À la placette des Terreaux, une cacophonie plus fertile qu’il n’y paraît

L'Esprit des JardinsTout l’été, 24 heures part à la rencontre des œuvres de Lausanne Jardins et des lieux qu’elles ont investis.

Des îlots de verdure semblent avoir percé la dalle de béton.
Images: FLORIAN CELLA

Des îlots de verdure semblent avoir percé la dalle de béton. Images: FLORIAN CELLA

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Des immeubles anciens, une librairie érotique, une forêt de garde-corps métalliques, un passage sous-voie des années 90, des gradins bizarres, la façade d’une église transformée en centre culturel… La curieuse placette des Terreaux a tapé dans l’œil d’un collectif français d’architectes paysagistes lorsqu’il était en quête d’un lieu où implanter sa création pour le festival Lausanne Jardins. «En arrivant sur ce site, je l’ai trouvé assez laid et c’est ça qui m’a plu, étrangement», explique Adèle Hopquin (28 ans), l’une des quatre professionnels qui ont créé «Terreau incognito» avec le concours d’une scénographe. «C’est un espace étrange, incongru, un peu mal foutu, très encombré. On voit qu’il n’y a pas eu de vraie réflexion sur l’aménagement. Il y a une accumulation d’éléments hétéroclites de plusieurs époques qui n’est pas très heureuse.»

Pour mettre en valeur la bizarrerie du lieu, les paysagistes ont partiellement recouvert le mobilier de végétation. Deux buttes sont tombées du ciel, îlots de verdure offrant jusqu’à 50 cm de terre. Exit la dalle stérile et hors sol. Le passant a l’illusion d’une nature féconde qui reprend ses droits au royaume du béton.

La palette végétale a été élaborée sur mesure avec une pépinière. Des plantes indigènes et vivaces, pour la plupart. «Plutôt que d’axer sur la floraison, on a travaillé sur les textures et les hauteurs, explique Adèle Hopquin. On voulait créer une idée de paysage; pas un massif de fleurs. Ça semble spontané mais en fait, tout est étudié.» Sur les bosquets, des arbustes (hêtres et bouleaux) fraîchement plantés évoquent les sous-bois.

Les paysagistes avaient 24'000 francs à disposition pour mener à bien leurs travaux. Le sol a été protégé avec du géotextile sur lequel a été déversée une couche de gravier pour le drainage et le modelage des excroissances. Ils ont volontairement laissé du mobilier urbain émerger de la végétation, comme cette poubelle qui dépasse. «Beaucoup de gens ne comprennent pas bien cette idée, sourit Adèle Hopquin. C’est une façon d’indiquer aux passants que non, ce n’est pas normal qu’il y ait ici une butte. C’est rigolo, je trouve. On voulait faire une blague de fiction avec ce jardin. Et essayer de ramener un peu de fécondité sur un lieu stérile.»

À l’époque de sa création, cette petite place fait la fierté des autorités. Le passage souterrain ralliant les deux côtés de la rue des Terreaux est inauguré en 1990. Une initiative privée: le budget a été entièrement pris en charge par le promoteur de Métropole 2000. Dans la foulée, la Municipalité lausannoise décide de créer sur l’esplanade un parc public; ce fameux labyrinthe des Terreaux, censé jouer le rôle de galerie d’art en plein air via une exposition permanente de sculptures. «Des éclairages seront installés afin que les amateurs d’art noctambules puissent également goûter aux charmes de la place», annonce «24 heures», qui ajoute que ce parc ambitieux «pourrait devenir un nouveau pôle d’attraction au centre-ville». On en est loin… Alors profitons de Lausanne Jardins pour apprécier pleinement l’étrangeté du lieu.

Créé: 07.08.2019, 10h21

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Avec son jardin «Terreau incognito», le collectif français veut créer l’illusion d’une nature féconde qui a repris ses droits au royaume du béton. Deux buttes ornent la place. Des îlots de verdure qui donnent l’impression d’être remontés à la surface.




Le mobilier urbain est partiellement enseveli sous la végétation. On voit ici une poubelle qui émerge.


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