L’an 1 de Beaulieu SA

LausanneLa nouvelle structure a été créée. Comment fonctionne-t-elle et quelles précautions sont prises pour éviter une nouvelle débâcle?

Le palais de Beaulieu, en 2018.

Le palais de Beaulieu, en 2018. Image: CHANTAL DERVEY

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Une chatte n’y retrouverait pas ses petits. Par sa taille, sa gestion, ses activités, Beaulieu manque souvent de lisibilité. En y ajoutant les crises, il devient difficile de comprendre qui fait quoi. Par ailleurs, des sommes faramineuses d’argent public ont été investies dans le site à de nombreuses reprises ces trente dernières années.

Fait le plus récent, la Ville de Lausanne a injecté 36 millions au capital d’une nouvelle société anonyme, créée pour remplacer la Fondation de Beaulieu. Depuis le 1er janvier, celle-ci a passé la main à la SA, qui a repris à son compte tous les engagements en cours: crédits bancaires, contrats de travail, de mandats, etc. «La trentaine de collaborateurs, représentant 25 équivalents temps plein (ETP), ont tous accepté le changement d’employeur. Les conditions sont exactement les mêmes», explique le directeur général, Nicolas Gigandet. À terme, Beaulieu SA devrait comptabiliser 30 à 35 ETP.

«Quand je suis arrivé à la fondation fin 2017, il y avait vingt collaborateurs et une quarantaine de mandataires permanents, poursuit Nicolas Gigandet. Plusieurs des tâches que ceux-ci assumaient, tels l’entretien du patrimoine, l’appui aux événements, ont été internalisées. Idem pour les fonctions dirigeantes, à commencer par la mienne. En plus de la direction des congrès et manifestations, nous avons aujourd’hui une directrice financière, un directeur immobilier et la directrice du théâtre, précédemment engagée par la société d’exploitation du théâtre et désormais intégrée à Beaulieu SA. On est revenu à quelque chose de plus raisonnable. Le recours à des mandats externes se conçoit pour des missions temporaires.»

La fondation reste propriétaire des bâtiments jusqu’à sa dissolution, qui interviendra d’ici à quelques mois, une fois ses comptes bouclés. Le patrimoine immobilier sera alors transféré à la SA avec effet rétroactif au 1er janvier, précise le directeur. C’en sera alors fini de cette fondation, au cœur du scandale qui a éclaté peu avant Noël 2017. Les autorités vaudoises et lausannoises accusaient alors son secrétaire général Marc Porchet de gestion déloyale, entre autres. Le Ministère public a rendu un non-lieu l’été dernier, décision qui fait l’objet d’un recours (lire encadré).

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Le conseil d’administration de Beaulieu SA se restreint pour l’heure à trois personnes: Emmanuel Bourquin, chef du Service financier de Lausanne, Denis Décosterd, un vieux routier de la com de la Ville aujourd’hui conseiller de la Municipalité, et Nicolas Gigandet lui-même. Y entrera bientôt le syndic Grégoire Junod, qui sera l’unique politicien, et d’autres personnes. «J’espère instaurer le nouveau conseil au complet au mois de mars, commente le syndic socialiste. L’idée est d’intégrer des gens qui ont des compétences dans l’immobilier, le droit, le tourisme, les affaires.» Fini, donc, l’aréopage d’élus miliciens qui avait prévalu aux manettes de la fondation.

La nouvelle SA a désormais sous sa responsabilité les activités qui se déroulent dans le palais, mais aussi dans les halles sud. Elle assurera la location du futur restaurant, en construction à l’angle sud-est du palais. Le théâtre lui aussi en travaux est sous sa houlette, alors qu’il était auparavant géré conjointement avec la société Opus One. «Opus One viendra toujours au théâtre. Mais sans être associé à sa gestion et sans exclusivité, comme c’était d’ailleurs le cas avant», dit Grégoire Junod.

Des chantiers à la pelle

Les grands travaux du théâtre seront achevés à fin 2021, mais Beaulieu n’en aura pas fini avec les chantiers. La Ville, propriétaire des halles nord et du front Jomini, attend pour février ou mars une étude à ce sujet. «Un mandataire privé va nous proposer des schémas de développement en lien avec des investisseurs intéressés», résume Grégoire Junod. Si le front devrait rester ouvert sur le palais, avec une prolongation potentielle des halles sud et nord en sa direction, des constructions en terrasses végétales depuis le bois de Beaulieu sont envisagées. «Lors des discussions avec les gens du quartier, c’était un élément qui séduisait beaucoup», souligne le syndic.

Cette mutation qui complétera les grands travaux du lieu pour le rendre pleinement opérationnel prendra un peu moins de dix ans. «À certains égards, on aurait pu choisir de fermer le site trois ans pour le rouvrir une fois l’ensemble des transformations terminées, concède Grégoire Junod. Mais ça aurait été des investissements délirants.» Les années de fonctionnement partiel du lieu vont donc se prolonger. Nicolas Gigandet appelle à la patience. «L’objectif est que la SA puisse couvrir ses charges d’exploitation et l’entretien courant du site avec les loyers, les revenus du théâtre, des manifestations, congrès, parking, etc. Mais pour avoir une exploitation qui tient la route, avec un équilibre, il faudra du temps et des exercices qui ne sont pas biaisés par des circonstances extraordinaires comme le chantier du théâtre.»

