Un an après la crise, le site de Beaulieu est prêt pour sa mutation

LausanneLe grand ménage de la fondation touche à sa fin. La future SA sera entérinée début 2019 et les travaux du théâtre seront lancés au printemps.

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Nicolas Gigandet, directeur de la Fondation de Beaulieu, fête son premier anniversaire à son poste. Et l’année écoulée n’a pas dû être de tout repos. Appelé à la rescousse en décembre 2017, il a eu la lourde tâche de gérer le marasme de la fondation. «J’ai effectivement eu beaucoup à faire», dit-il en riant plus qu’en se plaignant.

À son arrivée, un audit venait de pointer de graves problèmes de gestion, une plainte contre le secrétaire général du site était déposée, les autorités politiques attendaient une mise au clair, une remise à flot et la poursuite de projets de développement maous. Aujourd’hui, le contenu de l’audit reste secret, tout comme celui des deux autres, commandés l’an dernier. L’affaire judiciaire se poursuit, elle aussi à l’abri du public (lire encadré). Mais entre les murs du palais de l’avenue des Bergières, de grandes décisions ont été prises.

Comme annoncé à la fin du mois d’août, la fondation sera dissoute. Lausanne reprendra seule les commandes de Beaulieu sous forme de société anonyme. Une validation doit être prononcée par les élus de la Ville. Cela devait se passer en cette fin d’année, ce sera finalement au menu des toutes premières séances du Conseil communal, en 2019.

Là aussi, le contenu exact n’est pour le moment pas communiqué. Le préavis doit régler la forme mais surtout le financement de cette nouvelle organisation. Dotation en capital, business plan, cautionnement… l’argent à dépenser sera examiné de près puis voté.

Il y a aussi un projet que le document détaille: celui de la réfection du Théâtre de Beaulieu. Pour rappel, une première mouture avait donné l’aval pour des travaux à hauteur de 26,5 millions de francs. Le devis était passé à 45 millions sous la gestion de l’équipe précédente, à l’origine de la crise de la fondation.

Un nouveau théâtre en 2021

Aujourd’hui, Nicolas Gigandet indique qu’il en coûtera «34 millions de francs hors taxes» à la collectivité. Le projet a été mis à l’enquête le mois dernier et n’a suscité aucune opposition, tout juste quelques observations. Le chantier devrait donc débuter sans encombre en juin de l’an prochain. Pour une réouverture du théâtre prévue début 2021. Mais sur ce point on s’accorde de toutes parts pour dire que l’automne 2021 est un horizon plus raisonnable.

Si le détail sera dévoilé dans le courant de l’hiver, on connaît certaines caractéristiques du Beaulieu du futur. Une modification majeure a par exemple été prévue: la rue des Cantons, hall central d’accès au théâtre, va disparaître. «Cela rend vraiment plus simple l’agencement des loges et des locaux techniques. Et ça a permis de réduire certains coûts», dit Nicolas Gigandet.

L’accès à la vénérable salle, inaugurée en 1954, sera dès lors permis directement depuis les jardins de Beaulieu. Fini le passage obligatoire par le palais. On pourra pénétrer dans un des quatre foyers, eux aussi entièrement repensés. Celui du quatrième, baptisé le poulailler, bénéficiera d’un «bel espace vitré», promet Nicolas Gigandet.

Moins de sièges

Dans la salle, le nombre de places passera de 1800 à «1500-1600, un bon moyen pour améliorer le confort des spectateurs». Et de permettre aux premiers rangs d’être rehaussés. Une façon aussi de coller à la nouvelle stratégie développement du site, axée également sur la tenue de congrès. Des places confortables, spacieuses, mais aussi aisément connectées, sont donc prévues.

«Il y a par ailleurs énormément de choses que le public ne verra pas mais qui amélioreront la sécurité et les conditions de travail en back stage», souligne Nicolas Gigandet.

Du côté de la technique, un autre occupant du site partagera ses installations avec le théâtre: le Tribunal arbitral du sport (TAS). Lui aussi va consentir un investissement de plusieurs dizaines de millions dans Beaulieu pour construire ses quartiers. Soit principalement un parking, des salles d’audience et des bureaux.

Les salles de banquet et le restaurant passeront aussi par la case travaux, pour un montant de 6 millions de francs. Gérés par la Fondation de Beaulieu, ils serviront à l’ensemble des utilisateurs.

