L'animation des quartiers en chantier

EtudeDeux évaluations ont analysé la politique d’animation socioculturelle de la Ville. Il y a beaucoup à faire.

La yourte de la Caravane des quartiers continuera d'être louée à prix coûtant aux associations lausannoises.

La yourte de la Caravane des quartiers continuera d'être louée à prix coûtant aux associations lausannoises. Image: Philippe Maeder

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Les conclusions sont sévères, lorsqu’on referme les 92 pages du rapport d’évaluation de la politique d’animation socioculturelle de la Ville de Lausanne, émis en décembre par l’Institut de hautes études en administration publique de l’UNIL (IDHEAP). Ses quelque vingt recommandations s’adressent d’une part à la Ville, mais principalement à la Fondation pour l’animation socioculturelle lausannoise (FASL). Parallèlement, le Contrôle des finances a mené un audit sur la gouvernance. Il arrive, «pour les points qu’ils traitent en commun, à des recommandations convergentes», rapporte David Payot, municipal de l’Enfance, de la jeunesse et des quartiers.

Parmi ces points, la FASL, organe qui chapeaute les seize lieux d’animation (dont les maisons de quartier), et qui dépend à 99,2% de la Ville, est invitée à «recréer un esprit de corps autour des fondamentaux de l’animation socioculturelle», à «se positionner comme partenaire autonome, apte à assumer ses choix», à «s’assurer que tous les lieux d’animation ont un projet institutionnel»… Le chantier est vaste et touche aux bases de sa mission.

Départ du directeur

Dans le même temps, le directeur de la FASL, Pierre-Alain Ver­heyen, lâche son poste dès la fin de mars, moins de deux ans avant sa retraite. Mis à pied? «Non, nous avons convenu avec M. Verheyen qu’il arrêtait plus tôt», indique Frédéric Cerchia, qui vient de remettre son siège de président du conseil de fondation pour des raisons statutaires. C’est Philippe Lavanchy, ancien chef du Service de protection de la jeunesse, qui sera le nouveau président. Le député socialiste Jean Tschopp remet aussi son siège de vice-président à Jacques-André Vulliet. Le président de Vernier sur Rock assurera l’intérim à la direction, bientôt remise au concours.

Si ces changements sont décrits comme naturels par la FASL et la Ville, ils interviennent néanmoins dans un climat tendu, décrit comme une «méfiance réciproque» par l’IDHEAP. «Aussi bien la Ville de Lausanne que la Direction de la FASL travaillent dans un esprit de contrôle, qui consiste à s’assurer que les prestations ont été offertes, plutôt que (elles) répondent aux besoins», lit-on dans le rapport.

Rebuffade des animateurs

Ce climat a même failli le mettre en péril. En juin, une partie des animateurs socioculturels, représentés par les syndicats SSP et SUD, refusait de participer à l’évaluation. Ils soupçonnaient des questions cachées, doutaient du caractère anonyme et de la pertinence de la démarche. Un groupe de travail les y a finalement associés. Néanmoins, on peut lire que «la position corporatiste des animateurs socioculturels freine l’instauration d’un climat de dialogue constructif». La résistance de cette corporation (59 animateurs sur les 90 collaborateurs de la FASL) s’expliquerait-elle par leur crainte de voir leur Convention collective de travail dévalorisée? En effet, celle-ci n’a pas subi la dernière réforme des salaires communaux Equitas. David Payot assure que «ce n’est pas un objectif pour la Ville de péjorer ce statut. Celui-ci sera peut-être abordé à un autre moment, mais dans le cadre d’un dialogue social.»

«Nous devons clarifier la répartition des rôles et des responsabilités, pour contrer cette sensation de non-reconnaissance»

Ce que le municipal retient du rapport, outre que les actions d’animation socioculturelle sont «nombreuses et de qualité», c’est «la frustration d’à peu près tous les acteurs autour de la FASL. Nous devons clarifier la répartition des rôles et des responsabilités, pour contrer cette sensation de non-reconnaissance.»

Le chantier mis en place débutera par un inventaire des besoins du terrain, fait avec les associations, les centres de quartiers et les animateurs. (24 heures)

Créé: 13.03.2018, 21h09

La Caravane des quartiers passe un tour

La Caravane des Quartiers a aussi fait l’objet d’un rapport d’évaluation, commandé par la Ville. Cette fois, en revanche, les conclusions sont très positives. Pourtant, cette manifestation biennale lancée en 2010, avec un budget de 300 000 francs sur deux ans, passe un tour pour «réorienter son projet. Des projets pilotes seront soutenus cette année et elle reviendra en 2019», précise David Payot, nouveau président de l’association. Le municipal remplace Jean-Christophe Bourquin, démissionnaire. L’ancien municipal, qui avait lancé la manifestation, avoue «une certaine fatigue. L’exigence municipale d’évaluer, à grands frais (ndlr: payés par la Caravane), une manifestation qui fonctionne de toute évidence très bien n’a pas été étrangère à cette fatigue.» La Ville justifie la démarche: presque tous les quartiers ont été visités et la Caravane est un des éléments de la politique des quartiers en train d’être planifiée. La disparition du poste de responsable de l’Unité manifestations de la Ville, Nicola Di Pinto, à l’origine de la Caravane, est aussi à mettre au compte des changements. Estelle Papaux, secrétaire générale à la Direction de l’enfance, de la jeunesse et des quartiers, le remplace.

Interrogé, Vincent Steudler, mandataire qui a porté la manifestation avec une petite équipe, a été tenu à l’écart de ces revirements. Il ignorait, par exemple, qu’il n’y aurait pas d’édition 2018. «J’aurais trouvé élégant que l’on me dise les choses», soupire-t-il. Saluée de manière quasi univoque par le rapport d’évaluation, l’action du mandataire est toutefois critiquée par «certains membres du comité». Selon plusieurs sources, ces derniers – le directeur de la FASL, Pierre-Alain Verheyen, et la responsable du Bureau lausannois pour les immigrés (BLI), Gabriela Amarelle – ont considéré Vincent Steudler comme employé plutôt que mandataire, intervenant dans ses activités comme des patrons. «Des problèmes de collaboration sont apparus spécifiquement avec Mme Amarelle, indique Jean-Christophe Bourquin. Malgré plusieurs tentatives, il n’a pas été possible de faire converger la logique propre au BLI et celle de la manifestation (ndlr: qui intègre les projets du Fonds interculturel, doté de 60 000 francs tous les deux ans et géré par le BLI).» Sans se prononcer sur d’éventuels «problèmes de personnes», David Payot indique: «La politique des quartiers et le BLI de Mme Amarelle partagent beaucoup de valeurs et un certain nombre de projets, en particulier autour de la Caravane des Quartiers. La répartition des responsabilités devra donc être précisée.»

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