Les ambitions et déboires d’Orllati dans l’Ouest

ImmobilierLe district concentre plusieurs des gros projets immobiliers de l’entrepreneur vaudois. Mais l’emblématique tour des Cèdres n’est pas seule à avoir de la peine à sortir de terre

Un projet de tour de 47 mètres à Renens a suscité une levée de boucliers. Orllati a été contraint de revoir la hauteur à la baisse.

Un projet de tour de 47 mètres à Renens a suscité une levée de boucliers. Orllati a été contraint de revoir la hauteur à la baisse. Image: Architram

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Il y a quelques semaines, une poignée de riverains de la rue de Lausanne, à Renens, était invitée à une rencontre avec la Municipalité. S’il est resté discret, un hôte de marque était aussi convié en observateur: le promoteur immobilier Avni Orllati. Ce jour-là, il était question d’un projet d’immeuble de 12 étages dont la mise à l’enquête, l’automne passé, a suscité plus d’une centaine d’oppositions. Pour construire une tour de bureaux de cette hauteur, Orllati devait en effet obtenir une dérogation de la Commune, chose qui n’a pas échappé aux habitants du quartier voisin. Face à la levée de boucliers, le projet n’a pas passé la rampe.

Des copies à revoir
«Nous ne souhaitions pas donner suite au projet sous cette forme, au risque de partir au tribunal», explique Tinetta Maystre, municipale en charge de l’Urbanisme à Renens. Robert Ischer, directeur général du Groupe Orllati, confirme que le projet sera remplacé par un autre, moins élevé et plus étalé, qui avait en réalité déjà été mis à l’enquête, en 2016. À l’époque, celui-ci avait dû être retiré face à une autre opposition, celle des Monuments et sites du Canton de Vaud. Orllati le remettra pourtant sur la table sans modification majeure. «La règle actuelle est de laisser aux communes la possibilité de valider les projets pour des immeubles en note 3, précise Robert Ischer. Nous sommes relativement confiants.»

Les contraintes ne s’arrêtent pas là. «La demande de permis de construire portait sur des surfaces administratives. Ce n’était pas correct. Le nouveau projet sera l’occasion de préciser cela», relève Tinetta Maystre. La Municipalité, suivie par le Conseil communal, a en effet décidé de préserver le visage du quartier, ancien site des IRL (Imprimeries Réunies Lausanne), et d’y accueillir essentiellement des activités artisanales et des start-up. Le promoteur devra revoir sa copie, quand bien même les surfaces de bureaux présentent un marché plus lucratif.

«Pas peur des défis»
Connu pour ses travaux de terrassement et d’assainissement, le Groupe Orllati affiche aujourd’hui de grandes ambitions dans le développement immobilier. Une quarantaine de projets sont en cours: «Essentiellement dans le canton de Vaud, avec une forte concentration dans l’Ouest lausannois», précise Robert Ischer. Pour l’entreprise, les atouts du district sont le développement d’axes forts de transports publics, mais aussi sa forte teneur en friches industrielles. «Ce sont des zones dont personnes ne veut, car parfois polluées et compliquées à développer. Le Groupe Orllati a un savoir-faire reconnu dans le domaine de l’assainissement et des travaux spéciaux, qui font partie de ses activités principales. Ce genre de défi ne nous fait pas peur.»

Dans cette conquête de l’Ouest, le quartier des Cèdres fait figure de vaisseau amiral, malgré l’imbroglio qui continue de remettre à plus tard la construction de son emblématique tour végétalisée (lire encadré). Mais Orllati a encore d’autres projets d’envergure, qui ne vont pas sans leur lot de difficultés. Le plan de quartier Kodak, à Renens, qui inclut potentiellement un immeuble d’une quinzaine d’étages, est ainsi gelé pour l’instant. Sur les parcelles de divers propriétaires, il devait pouvoir accueillir environ 1500 habitants et emplois dans une zone encore essentiellement artisanale, là où se trouvait Kodak autrefois. «De nombreux dossiers occupent déjà la Commune. Nous devons fixer des priorités afin d’assurer la qualité de ce développement sans surcharger nos services», explique la municipale Tinetta Maystre.

Le grain de sel du Canton
À Prilly, un autre projet porté par Orllati prend du retard. Il s’agit du plan de quartier Galicien, tout proche du futur quartier de Malley. Plusieurs propriétaires se partagent les parcelles du périmètre, dont Orllati: «Nous avons pris le risque de financer un certain nombre d’études pour faire avancer la planification de ce quartier», détaille Robert Ischer. L’ambition était de changer l’affectation de cette zone à 100% artisanale pour y introduire une part importante de logement. Depuis deux ans ce projet est en stand-by, car en la matière le nouveau plan directeur cantonal a changé les règles du jeu.

