Quelles solutions pour favoriser le commerce de détail en ville?

LausanneLes fermetures de magasins indépendants ou appartenant à des chaînes poussent à la mutation du secteur.

Le municipal PLR Pierre-Antoine Hildbrand dirige désormais le Service de l’économie, fraîchement créé. Il a aussi dans ses mains la Sécurité. De quoi améliorer les conditions dans lesquelles les commerçants exercent leurs activités?

Le municipal PLR Pierre-Antoine Hildbrand dirige désormais le Service de l’économie, fraîchement créé. Il a aussi dans ses mains la Sécurité. De quoi améliorer les conditions dans lesquelles les commerçants exercent leurs activités? Image: Patrick Martin

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Comment stopper l’hémorragie? Cartier, Modesa, Foetisch, Hug Musique, la Maroquinerie du Maupas, Bata, Histoire de plaire… Toutes ces enseignes ont quitté le centre de Lausanne ou projettent de le faire. «Je ne peux pas vous dire lesquelles, mais d’autres chaînes vont continuer à fermer», ajoute Helena Druey, responsable du City Management.

Cartier et Modesa n’ont certainement pas les mêmes problèmes. «On est face à plusieurs phénomènes concomitants.» Parole de Pierre-Antoine Hildbrand, venu du Centre Patronal et désormais municipal lausannois du tout nouveau Service de l’économie. Les phénomènes dont il parle sont désormais des classiques: franc fort, concurrence d’Internet, loyers exorbitants, grandes chaînes qui mettent à mal la diversité de l’offre… «Ce n’est pas la Commune de Lausanne qui va sauver les commerces. Parce que ça, c’est un processus schumpétérien! (d’après Joseph Schumpeter, économiste et théoricien de la «destruction créatrice»)».

«C’est sûr, la présence de mendiants ou encore de dealers n’est pas bonne pour les commerces.»

Mais Pierre-Antoine Hildbrand entend agir en dehors des murs des magasins. Dans la rue. «Ça, c’est notre affaire. La Ville a un rôle à jouer sur les questions d’aménagement.» Valoriser l’espace public, rendre les rues conviviales, «donner envie aux gens d’y passer et de s’y arrêter. Cela fait partie de la marque, de l’identité de Lausanne. On y vient parce qu’on y est bien. Et dans ce cadre on consomme.»

Rendre les rues plus fréquentables aussi. «C’est sûr, la présence de mendiants ou encore de dealers n’est pas bonne pour les commerces.» La Ville peut aussi agir sur la proportion de commerces qu’elle permet dans les constructions de quartier. «Et il y a évidemment une réflexion qui sera menée sur les nuisances que les futurs grands travaux seront susceptibles de causer.»

Voilà pour la part publique. De l’avis des défenseurs du commerce de détail, l’effort ne doit pas s’arrêter là. C’est la branche elle-même qui doit se transformer. «Le franc fort masque un peu le vrai problème, selon moi, dit Philippe Bovet, président de la Société coopérative des commerçants lausannois. La tendance générale des habitudes d’achats a changé.»

Aller chercher les clients

Où sont les clients? Sur Internet, répondent les acteurs concernés par le commerce de détail. «J’ai testé pour la première fois Zalando cette semaine, explique Helena Druey. Comment rivaliser? C’est tellement simple et pratique!» «70% des gens vont sur Internet pour repérer les produits qui les intéressent, enchaîne Philippe Bovet. Si un commerce n’y est pas, les gens l’oublient. Tout simplement.»

Pour eux, les commerçants n’ont désormais d’autre choix que de soigner leur présence sur Internet. La société coopérative a décidé de montrer l’exemple. «Nous planchons actuellement sur un site pour donner de la visibilité à nos membres.»

Il se pourrait enfin qu’une partie de la solution réside dans la livraison. «En Allemagne, une ville a créé sa propre plate-forme, raconte Helena Druey. Les commerces qui le souhaitent peuvent y figurer, on peut passer ses commandes et être livré chez soi. C’est une piste comme d’autres que nous allons être amenés à étudier sérieusement. Parce que ça n’est pas près de s’améliorer.»

La preuve sur le front des loyers, toujours aussi élevés. A la Madeleine, une boucherie vide attend de nouveaux locataires depuis des mois. Le loyer serait rédhibitoire. Pour la diversité et les petits commerces indépendants, on repassera aussi. A la rue Centrale, le voisin d’Optic 2000, Histoire de plaire, sera remplacé par l’opticien Alain Afflelou. C’est du moins ce que disent des affiches fraîchement collées sur les vitrines.

Créé: 02.08.2016, 07h25

Etude partielle déjà en ligne

Une étude encore en cours vise à cerner la situation du commerce lausannois. Elle a livré ses premiers résultats, visibles sur le site de la ville. Ils montrent que la diminution des emplois dans le commerce de détail enregistrée depuis 1995 s’est stabilisée au début des années 2000. A l’échelle de la ville, l’offre commerciale reste par ailleurs concentrée au centre «et son rôle semble même s’accentuer», observe Alessandro Dozio, adjoint à l’Unité économie et territoire de la ville.

Cette zone comporte deux tiers des emplois lausannois du commerce de détail. Les magasins spécialisés dans les produits pharmaceutiques et la médecine augmentent, tout comme, dans une moindre mesure, l’habillement. Les deux genres sont en effet les seuls à avoir vu leurs effectifs gonfler depuis 1995. A l’inverse, l’offre électronique (radio, TV, téléphones) baisse grandement, sauf lorsqu’elle est très spécialisée. Alessandro Dozio invite cependant à la prudence: «ll faut relever que le terme «commerce de détail» correspond à des réalités très contrastées.» Le commerce de détail et ses transformations (commerce en ligne) «ne sont pas réductibles à quelques constats globaux mais demandent un examen circonstancié». Une analyse approfondie de la question devrait paraître ces prochains mois.

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