«Plus personne n’achète un matelas dans une foire»

Comptoir SuisseLe directeur de MCH Beaulieu Lausanne confirme la tenue de la 99e édition du Comptoir Suisse dans un mois, mais ne s’engage pas pour l’année prochaine. Les raisons sont multiples.

Michel Loris-Melikoff est à la tête de MCH Beaulieu Lausanne SA depuis fin 2015.

Michel Loris-Melikoff est à la tête de MCH Beaulieu Lausanne SA depuis fin 2015. Image: JEAN-PAUL GUINNARD

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Yaura-t-il une 100e édition du Comptoir Suisse l’an prochain? Le groupe MCH abandonnera-t-il Lausanne en 2021, au terme du contrat qui le lie aux propriétaires des infrastructures de Beaulieu? À un mois de l’ouverture de la 99e édition de la foire, le directeur de MCH Beaulieu Lausanne SA, Michel Loris-Melikoff, a répondu à toutes nos questions, sans langue de bois.


Edito: La fin du Comptoir n’est plus un tabou


La baisse de popularité du Comptoir Suisse n’est pas un secret. Comment se présente son avenir à court terme?
La 99e édition aura lieu (ndlr: du 14 au 23 septembre prochain). L’existence de la 100e dépendra du résultat de celle-ci et de la présence ou non d’une volonté chez les collectivités, les exposants et, in fine, les visiteurs. Si nous perdons encore de l’argent lors de cette édition, nous serons obligés de trouver de nouvelles solutions avec nos partenaires pour éventuellement organiser une 100e édition.

Parce que le Comptoir perd de l’argent?
Oui, en tout cas lors des dernières éditions. Nous avions pourtant investi parce que nous croyions au programme proposé. Ça a bien marché pour certains secteurs, comme le Lab (ndlr: le secteur dédié aux innovations technologiques), où nous avons eu de très bons retours, mais pas pour l’ensemble de la foire.

Et pourquoi cela n’a-t-il pas fonctionné?
Nous le constatons aussi à la Muba à Bâle ou à la Züspa à Zürich, les foires généralistes ne correspondent plus aux demandes du public comme il y a vingt ans. Son comportement a complètement changé: plus personne n’achète un matelas ou un fer à repasser dans une foire. Mais le phénomène est général: même les shopping malls à Dubaï ou aux États-Unis doivent développer des animations de plus en plus spectaculaires pour convaincre leurs clients de venir et, surtout, de rester plus longtemps sur le site.

L’OLMA à Saint-Gall ou le Comptoir de Martigny continuent pourtant de rencontrer le succès…
Je n’aime pas ces comparaisons. On compare des poires avec des pommes. Martigny est l’unique foire du Valais, alors que, dans le canton de Vaud, le Comptoir Suisse affronte la concurrence de multiples comptoirs locaux ou régionaux.

Du coup, la 99e édition qui débutera dans un mois sera-t-elle une édition au rabais?
Non. Nous avons bien sûr essayé d’économiser partout où c’était possible. Mais il y a des postes incompressibles, comme les animations ou la sécurité. J’ai toute confiance dans le nouveau directeur, Cédric Eggen, et son équipe. Ils se démènent vraiment pour organiser une manifestation de qualité, dont ils dévoileront d’ailleurs le programme tout prochainement.

Cela ne suffira pas à consoler les nostalgiques du grand Comptoir d’il y a 50 ans…
Mais il est évident que le Comptoir n’est plus le même. Tout a changé! C’est comme quand j’entends que les déboires du Comptoir sont la faute des méchants Suisses allemands. C’est faux. Ils sont la conséquence d’un monde qui s’est complètement renouvelé.

Quelles sont les pistes étudiées au sein du groupe pour sauver ces foires généralistes?
Elles sont peut-être appelées à perdre leur aspect commercial au profit de quelque chose de beaucoup plus festif. Ou à devenir des sortes d’interfaces entre le monde réel et le monde virtuel. Je suis récemment entré à Zurich dans un magasin de vêtements où les miroirs sont aussi des écrans. Les clients peuvent visualiser sur eux des habits sans les essayer. Ce genre de chose va probablement apparaître rapidement dans les foires. Mais on ne dégustera jamais son papet aux poireaux de manière virtuelle.

