Les apprentis criminologues sont à l'étroit dans leurs labos

UNILEntre locaux trop petits et étudiants en hausse, l’Ecole des sciences criminelles manque d’air. Victime de son succès, elle doit faire dans le système D. Et attend son extension comme le Messie.

«Oui, nous manquons de place, mais nous relativisons. En comparaison avec l’étranger, nous sommes très bien équipés», indique Olivier Ribaux, directeur de l’Ecole des sciences criminelles.

«Oui, nous manquons de place, mais nous relativisons. En comparaison avec l’étranger, nous sommes très bien équipés», indique Olivier Ribaux, directeur de l’Ecole des sciences criminelles. Image: VANESSA CARDOSO

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Fondée en 1909, la plus ancienne école de police scientifique du monde suffoque. Depuis plusieurs années, le nombre d’étudiants de l’Ecole des sciences criminelles (ESC) de l’Université de Lausanne (UNIL) augmente régulièrement. Réputée et reconnue loin à la ronde, la qualité de la formation y est pour beaucoup. Mais cet engouement est également à mettre au crédit de la série américaine Les Experts. L’émission, qui a fait sortir les sciences forensiques de petits cercles d’initiés en leur donnant une visibilité mondiale, a séduit nombre de jeunes, tentés par l’analyse de scènes de crimes (lire ci-contre).

Si la nouvelle est évidemment réjouissante, elle se heurte pourtant à un problème de taille: les locaux n’ont pas suivi ce boom, obligeant enseignants et étudiants à se faire de plus en plus petits. «C’est un peu rock’n’roll, on est les uns sur les autres! Cette surcharge impose une sacrée organisation», soupirent certains étudiants dans les couloirs.

Journées plus longues
Dans cette histoire, les chiffres parlent d’eux-mêmes. Datant du début des années 1990, les locaux actuels ont été conçus pour environ 140 étudiants et une trentaine de collaborateurs. Or, l’école compte aujourd’hui entre 500 et 600 étudiants. Rien qu’en première année, ils ne sont pas loin de 200. Sans oublier la quinzaine de professeurs et les quelque 150 collaborateurs qui se côtoient au sixième étage bâtiment Batochime.

«Nous essayons de gérer cette situation qui pose de sérieux problèmes», ne cache pas le professeur Olivier Ribaux, directeur de l’Ecole des sciences criminelles, témoin privilégié du développement spectaculaire de l’institution. «En 1986, lorsqu’elle se trouvait encore en centre-ville, place du Château, l’école ne comptait qu’un seul professeur.» Les temps ont changé.

Sur le campus, pour pouvoir absorber cette explosion sans possibilité de pousser les murs, il a bien fallu s’adapter. «Nous avons dû revoir toutes nos méthodes d’enseignement et notre organisation en profondeur», indique le directeur.

Concrètement, les volées ont été divisées en deux groupes, le nombre d’heures passées en travaux pratiques (essentiellement dès la 2e année) dans les laboratoires a donc doublé. «Les labos ferment plus tard et nos journées sont plus longues», poursuit Olivier Ribaux. Et le responsable d’ajouter que cette réorganisation, de même que la facture qui l’accompagne, doit beaucoup au Fonds d’innovation pédagogique de l’UNIL, largement sollicité pour faire face à la situation.

Doublement des surfaces en 2019
Le directeur ne nie pas les problèmes. Mais, ferme, il lance d’emblée: la formation ne souffre pas de ce manque de place. «Plusieurs cours scientifiques, mathématiques, physique et chimie en tête, se déroulent à l’EPFL, où la place n’est pas un problème. Quant aux techniques de base que nous enseignons, elles ne sauraient être dispensées au rabais. Durant leur formation, les étudiants suivent des stages au sein de corps de police. Là, ils doivent être capables de relever des empreintes, de prendre des photos et d’étudier des scènes de crimes. Ces techniques de base ne sont pas négociables, raison pour laquelle nous avons doublé les travaux pratiques.»

