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Les abattoirs de Malley auront un musée virtuel

La Confédération soutient un projet d’application mobile qui fera redécouvrir ce lieu disparu en 2014 tout en interrogeant notre rapport à la viande.

Le travail des bouchers, photographié pour 24 heures en 1992.
Le travail des bouchers, photographié pour 24 heures en 1992.
Patrick Martin

Ils ont été détruits en 2014, mais déjà leur mémoire s’efface. «Les abattoirs de Malley sont une part importante de l’histoire industrielle de Lausanne. C’était l’un des plus grands et des plus modernes de Suisse», rappelle Salvatore Bevilacqua. Anthropologue, chercheur à l’Institut des humanités en médecine (IHM) de l’UNIL, il vient de recevoir un soutien conséquent de la Confédération pour que cette histoire ne tombe pas dans l’oubli.

Dans le cadre de l’Année européenne du patrimoine culturel 2018, l’Office fédéral de la culture a accordé quelque 2,5 millions de francs à 19 projets donnant accès au patrimoine culturel de manière novatrice. À Malley, Salvatore Bevilacqua a obtenu un subside de 213'000 francs pour créer une application mobile géolocalisée dont le lancement est prévu en 2020. Celle-ci proposera un parcours à travers le quartier pour découvrir la vie des anciens abattoirs. Construits entre 1942 et 1945, ils ont à l’époque remplacé ceux de la Borde, vétustes et devenus trop proches du centre-ville. «Comme un rattrapage après la guerre, les années 40, puis les Trente Glorieuses ont vu la consommation de viande exploser», analyse Salvatore Bevilacqua, qui se spécialise notamment dans la culture alimentaire. Cette grande époque s’est définitivement terminée en 2002, date à laquelle les abattoirs ont été laissés à l’abandon avant d’être rasés quelques années plus tard.

«La mémoire du lieu est aujourd’hui surtout immatérielle, même s’il reste quelques vestiges», relève le chercheur. Le plus reconnaissable est sans doute le haut-relief qui marquait l’entrée du site, réalisé par le sculpteur lausannois Pierre Blanc. Comme un musée virtuel à la mémoire d’un site disparu, l’application devra ainsi surtout permettre de découvrir des documents d’archives, des photographies, mais aussi des témoignages de personnes qui ont travaillé aux abattoirs ou ont fréquenté le quartier autrefois.

Réflexion sans tabou

À l’heure où la production de viande soulève des débats passionnés, Salvatore Bevilacqua revendique une approche neutre. «Il y a un mouvement civilisationnel qui tend à gommer notre identité carnivore. Ce travail ne visera pas à stigmatiser les bouchers, mais à leur redonner une identité et à réhumaniser ce travail.» Pour ouvrir le débat, il est prévu que le lancement de l’application s’accompagne d’un programme d’activités et de conférences. «Reconstruire le contexte qui a entouré les abattoirs doit permettre d’ouvrir une réflexion sur notre consommation de viande», commente Salvatore Bevilacqua. Alors que Malley s’apprête à devenir un quartier urbain et se cherche une identité, il estime même qu’il faut pouvoir renouer sans tabou avec ce pan de sa mémoire: «Il n’y a pas de mal à revenir sur cette histoire récente, mais déjà oubliée. On peut y trouver quelque chose de fédérateur.»

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