L'animation des quartiers, un os pour la gauche

LausanneLes roses-Verts et la gauche radicale s’exprimeront au Conseil communal après l’annonce d’une reprise en mains par la Ville.

L'animation socioculturelle lausannoise (ici aux Bergières auprès des écoliers durant la pause de midi) sera-t-elle bientôt gérée directement par l'administration, sans l'intermédiaire d'une structure propre?

L'animation socioculturelle lausannoise (ici aux Bergières auprès des écoliers durant la pause de midi) sera-t-elle bientôt gérée directement par l'administration, sans l'intermédiaire d'une structure propre? Image: FLORIAN CELLA/A

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Après l’agitation de décembre, le temps de l’analyse. En proie à d’incessants rapports de force, l’animation socioculturelle des quartiers fait l’objet de trois interventions au Conseil communal de Lausanne, rédigées par les groupes de la gauche. Elles sont agendées au menu de ce mardi soir.

Favoriser le vivre-ensemble et promettre une intégration de chaque habitant dans son quartier: tel est le graal pour une animation de proximité. Cette œuvre de citoyenneté ne va pas sans difficulté, puisqu’il s’agit de faire correspondre les besoins de la population aux réalités financières d’une Commune. La tâche est d’autant moins facile que les visées divergent entre ceux qui veulent offrir des prestations au plus grand nombre et les tenants d’une approche plus sensible, propre à débusquer les oubliés de chaque barre d’immeuble.

Nouveaux statuts

Après des années de questionnements entachés de bisbilles, l’organisation de cette politique continue de poser problème. À la Fédération lausannoise des centres de loisirs a succédé, en 1995, la Fondation pour l’animation socioculturelle lausannoise (FASL). Aujourd’hui, il est question de «municipaliser» cette activité, ce qui reviendrait à supprimer toute structure intermédiaire entre la Ville qui paie et les acteurs de l’animation qui font.

L’automne dernier, après un an de concertations entre les professionnels de l’animation, les associations de quartiers et les organes dirigeants de la FASL, de nouveaux statuts ont été proposés qui, selon leurs auteurs, correspondaient aux recommandations des audits menés en 2017. La nouvelle mouture, rédigée sur un mode participatif, vouait la Ville au rôle de payeur, voire de régulateur, sans véritable compétence décisionnelle. N’acceptant pas cette vision des choses, la Municipalité annonçait fin novembre qu’elle allait elle-même reprendre la réorganisation en main.

En décembre, les animateurs ont manifesté sur la place de la Riponne avec de nombreux représentants des associations de quartiers et des habitants. Une pétition circule en outre pour demander l’autonomie de la FASL et la fin du «chantage au financement».

Aujourd’hui, les trois groupes de la gauche lausannoise –socialistes, Verts et gauche radicale– exigent des explications. À noter qu’à droite le PLR a déjà dit être favorable à une reprise de toute l’activité par la Ville.

Dans les derniers textes, le président du parti socialiste lausannois, Denis Corboz, interprète que cette «municipalisation» de l’animation socioculturelle lausannoise va bel et bien avoir lieu. Il s’interroge sur les modalités, en particulier sur les conséquences pour l’emploi. «Ce que je veux savoir avant tout, nous dit-il au téléphone, c’est comment va s’articuler le calendrier des opérations. Nous ne voulons pas laisser davantage mariner les acteurs de l’animation socioculturelle.» Le conseiller communal en appelle à un retour à la sérénité.

Bénévoles dubitatifs

Pas sûr qu’il soit entendu du côté de la gauche radicale et des Verts. L’élu d’Ensemble à Gauche, Johann Dupuis, fustige une Municipalité qui n’a, selon lui, pas suivi les recommandations des audits qu’elle a elle-même commandés. Il fait valoir que les rapports ont préconisé à la Ville de se retirer de la structure qu’elle finance.

Plus modéré, le Vert Ilias Panchard écrit qu’il comprend le souhait de la Ville de bénéficier d’un «certain droit de regard sur les activités financées par le budget communal». Contacté, il redoute cependant le choix d’une solution qui ne suscite «que du mécontentement»: «Je crains une alliance des PLR et des socialistes sur cette question.» Les deux groupes, majoritaires à eux deux, pourraient accélérer le processus.

Sur le terrain, les bénévoles des associations sont dubitatifs. Pour Frances Trezevant, présidente du comité de Pôle Sud, une disparition de la FASL mettrait en péril le travail des bénévoles des associations de quartier. «Il ne faut pas oublier, ajoute-t-elle, que la FASL reçoit de l’argent en plus du budget accordé par la Ville, de la part de la Loterie romande, par exemple. Cet argent finance des projets. Personnellement, en tant que bénévole, je trouverais démotivant que l’animation soit entièrement reprise par la Ville.»

La solution municipale

La Municipalité a répondu par écrit aux interpellateurs. Elle juge que «des liens fonctionnels sont nécessaires entre la politique municipale et l’animation socioculturelle». Chargé du dossier, David Payot annonce que les discussions entre une délégation de la Municipalité et une délégation de la FASL reprendront dès janvier.

La solution que veut promouvoir la Ville consiste dans des conventions tripartites pour chaque centre, comme cela se fait à Genève. L’idée a d’ores et déjà été rejetée par l’assemblée générale de la FASL, ce qui a précipité, le 29novembre, l’annonce d’une reprise en main par la Ville.

David Payot ne se démonte pas: «Il y a un enjeu de suivi des dépenses, mais aussi de concertation des services s'adressant aux mêmes publics.» Optimiste sur l’issue des prochains pourparlers, il commente: «Il est acceptable que nous ne soyons pas d’accord mais pas que nous ne nous comprenions pas.» Dorénavant, le syndic Grégoire Junod fera partie de la délégation municipale. Il indique que la Municipalité n’est «pas à tout prix pour une municipalisation». «Mais, quel que soit le modèle, nous devons être partie prenante, insiste-t-il. Nous avons des comptes à rendre au Conseil communal et aux contribuables lausannois.»

Créé: 14.01.2020, 06h42

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