Les Archives de Venise lâchent Time Machine

LausanneL’arrêt de la collaboration décidé par les autorités italiennes remet en cause la numérisation par l'EPFL de l’histoire de la Cité des Doges.

Le Palais Royal, construit entre 1648 et 1665, a longtemps fait office d'hôtel de Ville d'Amsterdam. La Ville fait aujourd'hui partie du projet Time Machine

Le Palais Royal, construit entre 1648 et 1665, a longtemps fait office d'hôtel de Ville d'Amsterdam. La Ville fait aujourd'hui partie du projet Time Machine Image: Amsterdam City Archives

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«On nous a fermé les portes des archives, mes équipes n’ont même pas pu récupérer leur matériel.» Au bout du fil, lundi soir, Frédéric Kaplan, directeur du Laboratoire d’humanités digitales de l’EPFL et père du projet Time Machine, ne cache pas sa déception. Ni son embarras. En cause: la décision des Archives d’État de Venise, relayée par le site d’information Heidi News, de suspendre la collaboration avec l’immense projet de l’EPFL.

Pour mémoire, Time Machine, lancé en 2012 par l’EPFL en partenariat avec l’Université vénitienne Ca’Foscari et les Archives d’État, ambitionne de reconstituer l’histoire de la Sérénissime sur plus de mille ans grâce à une modélisation multidimensionnelle. À ce jour, ce sont quelque 200'000 documents de l’histoire de la ville (plans, cadastres, relations commerciales, registres…) qui ont été scannés et sont accessibles au public sur un site dédié. À mi-chemin entre un Google Earth et un Facebook du passé, le projet de machine à remonter le temps (voir la vidéo ci-dessous), qui s’appuie sur des scanners dernier cri, des robots, des drones et autres systèmes permettant de reconnaître et de déchiffrer les écritures manuelles, ne peut plus avancer sans accès aux quelque 80 km d’archives.

Le coup est donc dur pour l’EPFL, a fortiori dans la mesure où l’école ne s’attendait pas à «ce revirement à 180 degrés», qu’elle a appris par un communiqué de presse publié unilatéralement. «Nous avons toujours eu d’excellentes relations avec les Archives d’État avec qui, très récemment encore, nous discutions des prochaines séries à numériser. Mais un nouveau directeur a été nommé il y a trois semaines. Aujourd’hui, il remet en question la valeur de notre travail et la possibilité même de mettre ces documents à notre disposition. Nous ne savons pas ce qui a réellement motivé ce revirement», soupire Frédéric Kaplan.

Dans un communiqué envoyé lundi en fin d’après-midi, l’EPFL précise que l’absence d’accords formels, qui concerne notamment «le droit de licence des images numérisées, dans le but de leur réutilisation par la communauté de recherche», pourrait être en cause.

20 villes à encapsuler

Mais les Archives, qui demandent «une égalité de traitement des institutions et la clarté et le partage des objectifs et des résultats attendus», laissent entendre qu’une reprise de la collaboration n’est pas exclue. Frédéric Kaplan, qui milite pour l’accès «à la petite et à la grande histoire» pour tous, ne jettera pas d’huile sur le feu et annonce qu’il s’agit désormais «d’expliquer calmement ce qu’est le projet et ce qu’il n’est pas».

En dehors de Venise, une vingtaine d’autres villes (Amsterdam, Jérusalem, Paris…) sont en train de bâtir leur propre machine. Une excellente chose, souligne Frédéric Kaplan, dont le projet a également dû faire face à la décision de Bruxelles d’arrêter son programme géant de financement, qui aurait pu lui permettre de récolter 1 milliard en dix ans.

Créé: 23.09.2019, 22h10

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