Un nouveau foyer pour les jeunes migrants isolés

AsileÀ Entre-Bois, l’EVAM veut faciliter l’intégration des mineurs grâce à la cohabitation avec ceux qui sont majeurs depuis peu.

La participation des jeunes à la préparation des repas leur rapporte quelques sous.

La participation des jeunes à la préparation des repas leur rapporte quelques sous. Image: ODILE MEYLAN

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Après quelque quatre mois de travaux, un nouveau foyer de l’EVAM (Établissement vaudois d’accueil des migrants) pour mineurs non accompagnés (MNA) et jeunes majeurs a ouvert ses portes début février à Entre-Bois. Il était inauguré ce week-end. Au rez-de-chaussée et dès l’entrée, tout sent le neuf. Le foyer dispose d’un espace de vie commun avec une cuisine. De raides escaliers et le bruit des semelles sur le lino nous mènent à l’étage qui est réservé aux chambres et salles de douche. D’une capacité maximale de 30 lits, le centre compte actuellement onze MNA et huit jeunes majeurs, parmi lesquels deux filles.

Ce nouvel établissement est ouvert alors que l’accueil des jeunes migrants reste un sujet sensible. L’an dernier, les critiques pleuvaient sur les conditions d’encadrement des mineurs et jeunes adultes, avec, en résonance, un débat âpre dans les couloirs du Grand Conseil: le SPJ doit-il être responsable de ces enfants sensibles? Les fonds sont-ils suffisants ou trop généreux?

Rien de tout ça, dimanche, dans les couloirs de cet établissement d’un nouveau genre. Il mise justement sur la cohabitation entre mineurs et jeunes de 18 ans pour faciliter leur intégration et conditions de vie. Une première expérience a eu lieu à l’avenue du Chablais, avec un foyer qui accueille, lui, 20 MNA et six jeunes majeurs.

«Préparer à la vie d’après»

La localisation du foyer lausannois, en pleine ville, ravit Amadou Diallo, 18 ans, qui vient de Guinée et vit en Suisse depuis maintenant deux ans: «Avec le bus, on est très facilement en ville, on peut sortir et cela nous permet aussi d’être plus indépendants.» Les éducateurs poussent vers l’autonomisation et l’indépendance des MNA et des jeunes majeurs afin de «construire un avenir en dehors des locaux et qu’ils soient préparés au mieux à la vie d’après», assure Evi Kassimidis, porte-parole de l’EVAM. Ces jeunes bénéficient aussi d’une ouverture culinaire en passant derrière les fourneaux de la cantine du foyer, mais aussi vestimentaire avec des kits leur permettant de s’adapter au mieux à une nouvelle étape de leur vie en Suisse.

Afin de leur préparer le meilleur avenir qui soit, l’EVAM donne la priorité à la formation de ces jeunes, dont le passé scolaire est souvent chaotique. Ainsi, pour beaucoup, tout commence par l’école de la transition (EDT) afin de les familiariser un peu plus avec leur nouvel environnement.

De manière plus générale, les éducateurs assurent tenter de protéger au maximum ces jeunes qui arrivent parfois dans un état psychique compliqué, «la bienveillance et l’écoute sont alors la clé», assure Alexandre Demont, responsable du foyer d’Entre-Bois. Le foyer peut aussi compter sur la population locale, qui fait preuve d’empathie, tente de comprendre le parcours de ces jeunes et a proposé son aide pour la journée portes ouvertes.

«La Ville de Lausanne se doit de trouver des solutions à de tels événements car tout ne coule malheureusement pas de source», a expliqué Oscar Tosato, rappelant les actions de la Municipalité pour l’accueil de telles populations.

Malgré ces différents soutiens, Evi Kassimidis reconnaît que «l’adaptation à un nouvel environnement peut se révéler compliquée dans certains cas». En dehors des heures de présence des éducateurs, des Securitas sont donc présents au sein du foyer.

Après une visite des locaux et la partie officielle, la journée s’est poursuivie en regroupant les différentes personnes concernées par la prise en charge des jeunes. Oscar Tosato s’est d’ailleurs félicité d’un tel engouement autour de l’ouverture de ce nouveau foyer. Et d’ajouter que cela permettait de «répondre aux questionnements légitimes que l’implantation d’une telle structure pouvait amener». (24 heures)

Créé: 11.03.2019, 08h20

Incertitudes à la majorité

La difficile transition avec la majorité, la suite des procédures et un foyer adulte, c’est aussi le volet que veut soigner l’EVAM, qui prend à ce propos l’exemple de trois jeunes majeurs accueillis à Entre-Bois. Ils font face à une décision d’expulsion tout en ayant une place qui les attend en apprentissage. «Ce sont des situations qui sont difficiles à gérer au niveau du stress pour ces jeunes, alors même qu’ils tentent de se forger un avenir, mais aussi pour les éducateurs», explique Evi Kassimidis, porte-parole de l’EVAM. En dépit des efforts fournis par les équipes afin de les préparer à l’après-foyer, une décision négative de Berne et toutes les dispositions mises en place par l’EVAM sont réduites à néant. «On met tout en œuvre pour qu’ils s’intègrent du mieux possible, qu’ils soient autonomes, mais face aux décisions de Berne on ne peut rien faire», s’insurge Alexandre Demont, responsable du foyer d’Entre-Bois. Une phase de transition de six mois est toutefois prévue une fois qu’ils ont 18 ans, période durant laquelle ces jeunes majeurs peuvent rester dans le centre.

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