L'aula des Cèdres, perfection en réfection

LausanneLe chef-d’œuvre de Jean Tschumi, classé monument historique, subit une rénovation intérieure pour 7,2 millions.

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Le bâtiment est «tellement bien pensé que l’on ne pourrait pas faire mieux». Le constat est posé par Emmanuel Ventura. L’architecte cantonal supervise les travaux de réfection intérieure de l’aula des Cèdres, à Lausanne, destinés à mettre les lieux en conformité avec les normes de sécurité (amiante, électricité, ventilation…) mais aussi à les adapter aux besoins de la Haute École pédagogique, dont la fréquentation a presque doublé en six ans. Commencés l’été passé, ils devraient se terminer en décembre, sans grande surprise tant au niveau du calendrier que du crédit d’ouvrage de 7,2 millions de francs.

Emmanuel Ventura n’est pas seul à vanter les qualités de la dernière œuvre de Jean Tschumi, qui, décédé avant l’inauguration durant un trajet de train Paris-Lausanne, n’aura pas vu le rendu final. Note 1 au recensement architectural, classé monument historique, le bâtiment construit entre 1959 et 1962 est reconnu comme emblématique de l’architecture des années 60. Tout comme le siège de la Vaudoise Assurance, lui aussi situé dans ce qui était la Campagne des Cèdres.

Les prouesses du béton
La collaboration de Tschumi avec l’ingénieur François Panchaud n’est pas étrangère à l’aura du bâtiment. Alors que le premier a fondé et dirigé l’École d’architecture et d’urbanisme de l’EPUL (ex-EPFL), le second a créé le Centre d’étude du béton armé et précontraint du polytechnique. La coque en hyperbole et parabole qui constitue le toit de l’aula témoigne tant de l’avant-garde de l’architecte que des prouesses techniques de l’ingénieur (elle ne fait que six centimètres d’épaisseur).

Chaque recoin de l’aula des Cèdres pousse à l’admiration. Le béton est travaillé de plusieurs manières différentes: lisse sur le toit, il est bouchardé (martelé) sur certains murs intérieurs. Mieux, le mur rond de l’auditoire central a été taillé à la main par un ouvrier unique. «La régularité du travail au burin montre un seul et même mouvement», explique Emmanuel Ventura. Les alvéoles ainsi créées soignent l’acoustique, mais sont aussi un élément esthétique. Ou quand l’utile est joint à l’agréable.

Tout est pensé aussi pour que le bâtiment dure. La toiture – restaurée en 1995 – est encastrée dans le socle du bâtiment par un système (4e photo) qui permet au béton de travailler sans mettre à mal la structure. D’autre part, des appareils placés en haut des vitres monumentales du foyer mesurent ce mouvement depuis 1962. «Le protocole prévoit des relevés tous les six mois: ça ne bouge pas», témoigne l’architecte cantonal.

La salle de la table ronde
Et si le visiteur connaît les espaces majestueux du foyer, au sud, ou de l’auditoire principal (493 places, 450 après les travaux, pour offrir aux étudiants des sièges avec tablettes), au centre, il ignore souvent le programme de la mezzanine située au-dessus du hall d’entrée, ou encore celui du sous-sol (lire encadré). L’étage supérieur abrite un second auditoire de 100 places (95 après les travaux), aux murs de brique rouge. Mais aussi une petite pièce ronde, qui conserve encore sa table d’origine et son lustre hélicoïdal. Cette alcôve de briques était la salle des jurys de concours, l’aula des Cèdres étant destinée aux étudiants en architecture.

Le bâtiment recèle aussi quelques mystères: les parois de bois qui relient les murs de l’auditoire à la toiture ont sans doute été rajoutées pour ne pas nuire à son acoustique et pour permettre de l’obscurcir, indique Emmanuel Ventura. Déposées durant les travaux, elles laissent un espace vide laissant flotter la toiture. «On ne saura jamais si Tschumi avait initialement prévu de compléter ce vide.» (24 heures)

Créé: 31.01.2018, 06h56

Sous-sol à la James Bond

L’aula des Cèdres que nous connaissons n’est en fait que la pointe d’un iceberg. Ses sous-sols, d’une dimension égale à sa partie supérieure, abritent un monde insoupçonné: le Laboratoire de machines hydrauliques (LMH) de l’EPFL. C’est le dernier témoin de la présence du poly à l’avenue de Cour. Trop difficile à déménager, le LMH a pu demeurer dans l’aula lorsque l’État de Vaud l’a racheté à la Confédération, et bénéficie d’un droit de superficie jusqu’en 2032. Créé en 1969, le LMH a travaillé pour les plus grandes réalisations du monde (Trois-Gorges en Chine, Itaipu au Brésil…). Leader mondial dans le domaine de la physique des écoulements, il réalise une douzaine d’expertises par an, contre deux à ses débuts (quarante chercheurs). Outre le dédale de tuyaux métalliques et les prototypes ultrasecrets de turbines destinés aux quatre coins du monde, les entrailles de l’aula comportent un bassin enterré de 1500 m3, dont l’eau est réquisitionnable en cas de catastrophe.

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