Pour Grégoire Junod, le vrai test de cette énième tentative de faire quelque chose de Beaulieu se réalisera avec l’arrivée du M3 à l’angle de Jomini. Horizon: 2028. «Ça changera tout. Ce plateau est aujourd’hui un peu surélevé, enclavé. Personne ne s’y balade. Il peut devenir un centre de quartier avec de l’activité commerciale, économique, sportive, culturelle. Il sera à un transbordement de l’aéroport de Genève ou des grandes gares de Suisse. Et à un ou deux arrêts de métro des Plaines-du-Loup et ses 10'000 habitants et emplois. Vous savez, on y est vite, à 2028.»

Créé: 21.01.2020, 06h36

Futur et défis immédiats

1. Agenda judiciaire

Accusé par les pouvoirs publics de gestion déloyale, puis innocenté par le ministère public, Marc Porchet, l’ex-secrétaire général de la Fondation de Beaulieu, attend le jugement du Tribunal cantonal, qui devrait statuer bientôt sur les recours déposés contre le non-lieu par l’État de Vaud et la fondation. Ces derniers demandent un complément d’enquête, dans l’espoir de voir condamné celui qui fut mandaté comme homme-orchestre de Beaulieu durant seize ans. Ils lui reprochent d’avoir embelli la comptabilité de la fondation et d’avoir arrosé ses proches de mandats lucratifs. Le procureur n’a, lui, constaté qu’une gouvernance défaillante de la part de tous les dirigeants, qui n’ignoraient rien de la situation. S’il est blanchi, Marc Porchet pourra chercher à se faire indemniser des conséquences désastreuses de cette affaire sur ses activités économiques et sa réputation.

2. Agenda politique

Les grosses demandes pécuniaires, investissements ou renonciations à des prêts ont été votés par le Conseil communal de Lausanne et le Grand Conseil l’an dernier. En mai, les élus d’une douzaine de Communes de la région seront invités à augmenter d’environ 2,5 fr. la taxe de séjour. But: dégager 2,5 à 3 millions de recettes supplémentaires qui serviront indirectement à Beaulieu. Reste aussi un débat au parlement cantonal: celui qui a trait à la création d’une Commission d’enquête parlementaire (CEP). Deux députés ont déposé cette demande l’automne passé, pour tirer au clair les responsabilités politiques de la débâcle de Beaulieu. Mais la SA nouvelle n’a rien à craindre de ce débat. Il concerne le passé et il n’y aura sans doute pas de majorité politique pour soutenir la création d’une CEP.

3. Agenda événementiel

L’organisation des congrès et salons ces prochaines années permettra-t-elle à la SA de tourner? Le flou persiste sur la présence de MCH Group, qui a sans cesse réduit sa voilure sur le site. Une convention lie le leader suisse des foires jusqu’à fin 2021, pour l’organisation de ses propres événements (Habitat-Jardin, Salon des métiers et de la formation, etc.). «Cela ne changera pas après l’expiration de cet accord, nous souhaitons continuer comme simple locataire», signale Christian Jecker, communicant de MCH. L’enjeu est réel pour Beaulieu, qui encaissera jusqu’en 2021 quelque 2,5 millions de francs par an versés par le groupe bâlois, pour des revenus globaux de 9 millions de francs projetés pour 2020. Grégoire Junod estime qu’une place pour MCH existe. «Même si Habitat-Jardin, par exemple, devrait utiliser moins de surfaces ou déborder sur les jardins une fois que les halles nord seront dédiées à autre chose.»

Surcoût du théâtre

«24 heures» annonçait en décembre que le chantier du théâtre de Beaulieu coûtera 5 millions de plus que prévu, soit à 40 millions. Principalement parce que les nouvelles installations de ventilation devant être placées sur le toit sont trop lourdes pour lui. Et que le plafond est suspendu au toit. Impossible de se rendre compte de cela avant? D’autant que le chantier était prévu de longue date, avant la crise de l’hiver 2017. Pas selon Denis Décosterd, désormais membre de la SA gérante: «On tombe sur un certain nombre de surprises, simplement parce qu'il y a des exigences nouvelles et des choses qui n'étaient pas documentées pour un bâtiment qui, du point de vue architectural, est un cauchemar.» Pourquoi les élus n’ont ils pas eu vent de ce surcoût? En juin 2015, ils avaient débloqué un cautionnement de 26,5 millions pour refaire le plus grand théâtre de Suisse. Et 2 ans plus tard, les autorités constataient que cet argent était siphonné par la fondation pour cautionner des emprunts et pour le fonctionnement courant. «A hauteur de 4 ou 5 millions de francs», précise Grégoire Junod. Avec la création de la SA, 25 millions de cautionnement supplémentaires ont été accordés. Pas besoin, donc, de redemander de l’argent aux élus.

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