Un second braquage qui inquiète les entreprises

Le Mont-sur-LausanneDans la nuit de mercredi à jeudi, des hommes armés ont attaqué des convoyeurs de fonds et bouté le feu aux véhicules utilisés. Le procédé semble le même qu’il y a un an.

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C’est une scène digne d’un film catastrophe qui attendait, jeudi matin, les employés des entreprises installées dans la zone industrielle En Budron, au Mont-sur-Lausanne. Une demi-douzaine de véhicules, complètement calcinés, bouchaient l’une des artères du secteur. C’est ce qui restait du violent braquage perpétré pendant la nuit, vers minuit et demi. Le fourgon d’une société de transfert de fonds a été la cible de malfrats, qui ont disparu dans la nature. On ignore encore le montant du butin.


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«Ils ont volé deux de nos camions pour barrer la route du fourgon», raconte l’employé d’une entreprise de la place. Les braqueurs ne sont pas allés chercher bien loin: cette entreprise est située sur le lieu même de l’attaque. Pris en tenaille, les convoyeurs de fonds ont été contraints de sortir de leur fourgon, avant que la bande ne s’emploie à en forcer les portes. «J’ai vu sur l’un des véhicules qu’ils avaient fixé une sorte de bélier pour défoncer les portières», raconte un autre employé. La police ne confirmera pas cette thèse. Et on a beau plisser les yeux, il reste difficile de s’en faire un avis en scrutant ce qui n’est plus qu’un amas de ferraille. Les assaillants ont en effet bouté le feu à tous les véhicules impliqués après avoir embarqué leur butin. L’incendie a calciné plusieurs arbres, dégageant une chaleur telle que des vitres du voisinage se sont fendues.

Des armes de guerre

Les deux convoyeurs ont été épargnés. L’un d’eux a toutefois été blessé à la tête, sans gravité, précise la police. Mais ils ont bénéficié d’une prise en charge psychologique. Elle n’est sans doute pas inutile. Les braqueurs étaient en effet équipés d’armes de guerre, des fusils kalachnikovs, selon nos informations. De nombreuses patrouilles ont été déployées sur le territoire vaudois et dans les cantons voisins, sans succès. Aussi la police cantonale lance-t-elle un appel à témoins en signalant que les braqueurs se sont vraisemblablement enfuis à bord d’un «gros véhicule de couleur claire». Les éventuels témoins sont priés de contacter la police au 021 333 5 333. La piste pourrait s’arrêter en France voisine. Un véhicule suspect a en effet été incendié dans un parking souterrain proche d’Annemasse, jeudi en milieu de journée. Son lien avec le braquage n’est toutefois pas encore avéré.

Il semble que, curieusement, les malfrats n’ont pas emporté tout l’argent disponible dans le fourgon. Trop d’empressement dans la manœuvre? La police ne dévoilera rien de l’enquête en cours. «L’entreprise est basée tout près d’ici et une équipe est venue récupérer les billets qui traînaient encore sur le sol ce matin», indique Christophe Roduit, patron d’une entreprise de primeurs en gros.

Et s’ils avaient tiré?

Établie depuis plus de quarante ans au Mont, la société Roduit SA a vu l’une de ses camionnettes roussir à proximité de l’incendie. Son patron déplore cette perte mais ce n’est pas ce qui le dérange le plus. L’assaut est en effet le deuxième dans ce secteur depuis le mois d’avril 2018. La question de la sécurité préoccupe Christophe Roduit: «Nos collaborateurs étaient au travail, à l’intérieur de nos locaux, donc ils n’ont couru aucun risque. Mais qu’est-ce qui serait arrivé si les braqueurs avaient tiré?» Pour lui, la présence de ce convoyeur de fonds dans le voisinage commence à poser problème, d’autant plus que certains bâtiments hébergent des concierges.

Directement visée, la société Loomis est restée sourde à nos questions. On sait toutefois qu’elle avait déjà pris des mesures visant à renforcer sa sécurité après la première attaque. Syndic du Mont-sur-Lausanne, Jean-Pierre Sueur indique ne pas penser pouvoir influencer Loomis. «Je comprends les craintes des gens, dit-il. Mais ça fait longtemps que cette entreprise est là, elle a subi deux braquages et, à mon avis, ses assureurs auront plus de moyens de pression que nous.»

