Passer au contenu principal

Un artisan imprimeur transforme le plomb en or

Les typographes travaillant à l’ancienne ne sont pas légion. Un Lausannois relève le défi dans sa petite imprimerie

Au détour de la rue Curtat, à quelques enjambées de la cathédrale, se cache un véritable musée de la typographie. Un musée vivant. Des caractères en plomb s’empilent aux quatre coins de l’Atelier Typo de la Cité. Des machines centenaires ronronnent, débitant affiches, faire-part, livres ou cartes de visite. Ici, tout est imprimé à l’ancienne sur des presses d’époque à platine ou à cylindre pilotées par Nicolas Regamey.

Ce trentenaire moustachu, Pirate d’Ouchy et fan de Sherlock Holmes, est l’un des rares typographes à composer en lettres de plomb. Comme Gutenberg en son temps, il sélectionne les caractères, les aligne, abreuve en encre et en papier ses impressionnantes machines, presse le tout puis le sèche. Un travail de précision qui nécessite de solides notions de mécanique.

«Nous ne sommes qu’une poignée en Suisse à travailler de cette façon et à en vivre. C’est plus compliqué que de se mettre devant son ordinateur. Il faut être un peu cinglé pour s’amuser à ce genre de choses. Si on n’a pas la passion, il ne faut pas y songer.» Ses compositions élégantes, personnalisables à l’envi, séduisent les entreprises comme les particuliers.

Formé «sur le tas»

Graphiste de formation, Nicolas Regamey a appris ce savoir-faire d’un autre temps auprès de Jean-Renaud Dagon, patron du Cadratin à Vevey. «Il n’existe pas d’école, pas de formation. J’ai appris sur le tas chez lui, tous les samedis. Le jour où il m’a senti prêt, il m’a trouvé une Heidelberg (ndlr: marque historique de presses).» On peut apercevoir, à travers la vitrine, ce cadeau de diplôme pesant plusieurs tonnes, mis en service en 1927.

Au fil des ans, l’imprimeur a récupéré d’autres presses – la doyenne date de 1840 – qu’il a toutes baptisées. «Je leur ai donné un prénom pour matérialiser mon énervement quand je les enguirlande, sourit-il. Elles ont toutes leur histoire et leur caractère. Ma collection, c’est des trouvailles, du sauvetage, de l’échange, de la récupération. Ces machines partent souvent à la casse, même s’il y a petit revival de la typo. Les prix du matériel ont d’ailleurs pris l’ascenseur.»

Conducteur de trains

Gamin, cet amoureux des mécaniques anciennes s’est d’abord entiché de vieilles locomotives. On peut le croiser le dimanche sur la ligne Blonay-Chamby dans un uniforme rétro de conducteur, de chef de gare ou de contrôleur. «Un rêve de gosse.»

Lorsqu’il ouvre son atelier en 2005, il ambitionne de produire lui-même des billets de trains à l’ancienne, en carton. Il déniche et ressuscite trois machines originales, des raretés dont la plus âgée date de 1893. «Ça a été toute une histoire pour les remettre en état. Ce n’est pas raisonnable comme affaire. Mais c’est tellement plus rigolo comme ça.» Il n’existe que cinq artisans en Europe capables d’en faire autant. Bon an, mal an, Nicolas Regamey débite 80'000 à 100'000 tickets pour les courses spéciales des CFF et de la CGN, pour des collectionneurs ou des privés désireux de marquer un événement.

Artisan sociable, Nicolas Regamey ouvrira les portes de son atelier du 31 mars au 2 avril dans le cadre des Journées européennes des métiers d’art 2017. L’occasion d’entendre un passionné intarissable sur l’évolution de l’imprimerie. «L’informatique a bouleversé la profession de fond en comble en seulement dix ans. Les contraintes techniques liées aux formats de mes machines poussent à la créativité. Je peux me casser la tête pour reproduire un croquis fait sur ordinateur, puis aboutir à quelque chose de complètement différent mais de presque mieux. Il y a beaucoup de prérequis techniques dans mon métier mais paradoxalement, je peux faire à peu près tout ce que je veux. Et j’apprends tous les jours.»

Nicolas Regamey est l'un des rares typographes suisses qui travaille à l'ancienne, sur des machines du siècle passé. Il présente ici le dernier livre imprimé dans son atelier: La Pince du pavé. Un recueil de fictions inspirées par la mystérieuse pince emprisonnée dans une dalle de la place de la Riponne.
Nicolas Regamey est l'un des rares typographes suisses qui travaille à l'ancienne, sur des machines du siècle passé. Il présente ici le dernier livre imprimé dans son atelier: La Pince du pavé. Un recueil de fictions inspirées par la mystérieuse pince emprisonnée dans une dalle de la place de la Riponne.
Patrick Martin
Une composition.
Une composition.
Patrick Martin
Les caractères en plomb.
Les caractères en plomb.
Patrick Martin
1 / 6

Cet article a été automatiquement importé de notre ancien système de gestion de contenu vers notre nouveau site web. Il est possible qu'il comporte quelques erreurs de mise en page. Veuillez-nous signaler toute erreur à community-feedback@tamedia.ch. Nous vous remercions de votre compréhension et votre collaboration.