L’acte III de la mob’ pour le climat bat des records

ManifestationsEntre 10 et 15'000 personnes ont battu le pavé vendredi à Lausanne à l’occasion de la grève pour le climat. Pour la première fois, des incidents ont perturbé le défilé.

Vidéo: Fabien Grenon

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Lausanne bouge de plus en plus pour le climat. Vendredi, pour l’acte III de la mobilisation des jeunes, ils étaient des milliers à défiler sous un ciel menaçant. Plus de 15'000 selon les organisateurs, environ 10'000 selon la police. Mais tout le monde s’accorde sur le fait que le mouvement s’est renforcé.

Les manifestants avaient rendez-vous à la gare à 10h30 pour battre le pavé. Direction: place de la Riponne. Ils ont afflué de tout le canton, formant rapidement une foule dense et imposante. Si bon nombre de classes ont été désertées par des étudiants et des écoliers venus manifester en masse, la marée humaine était loin de se résumer à une bande de jeunes. «En passant des bébés dans les poussettes aux grands-parents grisonnants, toutes les catégories d’âge se sont rassemblées, analyse Irène Weber Henking, 55 ans, professeure à l’Université de Lausanne (UNIL). Je participe à la manifestation parce que je partage le même environnement que les jeunes. Le climat concerne l’humanité dans son ensemble, peu importe l’âge, l’origine et la catégorie sociale. C’est même devenu un thème de campagne incontournable pour les prochaines élections fédérales. Cela démontre bien qu’il y a une prise de conscience générale.»


Lire aussi: Le climat sur le climat, un vrai coup de jeunes


En tête du cortège, Loris Socchi, 19 ans, ouvre la marche et s’époumone dans un mégaphone: «On est plus chaud, plus chaud que le climat!» «Réchauffement t’es foutu, la jeunesse est dans la rue!» En moins de 30 minutes, la voix du militant est déjà usée. Il s’accroche: «Si on ne fait rien aujourd’hui, on n’a plus d’avenir. Je fais actuellement un apprentissage mais je n’ai pas peur d’être sanctionné en faisant grève aujourd’hui. Le climat, c’est plus important que le travail!»

Responsabilité individuelle

Ce sentiment d’urgence est largement partagé et discuté au sein de la foule. «J’étais ému en voyant tout ce monde et j’espère qu’il va y avoir un vrai sursaut politique, confie Ambroise Menétrey, 22 ans. C’est la première fois que je viens manifester et je suis surpris par l’ampleur de la mobilisation. C’est fantastique.» Cet étudiant en 2e année de HEC à l’UNIL estime que ces démonstrations de force dans la rue visent deux objectifs principaux: «Il doit y avoir un effet sur la population, au niveau de la responsabilité individuelle. Si on vient manifester, il faut ensuite que notre comportement soit en adéquation avec ce qu’on vient revendiquer. C’est essentiel. Mais l’action individuelle a ses limites: les politiciens doivent nous entendre et considérer notre message.»

Malgré l’effervescence, certains murmurent que le mouvement ne va pas assez loin. «C’est très bien de se faire voir et de se faire entendre mais ce n’est pas suffisant, trop peu de solutions concrètes émergent, regrette Rosalie Bouhet, étudiante en deuxième année de géosciences à l’UNIL. Il faudrait faire les discours devant le parlement et faire en sorte que le cortège passe devant les entreprises qui vivent du système qu’on dénonce. Il y a un aspect sensibilisation pour le grand public qui est exceptionnel, c’est vrai. Mais nos actions sont trop encadrées.»

Pas de quoi décourager la majorité des militants, à l’instar de Nora Bender, étudiante à la Haute École de santé Vaud. La jeune femme de 20 ans a pris la parole face à la foule: «La prochaine fois, c’est toute la ville qui doit faire grève! Ne nous regardez pas, rejoignez-nous!» Après avoir déposé son micro, elle explique: «C’est la première fois que je prenais la parole de la sorte. On essaie de changer à chaque fois d’interlocuteurs pour être le plus représentatif possible des gens qui composent le mouvement.»

Fausses notes

La foule, globalement très pacifique, s’est dispersée peu après 13 h. Mais, à l’heure du bilan, la police dénombre deux incidents. «Des individus ont mis de la peinture rouge sur la façade de la banque Credit Suisse, à la rue du Lion-d’Or, indique Sébastien Jost, porte-parole à la police de Lausanne. Entre 30 et 50 activistes se sont aussi introduits dans les locaux des Retraites Populaires à la rue Caroline.» Certains ont été identifiés et l’un d’eux a été emmené au poste de police. «Les deux premières manifestations s’étaient déroulées sans incidents. Il est cependant trop tôt pour dire si le dispositif de la police sera modifié pour les prochains événements.» (24 heures)

Créé: 15.03.2019, 19h24

Des grèves dans plus de 100 pays

«Un avenir juste. Juste un avenir», «Changeons le système, pas le climat» ou encore «Avec la 5G, le crash est assuré». Un festival de slogans a ponctué les mobilisations organisées vendredi dans le monde entier. Dans plus de cent pays, sur tous les continents, de New York à Delhi en passant par Paris, des dizaines de milliers de jeunes en formation ont séché les cours pour demander à leurs dirigeants d’agir contre le dérèglement du climatique.

La Suisse était de la partie, avec des manifestations dans une trentaine de villes. À Genève, environ 5000 personnes ont défilé en début d’après-midi, dans un joyeux tintamarre. À Fribourg, étudiants, collégiens, apprentis étaient près de 2000 à se rassembler sur la place Georges-Python. À Neuchâtel, ils étaient aussi près de 2000 à défiler. Et à Sion, environ 1200 personnes en fin d’après-midi. Face à la tolérance zéro annoncée par le Département valaisan de la formation, c’est en dehors des heures de cours qu’a eu lieu la marche. Plusieurs dizaines d’étudiants ont toutefois bravé l’interdiction pour se retrouver en début d’après-midi au centre-ville. À Delémont, plusieurs des 300 manifestants ont brièvement pénétré dans le hall d’entrée d’une succursale UBS, accusant la grande banque d’investir dans les énergies fossiles.

Au Tessin, ils étaient près de 4500 à se réunir à Bellinzone tandis que des milliers de personnes ont aussi battu le pavé en Suisse alémanique. Elles étaient 12'000 à Zurich, selon les organisateurs. Les manifestants zurichois ont par ailleurs reçu cette semaine un appui remarqué de l’Église protestante. Les aiguilles de l’horloge de la célèbre église Saint-Pierre, au plus grand cadran d’Europe, se sont arrêtées à 11h55, mardi, pour symboliser l’urgence climatique. À Berne, 8000 personnes ont défilé. Elles étaient 2000 à Bâle, 1500 à Lucerne, mais aussi 200 à Aarau et à Baden (AG) et 100 à 150 à Soleure et à Olten (SO).

ATS/P.M./G.S.

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