Un quartier lausannois protégé par la justice

UrbanismeLes riverains voulaient préserver les particularités du quartier de la Gottettaz. Ils ont gagné devant le tribunal.

Au carrefour du chemin de la Gottettaz et celui du Moléson, le quartier présente une «unité» qui mérite d’être préservée, selon le Tribunal cantonal.

Au carrefour du chemin de la Gottettaz et celui du Moléson, le quartier présente une «unité» qui mérite d’être préservée, selon le Tribunal cantonal. Image: bingmaps

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Non loin de Chailly, un ensemble de bâtiments est resté pratiquement intact depuis sa construction, au début du siècle dernier. De beaux jardins, une architecture homogène, un emplacement à l’écart de la circulation… Cet ensemble, situé juste au-dessous de l’avenue de Béthusy, était menacé par un projet immobilier. C’était en tout cas la perception d’un groupe de 27 propriétaires, qui s’est formé pour défendre l’âme de ce bout de quartier. La Ville de Lausanne avait donné son accord, le Tribunal cantonal lui a donné tort.

Un jugement qui étonne

Le jugement rendu par la Cour de droit administratif, qui a invalidé le permis de construire, étonne les spécialistes. Le tribunal s’est aventuré sur un terrain qu’il fuit habituellement. «Il s’étend de manière détaillée sur la question de l’esthétique», se réjouit Me Benoît Bovay, qui défendait le groupe de propriétaires de la Gottettaz. Ainsi, la Cour a retenu le caractère «disproportionné» du projet. Elle craint de le voir créer «une violente brèche dans la trame constructive avec une disproportion de gabarits manifeste, portant ainsi atteinte à l’équilibre volumétrique et architectural des bâtiments environnants».

Le projet immobilier en question prévoyait de raser la construction actuelle, qui abrite trois appartements. Le futur immeuble prévoyait neuf appartements répartis sur quatre étages, coiffés au surplus d’une toiture plate. Pour la Ville, le projet était toutefois conforme aux droits à bâtir. Raison pour laquelle le permis de construire a été délivré.

Alors comment les opposants ont-ils pu obtenir gain de cause? L’histoire de ce quartier y est pour beaucoup. Mais ils ont aussi su tirer les bonnes ficelles. Ainsi, lorsque la rumeur d’une reconstruction a fait le tour du quartier, les propriétaires voisins n’ont pas tardé à se regrouper. Pas seulement pour faire opposition, mais aussi pour demander à la Municipalité d’établir un plan de protection du quartier.

«La Ville nous a demandé de démontrer l’intérêt patrimonial de ce quartier»

Cette démarche peu commune a bénéficié de l’expérience de l’une des propriétaires. Ariane Widmer, architecte et urbaniste, est également cheffe du projet du Schéma directeur de l’Ouest lausannois (SDOL). Conscients des tensions que vivent les centres urbains, entre nécessité de densifier et préservation du patrimoine, elle et ses voisins ont opté pour l’établissement d’un plan de quartier. Mais il a fallu argumenter. «La Ville nous a demandé de démontrer l’intérêt patrimonial de ce quartier», dit Ariane Widmer, qui est intervenue à titre privé dans cette affaire.

Etude historique

Du coup, les propriétaires ont mis la main à la poche pour financer une étude historique. Le rapport de Nathalie Desarzens, historienne de l’architecture, fait resurgir du passé les terres agricoles du château de Béthusy. L’étude montre l’évolution de ce quartier en quatre phases, principalement en 1913 et dans l’entre-deux-guerres. Ainsi, plusieurs bâtisses aux gabarits similaires sont signées des mêmes architectes, dont René Bonnard, et montrent l’évolution de leur style. Globalement, l’historienne décrit un quartier qui «forme un ensemble intéressant». Murs bordant les propriétés, large place faite à la verdure des jardins privés et toitures aux pans recouverts de tuiles sont constitutifs d’une «identité propre au quartier».

La composante esthétique

«Sur le plan de l’esthétique, le tribunal a admis que l’on ne pouvait pas faire n’importe quoi», souligne Me Benoît Bovay. Mais les juges ont été aidés dans leur décision par la concrétisation du plan ISOS sur Lausanne. Concernant la Gottettaz, le plan de conservation de la Confédération classe le quartier avec un objectif de sauvegarde A. Il n’en fallait pas plus pour annuler le permis de construire. (24 heures)

Créé: 15.09.2016, 07h39

Un plan de sauvegarde qui va toucher la densification

L’inventaire fédéral ISOS fait la liste des sites construits et considérés d’importance nationale. A Lausanne, il n’a été validé qu’en octobre 2015. C’est tard par rapport à d’autres villes de Suisse. La bataille menée à la Gottettaz a ainsi été précédée par d’autres. A commencer par deux villas du Mont-d’Or qu’un vaste projet immobilier menaçait de raser. Leur protection avait donné lieu à une levée de boucliers dans le quartier en 2003. L’affaire s’était soldée au Tribunal fédéral, qui avait estimé que Lausanne se devait de protéger cet ensemble.

Dans le cas de la Gottettaz, l’inventaire fédéral ISOS est entré en force après que la Ville a donné son feu vert au projet contesté. Le jugement de la Cour cantonale et l’objectif de conservation A donné par ISOS suffiront-ils? «Il n’est pas sûr qu’on classe le quartier, mais on pourrait procéder comme au Petit-Château, où l’on préserve des valeurs telles que certains bâtiments, des murs ou d’autres objets», indique André Baillot, chef du Service de l’urbanisme lausannois. Même si une partie des propriétaires de la Gottettaz le souhaitent, l’élaboration d’un plan limitant les droits à bâtir de tout un quartier est délicate, rappelle le fonctionnaire.

C’est aussi l’avis du syndic Grégoire Junod, chargé de l’Urbanisme, qui précise que la Ville ne fera pas recours contre la décision du tribunal. Mais l’arrivée de l’inventaire fédéral à Lausanne aura des répercussions. «Il va dans le sens de la protection des ensembles de bâtiments et c’est une bonne chose, dit-il. Mais nous devrons en tenir compte en lançant le chantier du prochain plan général d’affectation.»

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