Et ceux-ci vont être de plus en plus nombreux si la stratégie mise en place par Lausanne se réalise. En effet, au-delà de l’axe culture – théâtre et Béjart Ballet –, il y a d’autres occupants. Ceux qui étaient là avant, à savoir La Télé et une dizaine d’autres petits locataires. Ceux qui sont venus s’installer cet automne, soit la Haute École de santé La Source. Ceux qu’on espère voir rester ou revenir: les salons et congrès, concentrés dans les halles sud et nord du palais. Enfin, mais il faudra pour cela attendre le milieu des années 2020, les halles nord démolies puis reconstruites viendront compléter le site. «Dans ce secteur, nous aurons vraiment une approche économique fondée sur un système de valorisation, relève Nicolas Gigandet. Nous voulons parler aux générations futures, avec des concept stores et des pop-up stores. Un peu à l’image du quartier Darwin, à Bordeaux.» Ancienne friche abandonnée par l’armée, cette zone dédiée à la culture urbaine fait figure de pionnière en matière d’écoquartier et a accueilli plus de 1 million de visiteurs depuis son inauguration, il y a dix ans. Rendez-vous à Beaulieu en 2030 pour un état des lieux.

Créé: 24.12.2018, 06h47

L’enquête pénale reste concentrée sur un seul homme

Ouverte pour faux dans les titres et gestion déloyale des intérêts publics, l’instruction pénale visant l’ex-secrétaire général de la Fondation de Beaulieu, Marc Porchet, est loin d’être terminée. Le procureur, Yvan Gillard, indique d’emblée qu’il serait prématuré de tirer des conclusions sur l’orientation que va prendre l’affaire. «Les auditions sont toujours en cours, certaines sont encore agendées au début de l’année prochaine, et l’analyse financière des pièces n’est pas terminée. C’est un dossier complexe. Le contraire eût d’ailleurs été étonnant…»

Le prévenu est suspecté d’avoir favorisé des proches dans l’attribution d’une multitude de mandats – certains peut-être redondants ou inutiles, entraînant une spirale dépensière sur fond de surfacturation et de dissimulation comptable. Si le préjudice était à chercher dans une fourchette de dépenses de 20 à 27 millions entre 2012 et 2016 selon les responsables de la fondation il y a un an, ceux-ci ont revu à la baisse cette estimation, fin août. Ce ne sont plus que 11 millions de francs de facturations douteuses qui sont évoqués.

L’avocat de Marc Porchet, Me Stefan Disch, se félicite pour sa part de l’avancée de l’enquête. «Plus on avance, plus on voit que les reproches ont été formulés à la va-vite, sur la base d’un audit clairement excessif réalisé en trois mois à peine. Des faits connus de tous ont été présentés comme des révélations il y a un an.» Et d’ajouter: «Le fait qu’aucune autre personne n’ait revêtu le statut de prévenu dans cette affaire est bon signe. S’il y avait eu des flux financiers suspects, il en irait autrement.»

Le scandale a pour l’heure mis en lumière un mode de gouvernance inadapté aux missions de la fondation, qui se sont beaucoup diversifiées au fil des ans, forçant celle-ci à agir souvent dans la précipitation.

L’État de Vaud a dû batailler devant le Tribunal cantonal pour se voir reconnaître le statut de partie à la procédure. Cela pourrait lui permettre de formuler des prétentions civiles s’il démontre être lésé dans cette affaire. Le Canton a notamment versé 35 millions de francs de subventions à la fondation entre 2009 et 2013 pour la modernisation du site. V.MA.

Redéployer l’offre culturelle

L’autre exploitant du Théâtre de Beaulieu, Vincent Sager, suit les développements actuels avec attention et sait qu’il devra être encore plus créatif que d’habitude durant les deux années à venir. Le directeur d’Opus One ne va en effet pas s’arrêter de programmer de grands spectacles parce que sa salle principale est fermée. Avec ce chantier, mais aussi celui du Centre de Congrès de Montreux (dès l’été 2020) et la nouvelle structure de Malley, l’offre est appelée à «bouger», dit-il. Il se pourrait donc qu’Opus One se déploie dans ces différents lieux, mais aussi qu’une structure provisoire soit aménagée pour la seconde année de travaux à Beaulieu, dans la halle 7, comme lors de la venue du Théâtre du Soleil. «Tout doit encore être discuté, et l’alignement des planètes pour monter un grand projet est vraiment quelque chose de rare!» CI.M.

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