Sept marches d’escalier font de la place une esplanade

LausanneUne grande esplanade sera aménagée où les piétons seront rois. Il faudra attendre l’horizon 2025 pour la voir.

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C’est subtil, une place de la Gare. Prenez celle de Lausanne: elle existe de par les bâtiments qui l’entourent, mais on ne la voit pas, ou peu. Et surtout, on ne s’y prélasse pas. Repensée à deux reprises depuis 1964, cette partie de la ville par laquelle tout le monde passe continue de poser des colles aux politiques. Et doit sans cesse affronter l’évolution du monde qui l’entoure. Car c’est bien parce qu’on prend plus de trains, parce qu’on agrandit la gare de Lausanne et parce que le M3 y sera creusé un jour que la place doit à nouveau se transformer.

Un concours – mandat d’études parallèles, dit-on dans le jargon – a été organisé par la Ville entre différents groupes d’aménageurs de l’espace public. Des trente-deux candidats, six ont passé la rampe. Et c’est finalement l’équipe emmenée par les architectes parisiens de la place de la République Trévelo & Viger-Kohler (TVK) qui a remporté la palme. Associée à B + S AG (ingénieurs), Roland Ribi et associés (mobilité) et le Lausannois Blaise Sahy (architecte urbaniste). Décryptage du réaménagement de cette place qu’on devrait pouvoir fouler en 2025.

Caractéristiques et contraintes

Confusion, mélange des moyens de transport, encombrement, conflit entre piétons et voitures… La place de la Gare avait «besoin d’être simplifiée», explique Pierre-Alain Trévelo. Possible? Pour TVK, oui. Car sous la confusion se cache un grand espace rectangulaire, 200 mètres sur 500, capillarisé par des avenues à l’est et à l’ouest. Et par la rue du Petit-Chêne, qui plonge depuis le nord. «Le train, à Lausanne, a créé un balcon, une ligne horizontale que nous voulons mettre en évidence», développe Pierre-Alain Trévelo.

Un avenir plus ouvert

La place de la Gare encastrée et encombrée est appelée à s’ouvrir «à 360 degrés», avec le Pôle muséal, le développement du secteur de la Rasude, mais aussi la création d’une nouvelle grande place du côté de la rue du Simplon, au sud des voies CFF. Il s’agit dès lors de développer un espace qui assure certes sa fonction de base, être un lieu de liaison, de passage. Et de conjuguer cela avec la volonté d’en faire une «porte d’entrée vers la ville», voire une vitrine.

Il y a aussi la réalité: le nombre de voyageurs en transports publics explose et continuera d’augmenter dans les années à venir. Avec toujours plus de monde qui se retrouve piéton une fois sorti du train, du métro, du bus. On a donc décidé de faire la part belle à ceux qui sont à pied. Les voitures ne sont pour autant pas appelées à être expulsées des lieux. La circulation sera maintenue, mais canalisée au nord de la place.

L’esplanade où le piéton est roi

On ne le remarque pas toujours, une faible pente sépare le bas du Petit-Chêne de l’entrée de la gare. Mais «quand on est dans une pente, ce n’est pas confortable, ce n’est pas stable», dit Pierre-Alain Trévelo. Or la démarche participative menée par la Ville auprès des passants et des internautes a fait ressortir que les utilisateurs souhaitent pouvoir faire halte sur la place, même quelques minutes, explique Nathalie Luyet, cheffe du projet Pôle Gare. L’équipe de TVK propose de structurer cette pente. Et crée un horizontal duquel on descendra vers la gare en sept marches, au sud de la place, zone entièrement piétonne. Au pied des marches «on est toujours en relation avec la totalité de l’espace, on continue visuellement à embrasser l’ensemble de la place». L’esplanade est divisée en deux par une pente à 6%, maintenue sur toute la largeur et réservée à la mobilité douce.

Les architectes ont choisi de mettre l’accent sur la clarté avec «un sol très unitaire pour amener de la lumière», pour assurer une continuité et une cohérence de l’ensemble et pour mettre en valeur le bâtiment de la gare. Sur l’esplanade, on rêve de voir s’installer des antennes de manifestations lausannoises. Lausanne Jardins ou encore des expositions du Pôle muséal, cite-t-on à titre d’exemple.

Fini de faire demi-tour à la gare

Les deux ronds-points à l’est et à l’ouest de la gare sont supprimés. On descendra Ruchonnet pour enchaîner à droite sur William-Fraisse ou pour traverser vers l’avenue de la Gare. D’où on descendra sans possibilité de demi-tour sur la place. Une voie dans chaque sens sera réservée à la voiture. Même chose pour les bus. Parkings, dépose-minute et stations de taxis font l’objet d’une planification hors de la place, aux extrémités de la gare, qui seront connectées aux sous-voies. Des parkings seront construits à la Rasude et aux Epinettes.

Ce qui doit évoluer

Le projet rendu public hier continuera de se nourrir des avis récoltés durant la démarche participative, mais aussi de ceux qui seront émis par le public. Des contraintes demeurent elles aussi. Olivier Français, municipal des Travaux, ne le cache pas, «des choses doivent être rediscutées». Parmi elles, la largeur de la route et avec elle la dimension des terrasses du nord de la place, ainsi que l’emplacement des arrêts de bus, peut-être trop proches des commerces. La route pourrait aussi poser un autre problème avec sa couleur identique au reste de la place. «Il faudra peut-être trouver une tonalité accentuée pour mieux marquer les différences», prévoit Olivier Français.