Tout cela signifie-t-il donc que vous ne prévoyez pas de quitter Lausanne en 2021, au terme de votre contrat avec la Fondation de Beaulieu?
Non. Nous venons de changer le modèle de notre présence à Lausanne en transférant à la fondation toutes les organisations d’événements tiers justement pour pouvoir nous concentrer sur notre cœur d’activité et le développer. Nous travaillons pour amener à Lausanne de nouveaux produits de notre portefeuille, comme le salon ILMAC (ndlr: un salon professionnel de la pharma, de la chimie et des biotechnologies), qui a rencontré un joli succès l’an passé.

Et qu’en est-il de votre cadre de travail. Ne seriez-vous pas mieux à l’extérieur de la ville?
Non, surtout pas. Les Lausannois et la Municipalité doivent prendre conscience que cet emplacement est un énorme atout pour organiser des événements. On le voit dans toutes les autres grandes villes: les sites en plein centre sont une garantie de succès. Parce que les gens peuvent y venir à pied ou avec les transports publics en quelques minutes. Et ici, nous avons même un aéroport à trois minutes.

Mais alors pourquoi rencontrez-vous des difficultés à Lausanne?
Pour deux raisons principales. Premièrement, les infrastructures ne répondent pas aux besoins. Nous pourrions faire beaucoup plus de choses avec les halles Nord plus modernes et accueillantes. Et – pourquoi pas – équipées d’un sous-sol. Quant aux halles Sud, je ne comprends toujours pas qu’un projet réalisé il y a huit ans n’ait pas été mieux conçu et surtout isolé contre les nuisances sonores. Nous recevons une dizaine de demandes par an pour organiser des soirées privées, mais ne pouvons y répondre favorablement parce qu’il n’est pas possible de cloisonner les halles ou d’y organiser un concert à 95 ou 100 dB. Même une fanfare émet déjà plus de 93 dB!

Et la seconde raison?
On a l’impression que les autorités ont peur des réactions des riverains. Mais en venant s’installer dans le quartier, ces gens savaient qu’il y avait un centre événementiel. Ils doivent donc s’attendre à ce qu’il y ait occasionnellement des nuisances.

Il manquerait donc une volonté politique de faire vivre le site de Beaulieu?
Oui. Dans l’événementiel, il est quasi impossible d’être rentable sans un subventionnement considérable des collectivités publiques. Ou alors il faut trouver un sponsor qui donne son nom au site, comme pour la PostFinance Arena à Berne ou la BCF Arena à Fribourg.

Ce manque de clarté est-il un handicap pour vous?
Oui. Il se passe beaucoup de choses à Lausanne, mais on n’a pas l’impression qu’il existe une véritable stratégie de l’événementiel. En tout cas, je n’ai jamais entendu parler d’une telle réflexion. À Bâle ou à Zurich, les villes ont défini ce qu’elles voulaient en termes de manifestations culturelles, sportives ou festives. Ensuite, elles ont renoncé à toutes les autres manifestations et mis des moyens pour disposer des infrastructures nécessaires à l’application de leur stratégie. Lausanne devrait aussi effectuer des choix. Les organisateurs des différentes manifestations en tireront ensuite les conséquences. (24 heures)

Créé: 17.08.2018, 06h51

De la Street Parade au Comptoir

Le Bâlois Michel Loris-Melikoff est directeur général de MCH Beaulieu Lausanne SA depuis décembre 2015 et du Salon mondial de l’horlogerie et de la bijouterie Baselworld depuis juillet dernier.

Âgé de 53 ans, ce juriste de formation avait commencé sa carrière dans le private banking, avant de se lancer dans l’événementiel, il y a près de vingt ans. Après six ans de présidence à la tête de la Street Parade à Zurich, il avait pris la direction d’une agence événementielle spécialisée dans la conception et la réalisation de manifestations nationales et internationales pour des fédérations sportives, des collectivités publiques et des sociétés privées. Avant de rejoindre MCH Beaulieu Lausanne en 2014, d’abord comme directeur des Événements tiers, il avait aussi notamment dirigé la St. Jakobshalle à Bâle.

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