«Certains développeurs ont investi de l’argent dans des projets qui ne pourront pas se concrétiser»

«Face à la pénurie de logements, canton et communes ont longtemps encouragé la reconversion des zones d’activités. Or celles-ci sont en train de manquer dans l’ensemble de l’agglomération. Le plan directeur cantonal limite désormais ces reconversions», détaille Pierre Imhof, chef du Service du développement territorial (SDT) de l’État de Vaud. Pour changer l’affectation d’une zone d’activités, il faudra démontrer qu’elle n’est pas nécessaire à un horizon de quinze ans. Le canton doit encore mettre en place un système de gestion des zones d’activités, exigé par la législation fédérale, qui sera intégré au plan directeur cantonal, explique Pierre Imhof. Orllati ne devrait pas être le seul promoteur affecté: «Certains développeurs ont investi de l’argent dans des projets qui ne pourront pas se concrétiser. Mais les possibilités de valoriser les zones d’activités sont maintenant bien réelles».

Robert Ischer tempère: «On pense que le logement est forcément plus rentable que les surfaces d’activités. Ce n’est pas tout à fait vrai, car les coûts de construction ne sont pas les mêmes.» Sur ce créneau, Orllati vient ainsi d’achever un important projet, du nom de Deltaparc, dans la zone artisanale de Crissier. Robert Ischer se veut également philosophe: «Le projet du Galicien à Prilly avance dans des délais qui nous paraissent raisonnables. Le développement immobilier comporte toujours des risques, mais nous avons aussi la chance d’avoir de nombreux projets en cours, ce qui permet de s’adapter à l’inertie de certains d’entre eux.»

Une tour à Malley?
Orllati continue en effet de placer de nouveaux pions, y compris à Malley. Le Groupe détient par exemple des terrains près de la halte CFF, sur le site d’une entreprise récemment acquise et rebaptisée Orllati Métal. Pour y faire quoi? «À terme, l’idée est de rapatrier cette activité sur notre site de Bioley-Orjulaz et de développer un projet immobilier sur ces parcelles», admet Robert Ischer. Pour les détails, il faudra patienter, mais l’intention est clairement de densifier, sur un terrain à cheval entre Prilly et Lausanne: «Je ne parlerais pas d’une tour, mais il s’agira certainement d’un bâtiment d’une certaine hauteur, comme le permet le règlement en vigueur dans cette zone.» (24 heures)

Créé: 25.06.2018, 06h31

La tour des Cèdres à l'enquête le printemps prochain?

À Chavannes-près-Renens, on se souvient encore du 9 février 2014. Combattu par référendum, le projet de construire une tour de 117 mètres au beau milieu de la commune avait reçu le feu vert de la population.



Fin 2015, Avni Orllati présentait le futur building, main dans la main avec Bernard Nicod, son partenaire dans ce projet: une véritable forêt verticale signée par l’architecte milanais Stefano Boeri. À l’époque, la mise à l’enquête était annoncée pour fin 2016. Il n’en est toujours rien, la faute à un conflit qui a entre-temps éclaté entre les deux promoteurs.

La tour sera-t-elle encore longtemps gelée? «Le projet est de déposer une demande de permis de construire au printemps prochain», annonce désormais Robert Ischer, directeur général du Groupe Orllati.

Il y a un an encore, Bernard Nicod avertissait pourtant que la dispute se réglerait en justice. Depuis, le discours semble s’être adouci. «Rien ne se règle devant les tribunaux à l’heure actuelle. Cela prendrait bien trop de temps, déclare Michael Wyler, porte-parole de Bernard Nicod.
Nous avons affaire à deux entrepreneurs qui savent très bien qu’ils doivent trouver un terrain d’entente. Orllati ne parlerait pas d’une demande de permis de construire s’il n’y avait pas eu une évolution.» La confusion demeure néanmoins. «Contrairement à ce qui a été dit dans la presse, le planning de construction du quartier des Cèdres est parfaitement respecté, 200 logements sont en cours de construction et nous allons démarrer la prochaine étape de 90 logements», affirme ainsi Robert Ischer. «En l’état, il n’est pas possible d’être affirmatif sur une date de mise à l’enquête de la tour», déclare pour sa part Michael Wyler.

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