de direction, comité de pilotage, groupes de concertation, commissions, délégations – qui a porté Plateforme 10 jusqu’ici. Même l’idée initiale de doter chacun des musées d’une fondation de droit public n’a pas résisté à cette volonté de clarification. Peut-être vaincue par l’air du changement, mais surtout par une évidence: «Il faut une identité forte pour ce site d’envergure qui va ainsi gagner en cohérence et pouvoir renforcer son positionnement et son rayonnement culturel», n’a cessé de répéter le conseiller d’État Pascal Broulis.


Lire l'édito: Un choix simple qui légitime le rêve


Concrètement, si chaque musée restera maître de ses missions artistiques et patrimoniales, la Fondation Plateforme 10 gérera le quartier comme un ensemble dans ses besoins administratifs, logistiques, sécuritaires mais aussi dans certaines de ses envies culturelles. Elle disposera d’une direction générale à laquelle les directeurs du Mudac, du MCBA et de l’Élysée seront associés. «Cette décision était attendue! Aussi, dès sa finalisation, nous avons choisi de la communiquer le plus rapidement possible, explique la ministre de la Culture, Cesla Amarelle. Et s’il s’agit d’une décision capitale pour faire de ce site une pépite culturelle, c’est aussi un pas important pour tous ceux qui y travaillent, nous voulions lever leurs inquiétudes.» Preuve que, pour les autorités, cette «gouvernance simplifiée» n’a rien d’un rouleau compresseur, il n’a jamais été question de fondre la photographie, le design et les beaux-arts «dans un musée fourre-tout», assure Pascal Broulis. Au contraire! Les musées conservent leurs spécificités, leurs compétences et ne devraient pas laisser leur nom dans cette volonté de clarification. Cesla Amarelle y tient: «Maintenir des identités fortes, reconnues, c’est la meilleure manière d’atteindre l’équilibre et même de renforcer l’identification du site. Et ce maintien de directions artistiques fortes est une condition sine qua non pour la suite, et leurs interactions sur le site vont devenir essentielles et précieuses. Demain, ce sera aussi le fait de la direction générale.»

Pas un concierge

La constitution de la Fondation Plateforme 10 dépend d’un calendrier politique. Elle doit faire l’objet d’un exposé des motifs et projet de loi, d’une votation au Grand Conseil. Par ailleurs, le cahier des charges de la future direction générale n’est pas encore délimité. «Ce ne sera pas qu’un concierge, assure Cesla Amarelle, mais en plus de gérer la mutualisation d’un certain nombre de ressources – sécurité, marketing, service au public –, la future direction devra également avoir une certaine autorité dans le domaine culturel afin de programmer des activités artistiques, en dehors de celles proposées par les musées. Nous voyons vraiment ce quartier comme un lieu de culture et de rencontre.»

Cliquez sur l'infographie pour l'agrandir

À huit mois du vernissage d’«Atlas, cartographie du don», première exposition du MCBA dans ses murs de Plateforme 10, à quelques semaines d’une passation de pouvoirs entre le département de Pascal Broulis et celui de Cesla Amarelle à l’occasion de la livraison du bâtiment, les ambitions cantonales pour l’ex-friche industrielle de 25 000 m2 se matérialisent et s’affirment dans les grandes lignes comme dans les détails qui comptent. Les appels d’offres pour le restaurant principal, la librairie, la signalétique, les parcs à vélos sont lancés ou vont l’être alors que la réalisation du mobilier urbain vient d’être attribuée. Et même si Pascal Broulis – impatient d’y être enfin, plus de dix ans après l’échec du projet de Bellerive – annonçait hier la constitution d’une fondation unique comme la dernière étape de l’aventure, il en reste d’autres. L’ouverture ou pas d’un quatrième espace d’exposition dédié à l’architecture sur le site? Un peu empruntée, la réponse s’est cantonnée à un laconique «c’est en progrès».

Reste aussi que deux des trois directeurs de musée (MCBA et Mudac) atteignent bientôt l’âge de la retraite. «C’est un peu prématuré pour en parler, tranche Cesla Amarelle, d’autant qu’ils ont bien l’intention d’accompagner ce projet. Mais le moment venu, nous évoquerons la transition avec eux.»