Reste le problème de la place, dont la solution devrait intervenir courant 2019, grâce à la transformation de l’Amphipôle, l’ancien Collège propédeutique. Devisé à plus de 43 millions, le projet prévoit l’extension du bâtiment, dont une aile est prévue pour l’Ecole des sciences criminelles. Un bol d’air que le directeur semble attendre comme le Messie. «Nous savons qu’il nous reste deux ans, donc nous tenons aussi bien que possible. Mais, à plus long terme, la situation actuelle ne serait pas tenable.»

Grâce à l’extension prévue où seront concentrés l’enseignement et l’informatique, l’école, qui conservera ses locaux actuels, va voir sa surface disponible doubler. De quoi souffler et voir venir en attendant une éventuelle reprise de la série Les Experts.


Les raisons d'un tel engouement

Pour expliquer l’attrait pour les études en sciences criminelles, il y a bien sûr Les Experts. «Un peu à contrecœur, mais il faut bien le reconnaître», sourit Emmanuel Fivaz, président de l’Association des diplômés en sciences criminelles et policier scientifique à Neuchâtel. «Il y a une dizaine d’années, lorsque la série a moins été diffusée ou suspendue, nous avons enregistré moins d’inscriptions, avant qu’elles ne redécollent de nouveau», ajoute Olivier Ribaux, directeur de l’Ecole des sciences criminelles.

Créé: 17.02.2017, 08h20

Interview

«Après l’affaire Grégory, les Français ont été formés à Lausanne»

Chef de la police judiciaire du canton de Neuchâtel, Olivier Guéniat connaît bien l’Ecole de sciences criminelles de l’Université de Lausanne. Et pour cause, entre 1987 et 1991, il a suivi le cursus de l’institution lorsqu’elle se trouvait place du Château, en plein centre-ville de Lausanne. Il y a décroché son diplôme de police scientifique et de criminologie.



Aujourd’hui, Olivier Guéniat donne des cours à l’Ecole des sciences criminelles de l’UNIL. Evoquant «un réel vivier de talents», il y puise d’ailleurs nombre de diplômés, qui font grossir les rangs de la police neuchâteloise.

– Victime de son succès, l’école est aujourd’hui à l’étroit. Etait-ce plus confortable de votre temps?

– Non, même pas (rires). Lorsque je me suis inscrit, maturité économique en poche, on a tenté de m’en dissuader. En centre-ville, les locaux étaient déjà trop petits. Nous étions 60 en première année puis cinq après quatre années d’études. A l’époque, il y avait un numerus clausus et les examens de fin de première année, où une vingtaine d’étudiants nous quittaient, étaient un vrai massacre. Les Experts n’étaient pas encore diffusés, mais l’engouement était déjà réel.

– Un attrait à mettre donc uniquement au crédit de l’école.

– Absolument! Depuis son ouverture au début du XXe siècle, elle a toujours été à la pointe. Sans remonter aussi loin, l’Ecole des sciences criminelles, anciennement Institut de police scientifique et de criminologie, jouit d’une excellente réputation à l’étranger, en particulier en France. Après le fiasco de l’affaire Grégory (ndlr: l’enfant de 4 ans assassiné en France en 1984 et dont la mort est encore entourée de mystère), de profondes réformes ont été entreprises en France, notamment en termes de formation. Après ce drame, ce sont ainsi tous les cadres de l’Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale (IRCGN) de Cergy-Pontoise (F) qui ont été formés à Lausanne. A l’heure de la collaboration internationale entre polices, il s’agit d’un réel avantage. Aujourd’hui comme à l’époque, la formation dispensée à Lausanne est de très haute tenue. Y sont formées les forces de l’ordre de demain, la police 3.0. Avec les nouvelles technologies, le crime évolue à une vitesse vertigineuse. Les sciences forensiques et leur formation doivent suivre.

– Comment expliquez-vous l’engouement pour cette discipline?

– Ce qui plaît énormément, c’est la diversité des savoirs qui constituent les sciences forensiques. Il y a évidemment les sciences dures, physique et chimie en particulier, mais également les sciences humaines, le droit, la politique criminelle et j’en passe. Le tout enseigné de façon très pointue. Dans quelle autre discipline peut-on étudier les courbes balistiques et la psychiatrie légale en même temps? Enfin, il ne faut pas oublier que le crime fascine et de nombreux étudiants choisissent ce cursus pour lutter contre les injustices.

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