Des similitudes

Reste à savoir si cette attaque est le fait de la même bande que celle perpétrée l’an dernier, pratiquement au même endroit. Bien des similitudes rapprochent les deux braquages: le lieu, l’heure, la saison, mais également l’emploi d’armes lourdes, l’utilisation de véhicules de barrage et une attaque éclair. Selon le procureur en charge de la première instruction, les auteurs courent toujours. «La vérification d’un éventuel lien entre les deux affaires sera l’une des premières choses à établir au cours de l’enquête, relève Pascal Gilliéron. Mais on n’en est pas encore là.»

Créé: 20.06.2019, 19h53

Rouler de nuit, la grande peur des convoyeurs

Les attaques de transports de fonds ont souvent lieu de nuit et ce n’est pas par hasard. Car les braqueurs sont sûrement au courant qu’en Suisse les valeurs, billets de banque et autres pierres précieuses ont l’interdiction de circuler dans des véhicules blindés de plus de 3,5 tonnes entre 22 heures et 5 heures du matin. Partant, quand il fait noir, les convoyeurs doivent respecter l’ordonnance sur les règles de la circulation routière et se contenter de fourgons, devenant des cibles de choix. «Ces attaques de nuit, ça commence à faire beaucoup, soupire Luc Sergy, directeur de l’Association des entreprises suisses de services de sécurité (AESS). Braquer des convoyeurs, c’est plus facile la nuit. Il y a moins de gens, donc moins de témoins susceptibles d’appeler la police et les fourgons utilisés sont surtout très vulnérables.»

En comparaison internationale, il est vrai que la Suisse a de quoi attirer les braqueurs. «En France, les blindages ont été augmentés, ce qui rend les attaques plus difficiles. Percer un blindage lourd nécessite des moyens extrêmes, poursuit Luc Sergy, qui pense à des lance-roquettes. Tenter de forcer un véhicule blindé d’au moins 7 tonnes, c’est également prendre le risque d’endommager son contenu, ce qui peut être dissuasif.»

Si les fourgons disposent de mécanismes type «expansion de mousse» ou de fumigènes et que les systèmes de transport sécurisé sont pourvus de mécanismes de maculage à l’encre indélébile, Luc Sergy maintient que le blindage lourd reste la mesure la plus efficace. «Pour empêcher l’accès au pont de chargement.»

Pour enrayer ces attaques, l’AESS plaide pour une modification de la loi depuis des années. Une demande que soutient le commandant de la police cantonale Jacques Antenen et à laquelle l’Office fédéral des routes n’est pas insensible. Le politique a lui aussi empoigné la problématique: le conseiller national Olivier Feller (PLR) a déposé une motion au National début mai à ce sujet. Le texte demande que les transports de fonds puissent circuler de nuit dans des véhicules lourds pour leur sécurité. «Le Conseil fédéral se prononcera sur la question fin août», estime l’élu vaudois, qui dénonce aussi l’absurde de la situation. Car, détail piquant, les fleurs coupées et les denrées périssables ne sont pas soumises à l’interdiction qui porte sur le poids du convoi.
Emmanuel Borloz

Convois ciblés

Vieux comme les attaques de diligences, les braquages de convoyeurs de fonds se sont additionnés ces dernières années et sont dans le viseur politique au niveau fédéral (lire encadré). Quelques exemples:

Décembre 2015

Un braquage avait été orchestré à Bussigny, avec l’aide de complices au sein d’une entreprise de transferts de fonds. Plus de la moitié des 2 millions constituant le butin avait été retrouvée. Le cerveau de l’affaire a été condamné en 2018 à 7 ans de prison ferme.

Mai 2017

Un fourgon de l’entreprise Loomis était attaqué vers 3 heures du matin sur l’autoroute, près de Nyon, par une bande de la région lyonnaise. Les malfrats avaient emporté quelque 40 millions de francs mais se sont fait pincer en France.

Février 2018

En soirée, un braquage particulièrement audacieux, avec enlèvement de la fille d’un des convoyeurs, avait été commis près de Chavornay. Plus de 2 millions seront retrouvés près de Lyon.

Avril 2018
Une première attaque de transfert de fonds a eu lieu au Mont-sur-Lausanne dans la zone industrielle En Budron, vers 1 h du matin. Le montant du butin n’a jamais été dévoilé. Tout comme le braquage de la nuit de mercredi à jeudi, plusieurs véhicules avaient été incendiés par la bande, qui court toujours.

A.DZ

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