Afflux de jeunes membres dans les partis de gauche

PolitiqueLa grève pour le climat semble booster les adhésions. Pas sûr qu’elles s’inscrivent dans le long terme, dit un spécialiste.

Le 2 février, dans les rues de Lausanne: 15 000 manifestants

Le 2 février, dans les rues de Lausanne: 15 000 manifestants Image: Yvain Genevay

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Descendre dans la rue pour sauver la planète et adhérer à un parti écologiste, est-ce la même chose? À en croire les dirigeants des Verts ou encore de SolidaritéS, il y a tout du moins un lien. Oleg Gafner, coprésident des Jeunes Verts vaudois, indique que «depuis la grève du climat, il n’y a pas eu un seul jour sans nouvel adhérent».

Deux fois plus que d’ordinaire

Le chiffre brut n’est pas faramineux: 28 nouveaux membres depuis le mois de janvier, sur un total de 180. Chez les Verts lausannois, le rythme des adhésions était «grosso modo de deux par mois» début 2018, dit Benjamin Rudaz, le coprésident. Il est passé à quatre durant l’été. «Mais le mois dernier, nous avons eu neuf nouveaux membres et déjà quatre en février!» Du côté des jeunes socialistes, le parti suisse a enregistré 100 demandes d’adhésion en janvier, toutes sections confondues. Deux fois plus que d’ordinaire. La vaudoise ne connaît pas encore sa part là-dedans.

«Au cours des trois derniers mois, nous avons eu une quinzaine de nouvelles adhésions»

Chez SolidaritéS aussi, on constate un pic des adhésions. De un à deux nouveaux par mois, la moyenne est désormais, depuis novembre, à six ou huit. Les Jeunes PLR vaudois ne sont pas en reste: «Au cours des trois derniers mois, nous avons eu une quinzaine de nouvelles adhésions, contre cinq pour les trois mois précédents», détaille Mathilde Maillard, membre du comité. Mais elle attribue plutôt l’augmentation à l’approche des élections fédérales. Une explication qui peut aussi valoir pour les partis de gauche.

Tout comme pour les Verts, Solidarités situe les prémices de cet afflux à l’automne dernier. Le rejet de l’initiative pour la souveraineté alimentaire semble avoir eu un effet. C’était à la fin du mois de septembre. «La quasi-totalité des nouveaux sont des jeunes qui s’orientent dans notre groupe focalisé sur les questions écologiques», relève Pierre Conscience, le secrétaire du parti de gauche radicale. Il y ajoute un fort intérêt, dès le début 2018, pour les questions féministes.

«Accueil groupé»

Le rythme des nouvelles arrivées bouscule les habitudes des Verts. La salle de réunion qu’ils utilisent une fois par mois ne suffit plus, dit Oleg Gafner. Benjamin Rudaz affirme devoir adapter le fonctionnement du parti à cet afflux.

«Les stratégies d’accueil sont en train d’être modifiées. Avant, un responsable allait boire un café avec le nouveau venu et prenait le temps de lui expliquer comment nous fonctionnons. Maintenant, nous mettons sur pied un accueil groupé.»

Ces partis mènent-ils une politique active de recrutement? Si quelques membres anciens ont fait partie de l’organisation de la grève du climat, Pierre Conscience assure ne pas recruter dans les manifestations. Idem pour les Verts. La responsable de la Jeunesse socialiste cantonale, Camille Robert, dit que son parti «essaie d’écouter les envies de chacune et chacun pour faire avancer cette thématique qu’on met en avant depuis longtemps dans notre parti: l’écologie».

«Nos priorités collent assez bien aux personnes qui commencent à s’engager en ce moment»

Oleg Gafner indique aussi que les nouveaux arrivés amènent avec eux de nouvelles «envies sur la manière de faire les choses». Ainsi, les jeunes engagés auraient soif d’action, de «sortir dans la rue». «Auparavant, ceux qui venaient rejoindre le parti étaient plutôt motivés par leur intérêt pour les institutions.»

En cela, Pierre Conscience estime que sa formation se distingue. «Bien sûr, nous sommes dans les parlements et nous participons à des campagnes d’initiatives ou de référendums. Mais depuis toujours, nous avons mis la priorité sur l’auto-organisation et les mouvements sociaux. Les deux grèves actuelles vont tout à fait dans ce sens et notre fonctionnement et nos priorités collent assez bien aux personnes qui commencent à s’engager en ce moment.»


Notre reportage sur les retraités engagés pour le climat pendant la manif' de février :

Créé: 19.02.2019, 06h44

Jeunesse pas moins politisée qu’avant

Le politologue Georg Lutz, professeur à l’Université de Lausanne et directeur de la Fondation suisse pour la recherche en sciences sociales (FORS), souligne que le phénomène n’a rien de nouveau. Il rappelle que dans les années 70, avec les premiers mouvements écologistes, mais aussi dans les années 80 avec les antimilitaristes, les mêmes phénomènes ont été observés. «En fait, on peut même remonter aux années 60 avec une grosse mobilisation hors partis traditionnels. C’était les anti-immigrations, dans le contexte de l’initiative Schwarzenbach.» Pour lui, après une première vague de protestation, les mouvements, pour perdurer, tendent à intégrer les partis. «Ça commence par une approche anti-institutionnelle mais on se rend en général vite compte qu’il faut s’organiser pour arriver à quelque chose. Du coup, les partis deviennent de bonnes opportunités.»

À chaque fois, une frange de la population estime que les structures traditionnelles ne font pas bien ou pas assez. «L’exception est très à gauche, poursuit Georg Lutz. Où parfois les collectifs restent non organisés. Mais ce n’est souvent qu’une apparence. À l’interne, il y a presque toujours une vraie hiérarchie.»

Tous ces nouveaux membres vont-ils se transformer en forces durables pour les partis? Georg Lutz en doute. «Les jeunes ne sont pas moins politisés qu’il y a 100 ans. En revanche, la tendance nouvelle montre qu’ils sont moins prêts à s’engager sur le long terme. Leur motivation est plus ponctuelle: dans des événements, des grèves, des manifestations.» Et le chercheur d’ajouter qu’en cela, les réseaux sociaux poussent et facilitent ce type d’engagement.

Et le vote dans tout ça? Les Verts admettent que les mobilisations récentes avaient laissé imaginer que la votation sur le mitage du territoire avait de meilleures chances de passer. Mais pour l’instant, le mouvement ne se traduit pas dans les urnes. Il y a bien sûr la question de la limite d’âge. Mais ceux qui ont plus de 18 ans et qui participent à des manifestations votent, «très probablement», selon Georg Lutz. «Les deux actions sont fondées sur un intérêt pour la politique. Et c’est lui qui est déterminant pour le taux de participation. Mais il faut garder à l’esprit que les personnes qui descendent ces temps dans la rue ne représentent qu’un nombre très restreint de la population.»

Quant au vote des jeunes, il est lui aussi ponctuel. «Des études à Genève l’ont montré: en quatre ou cinq ans, 80% de la population a voté au moins une fois. C’est l’irrégularité du vote qui entraîne un taux de participation stable autour des 43%.» Le chercheur conclut: ce sont les jeunes qui sont les moins réguliers dans le fait de se rendre aux urnes. Ils sont beaucoup plus sélectifs.

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Georg Lutz Professeur à l’Université de Lausanne et directeur de la Fondation suisse pour la recherche en sciences sociales (FORS).

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