Les aléas du géant Alpiq inquiètent les élus lausannois

LausanneLe géant énergétique dont la Ville est indirectement actionnaire va-t-il mettre en danger ses finances?

Le géant énergétique Alpiq est déficitaire dans la production d'électricité. Ici,le barrage de la Grande Dixence qui fait partie de ses actifs.

Le géant énergétique Alpiq est déficitaire dans la production d'électricité. Ici,le barrage de la Grande Dixence qui fait partie de ses actifs. Image: KEYSTONE/A

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Alors que l’affaire est encore en cours, il semble que la société Alpiq va devoir payer 200 millions d’impôts à la Roumanie pour ses activités dans ce pays. Mise en exergue récemment dans la SonntagsZeitung, l’information suscite de nombreuses questions dans le cercle des conseillers communaux lausannois. Ils s’inquiètent: Alpiq, le géant international de l’électricité, fruit de la fusion entre l’entité romande EOS et la société alémanique Atel, met-il en danger les finances de la Ville de Lausanne?

Dans une interpellation à laquelle il sera répondu lors d’une prochaine séance, les socialistes Benoît Gaillard et Romain Felli, appuyés par Johann Dupuis, d’Ensemble à Gauche, font part de leurs doutes. Ils notent qu’Alpiq cherche aussi à céder une partie de ses activités de service (négoce d’énergie, service aux entreprises, technique du bâtiment). Or, relèvent-ils, ces activités contribuent au résultat opérationnel du groupe dans un contexte où la production d’énergie, qui compose une grande partie des activités d’Alpiq, est déficitaire.

«Très mauvaise nouvelle»
La Ville de Lausanne est indirectement actionnaire de la multinationale. En tant que partenaire à 20,74% de la société EOS Holding, elle-même partie prenante dans Alpiq à 31,44%. La participation de la Ville de Lausanne équivaut à peu près à 6% de la société Alpiq.

Municipal Vert des Services industriels et membre du conseil d’administration d’Alpiq, Jean-Yves Pidoux admet que les 200 millions réclamés par la Roumanie constituent «une très mauvaise nouvelle». Il reconnaît que les activités qu’Alpiq mène en Europe de l’Est comportent une part de risque plus importante que sur le reste du continent. Toutefois, la procédure n’est pas terminée, et ce montant est contesté.

Jean-Yves Pidoux relativise en outre: «Il faut voir que l’endettement du groupe est passé de 4 milliards à 700 millions. La Ville de Lausanne aimerait bien pouvoir en dire autant…» Enfin, sur la question des ventes, le municipal s’étonne que l’opération revienne maintenant sur le devant de la scène en Suisse allemande: «Alpiq l’a annoncée en mars dernier.» Il rappelle également qu’en 2016 une possible vente des barrages aux mains de la société avait été évoquée. En 2017 Alpiq a annoncé la vente d’autres actifs, et le renoncement à la vente des aménagements hydroélectriques. «Pour sécuriser l’avenir de la société, des cessions semblent inévitables», poursuit le municipal.

Regard attentif Le socialiste Benoît Gaillard fait valoir que le Conseil communal se doit par principe de regarder attentivement l’évolution de ces sociétés en mains publiques (lire l'encadré), même si ce n’est qu’indirectement: «Nous n’oublions pas que la Ville a une prise de participation dans Alpiq. Or le sujet tend à s’éloigner de la sphère politique.»

La Municipalité gère les participations et le Conseil communal n’a pas directement son mot à dire. Malgré cela, l’organe délibérant vote des crédits ou des plans partiels d’affectation en lien avec les projets Alpiq.

Benoît Gaillard pointe notamment le Parc éolien du Jorat, monté en partenariat avec la société: «Nous nous demandons ce qui se passe. Alpiq semble prêt à se débarrasser de services créés il y a quatre ans seulement. Sa stratégie est-elle fausse ou l’environnement est-il si compliqué qu’il faut en changer tous les quatre ans? Alpiq va-t-elle mal, très mal, ou se trouve-t-elle dans une situation malgré tout sous contrôle? Elle est pratiquement une multinationale et Lausanne siège à son conseil d’administration. Il faut être vigilant.» (24 heures)

Créé: 31.10.2017, 17h15

Désintérêt des pouvoirs publics?

Les collectivités publiques se désintéressent-elles d’Alpiq? Le 8 octobre dernier, Le Matin Dimanche signalait que le Conseil des pouvoirs publics d’EOS Holding (qui participe, on le rappelle, à 31,44% dans Alpiq) ne se réunissait plus. Ce conseil au rôle consultatif rassemble les conseillers d’Etat des cantons indirectement actionnaires d’EOSH, et donc notamment Genève et Vaud, ainsi que la Ville de Lausanne. Il est censé observer et accompagner les activités d’EOS Holding sous l’angle de l’intérêt public. Interrogé à ce sujet, le municipal lausannois des Services industriels, Jean-Yves Pidoux, rappelle que ce conseil a été mis en place en 2002 lors de la constitution d’EOS Holding: «Depuis la création d’Alpiq, en 2008, EOS Holding a changé de mission, note l’élu. Alors qu’initialement elle était directement en charge de l’approvisionnement en électricité des cantons romands via les centrales électriques qu’elle détenait, tel n’est plus le cas maintenant. La mission d’EOSH est désormais de gérer sa participation dans Alpiq, qui a repris tous ces actifs. De plus, EOSH investit dans de la production électrique éolienne et solaire, mais à l’étranger. Il est dès lors compréhensible que l’intérêt pour le Conseil des pouvoirs publics décroisse. Les responsables politiques se rencontrent dans d’autres cercles, dans le cadre de la Conférence des directeurs de l’énergie. Ils ont aussi des contacts directs avec les sociétés électriques dont les cantons sont des actionnaires directs.»

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