La configuration exacte du Pôle muséal et sa liaison avec la nouvelle place seront aussi déterminantes. Côté aménagements, Olivier Français souligne l’aspect particulièrement «minéral» du projet lauréat et Nathalie Luyet l’usage très «parcimonieux» du végétal, alors que les sondages réclamaient plus de vert. Pour l’heure, de petits «bosquets» de trois arbres sont planifiés. L’esplanade pourrait ainsi se retrouver plus arborisée que ce qui est proposé dans la version du concours. «Il y aura aussi sûrement des demandes pour davantage d’eau», ajoute Olivier Français.

Pour l’heure, difficile de donner un agenda précis. L’ensemble de ce réaménagement, mais aussi du reste de la gare agrandie sera visible entre 2020 et 2027, indiquent les responsables du projet Pôle Gare.



1

Exit les taxis, les déposes minute et les parkings

On ne s’arrêtera plus devant la gare autrement qu’en transport public ou à pied. Deux parkings seront construits pour remplacer celui du Simplon, démoli ces prochaines années. Du stationnement, y compris pour les taxis, est ainsi prévu à la Rasude (nord est des voies) et du côté des Epinettes (sud ouest des voies). Bref, aux extrêmités de la gare, reliées aux passages sous-voies.


2

Peu d’arbres prévus et beaucoup de béton

Le projet présenté fait la part belle au bitume. Peu d’arbres à l’horizon. Mais les porteurs du projet préviennent déjà: la population veut plus de verdure. Et pourrait même insister pour obtenir une fontaine. Il y a fort à parier que les Lausannois profiteront d’une esplanade plus verte que présentée actuellement.


3

Voitures et bus seront canalisés au nord Le trafic automobile reste admis, mais sera radicalement diminué. On canalise le transport individuel motorisé au nord de la place, sur deux voies. Idem pour les bus, qui ne passeront plus juste devant la gare et dont les trois arrêts seront répartis au nord. Les trottoirs qui s’étendent au pied du Petit-Chêne seront élargis.


4

Sept marches et une esplanade

La place de la Gare aura enfin des allures de place. Avec son esplanade prévue en son centre et ses sept marches pour descendre vers le bâtiment de la gare ou vers ses terrasses et commerces. Des manifestations pourraient aussi s’y dérouler. Par exemple en devenant une antenne de festivals ou événements qui ont lieu ailleurs en ville. En somme, une vitrine. (24 heures)

Créé: 19.04.2016, 22h00

Extrait du calendrier

2015 Lancement de la démarche participative, mais aussi de la procédure fédérale pour le chantier de la gare.

2016 Début du Pôle muséal, élaboration du réaménagement de la place, concours pour le sud des voies…

2017 Début prévisionnel des travaux de la gare, des Fleurettes, suite de la démarche participative…

2018-2019 Début souhaité des travaux du M3, de la suite du Pôle Muséal (Mudac et Musée de l’Elysée), des Epinettes…

2020-2027 Réalisation de la nouvelle place, mise en service de la gare, travaux au sud et sous la place de la Gare, fin de la démarche participative.

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Une grande place qui veut éviter le scénario de la Riponne



Très épuré, le projet présenté hier crée un large espace. Une nouvelle place à Lausanne. Reste à voir comment elle vivra, qui la peuplera. L’un des architectes lauréats préconisait de laisser les choses se mettre en place «naturellement».

Un peu comme cela s’est passé dans l’histoire de la Riponne et ses marginaux, répliqueraient les mauvaises langues. Mais, pour les édiles, la situation n’est pas du tout comparable. «Il n’y a rien à faire à la Riponne, estime le municipal Olivier Français. La gare est un lieu d’activités, les piétons la traverseront de tous les côtés.» L’architecte parisien Pierre-Alain Trévelo complète: «L’ouverture de cette place minimise son caractère privatisable.» En gros, la foule et l’espace devraient empêcher que certains s’approprient le domaine public.

La vie de la future place de la Gare sera également déterminée par son animation. La Municipalité lausannoise a quelques années devant elle pour assurer le bouillonnement de ce nouveau lieu incontournable. L’aspect encourageant réside dans le fait qu’«il y a déjà une vie» autour de la gare de Lausanne. C’est ce qu’a constaté le professeur Florent Joerin, de la Haute Ecole d’ingénierie et de gestion. Il a dirigé l’étude mandatée par la Ville sur la gare. «Il y a des gens qui aiment juste s’asseoir et regarder ce qui s’y passe, décrit-il. C’est un endroit déjà apprécié pour son activité foisonnante et un croisement social unique à Lausanne.»

L’étude menée auprès des usagers de la gare montre d’ailleurs des attentes en matière de convivialité, d’espaces verts. Un lieu où l’on transite, mais où l’on peut se retrouver. C’est ce que prévoit le projet, avec quelques îlots d’arbres censés créer des points de rencontre. Les usagers espèrent aussi une amélioration du sentiment de sécurité. Ces espoirs s’exprimeront sans doute ces prochaines années dans le volet participatif qui entourera cet énorme chantier.

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