Du mobilier pensé à Bâle pour les rues du quartier des arts

C’est «Circulateur» qui l’a emporté! Le projet du bureau bâlois INCH est celui qui a séduit ceux qui devaient trouver un look au mobilier à Plateforme 10. Ses six concurrents sont exposés à ses côtés à l’ECAL en ce moment et jusqu’au 22 février. INCH touche 400 000 francs pour concrétiser ce travail. Celui-ci consiste en la réalisation et l’aménagement de bancs, conçus de forme circulaire et composés de béton «coulé sur place» et de bois suisse.

Au nombre de dix-neuf, ils seront disposés entre les arcades et leMCBA, mais aussi sur l’esplanade et la promenade. Le jury souligne qu’il a apprécié la possibilité que ces assises puissent constituer un espace de repos comme de jeu pour les enfants. Il a aussi aimé son «dialogue» avec l’architecture environnante. Le projet compte aussi des «mâts d’éclairage», des poubelles et des supports pour attacher les vélos. Tous de couleur «gris graphite».

À noter que ce mobilier n’est en rien celui qu’on retrouvera à l’intérieur des différents musées.
CI.M.

Créé: 12.02.2019, 19h33

Lausanne troque le Mudac contre l’OCL

Lausanne comptera bientôt un musée de moins. En tout cas sur le papier et dans ses budgets. C’est l’aboutissement d’une négociation avec le Canton de Vaud, qui reprend la gestion totale du Musée de design et d’arts appliqués contemporains. Ainsi le Mudac devient-il, comme ses futurs voisins de la gare, le MCBA et l’Élysée, un musée cantonal. «Cela s’inscrit dans une certaine logique», dit le syndic de Lausanne, Grégoire Junod. Un bâtiment partagé avec l’Élysée, par exemple.

L’élu socialiste en charge de la Culture aspire à ne pas nourrir «les guerres de chapelle. Ce n’est pas cela qui compte. Ce qui est important, c’est de donner à une institution les moyens de se développer. Les gens ne s’occupent pas de savoir s’ils sont dans un musée communal ou cantonal.»
Dans les faits, les collections acquises jusqu’au changement de statut du Mudac – en 2021 – resteront la propriété de Lausanne et seront en dépôt au Canton, «qui les entretiendra avec soin», sourit le syndic. Les achats et dons suivants appartiendront au Canton.

L’opération comporte bien entendu un volet financier. D’ici à 2025, la subvention de la Ville passera progressivement de 2,1 millions de francs annuels à zéro. Dans le même temps, c’est Vaud qui prendra le relais pour un soutien du même montant. Qui doublera par la suite.

En parallèle, une autre institution verra son subventionnement modifié: l’Orchestre de chambre de Lausanne (OCL). Le soutien financier du Canton décroîtra de 1,4 million sur 5 ans, alors que Lausanne fera le chemin inverse. L'implication cantonale pour cet orchestre passera ainsi de 3 millions à 1,62 million en 2026.

Il s’en dégage un surplus de 700 000 francs qui ira au Service de la culture de la Ville. Pour en faire quoi? Mystère. Grégoire Junod garde sous sa coupe trois grandes institutions muséales: le Musée romain de Vidy, le Musée historique et la Collection de l’art brut. Foi de syndic, c’est ce dernier qui bénéficiera bientôt du plus d’attention, puisqu’un agrandissement y est prévu. CI.M.

Articles en relation

L'ouverture du MCBA échappe aux radars étrangers

Culture De retour aux affaires cet automne, le Musée cantonal des beaux-arts peut s’appuyer sur l’immense succès de son «Ai Weiwei» mais devra aussi se faire réentendre depuis Plateforme10. Plus...

Le MCBA allie l’inédit et la nouveauté

Beaux-arts Dans une année, l’institution lancera ses activités sur le site de Plateforme 10. L’affiche 2019-2020 a été dévoilée lundi. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

L'actualité croquée par nos dessinateurs partie 7

Paru le 22 août 2019
(Image: Bénédicte ) Plus...