«Autoritaire» et «réservé», tel est le syndic rêvé du PS

LausanneLa candidature de Grégoire Junod a été acclamée par les socialistes lausannois. Retour sur le parcours de celui qui s’affiche résolument comme l’homme fort du parti.

La carrure de Grégoire Junod s’est imposée, tant auprès de ses camarades de parti que de ses adversaires politiques.

La carrure de Grégoire Junod s’est imposée, tant auprès de ses camarades de parti que de ses adversaires politiques. Image: Patrick Martin

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Les trois conseillers municipaux socialistes de Lausanne rempileront en février pour briguer un nouveau mandat lors des élections communales. Mercredi soir, une centaine de militants ont acclamé le trio formé de Florence Germond, Grégoire Junod et Oscar Tosato. Mais, pour le plus grand parti lausannois, il s’agit aussi de reconquérir le siège de syndic. Au lendemain des élections de 2011, les roses affichaient déjà la volonté de reprendre le poste occupé depuis 2002 par le syndic Vert Daniel Brélaz. Grégoire Junod a été le seul à demander l’investiture pour ce siège. Une demande unanimement soutenue par les membres du PS Lausanne. Cela d’autant plus que le municipal du Logement et de la Sécurité publique a été perçu comme papable dès son accession à l’Exécutif lausannois.


Les syndics de Lausanne depuis 1803


«Nul ne doute que Grégoire Junod siégera un jour dans un exécutif», écrivait en 2009 notre collègue Gilbert Salem, dans un portrait publié dans nos pages. C’est que le parcours de Grégoire Junod est rapide. Il s’inscrit au parti à l’âge de 18 ans, devient secrétaire de la section lausannoise à 22 ans et la préside à 29 ans. Il est élu député trois ans plus tard et élu à la Municipalité à l’âge de 35 ans. Le municipal fêtera prochainement ses 40 ans, auréolé de l’investiture de son parti pour le siège de syndic. «J’ai un parcours classique, juge-t-il modestement. Mais j’ai passé plus de la moitié de ma vie avec ma carte du PS.» Ce parcours «classique» a été – imperceptiblement – ralenti en 2003 par de longs mois d’absence des rangs du Conseil communal, alors qu’il se battait contre une leucémie.

«C’est un politicien brillant, qui a la faculté de s’approprier rapidement les dossiers. Mais il est autoritaire, n’aime pas être contesté et, si besoin, met les gens sous pression.»

Ce parcours est celui d’un homme qui se présente désormais ouvertement comme le chef de file de son parti à l’Exécutif de la ville. Il trahit une volonté d’agir qui lui est propre. Pourtant, on perçoit une certaine pudeur dans sa personnalité. Lui-même se dit «réservé, influencé par 300 ans de protestantisme».

Une volonté sans faille

N’empêche que la législature qui s’achève a révélé une facette bien plus affirmée de sa personne. En 2011, Grégoire Junod avait déjà dû gérer une image de «tueur» alors qu’il succédait à un Jean-Christophe Bourquin prié par le parti de ne pas se représenter. En 2012, il reprend crânement les rênes de la Sécurité publique, délaissée par le popiste Marc Vuilleumier. Depuis, le socialiste affiche une volonté sans faille dans la conduite de ses affaires.

«C’est un politicien brillant, qui a la faculté de s’approprier rapidement les dossiers, confie un politicien lausannois. Mais il est autoritaire, n’aime pas être contesté et, si besoin, met les gens sous pression.» D’ailleurs, au sujet de la police, il se dit que le commandant n’est pas toujours celui que l’on croit.

Lorsqu’on lui pose la question, Grégoire Junod répond après un bref sourire: «On est élu pour porter des projets et les concrétiser, c’est une motivation forte de mon engagement politique. Cela implique parfois de s’imposer et j’aime m’impliquer dans la gestion de mes services.»

Face à cette détermination, la question de la syndicature s’est vite réglée entre les trois élus socialistes. La carrure de Grégoire Junod s’est imposée. On aurait pu imaginer Florence Germond, qui tient fermement les finances publiques, reprendre le flambeau féminin autrefois brandi par Yvette Jaggi. Très populaire, Oscar Tosato aurait aussi pu prétendre au siège de syndic alors qu’il brigue son quatrième mandat. Mais le municipal à la tête du Social et des Ecoles a probablement raté l’occasion de s’imposer en 2011, alors qu’il caracolait en tête des suffrages. Depuis, le trio socialiste joue la carte du travail en équipe, évitant soigneusement toute lutte intestine. La marque de cette collaboration s’est fait sentir sans tarder, avec la refonte du programme sportif de Métamorphose. Un premier coup d’éclat qui a marqué l’arrivée à l’Exécutif d’une nouvelle génération avec Florence Germond et Grégoire Junod.

Pas blasés par vingt-cinq ans de pouvoir, les roses lausannois affirment leurs ambitions en espérant conquérir de nouveaux sièges au Conseil communal, en février prochain. Devant ses troupes, Grégoire Junod a même surpris en promettant de «profonds changements» dans l’état d’esprit de l’administration. «La surréglementation est une gangrène dans ce pays, et il faut trouver l’énergie de faire sauter deux ou trois verrous», a-t-il lancé. En ligne de mire, la police du commerce et celle des constructions. «Il faut donner à certains services de l’administration les moyens de ne plus être seulement un bureau de contrôle, mais aussi un facilitateur de projets, comme cela a été fait à la Riponne, où la police du commerce a joué un rôle positif. Cela doit se généraliser», précisait-il hier. Préservation du patrimoine bâti et propreté en ville font également partie de ses ambitions pour la prochaine législature.

Créé: 13.11.2015, 06h49

Géraldine Savary peut-elle viser le Conseil d’Etat?

Ces jours, les époux Géraldine Savary et Grégoire Junod occupent le devant de la scène. Dimanche dernier, la sénatrice a été très bien élue pour la troisième fois de suite. Ses bons scores aux élections à la majoritaire, à l’échelle du canton, donnent une indication sur la popularité dont jouit la dame. Le Parti socialiste peut-il faire l’impasse sur une locomotive électorale dans la perspective de conserver la majorité au Conseil d’Etat en 2017?

La question se corse avec l’annonce de la candidature à la syndicature de Lausanne de Grégoire Junod, mercredi soir. S’esquisse alors un scénario insolite: madame au Conseil d’Etat et Monsieur à la tête de la première ville du canton. Les textes légaux ne l’interdisent pas.

«D’abord, je suis élue au Conseil des Etats, coupe Géraldine Savary. Si je me suis représentée, c’est, a priori, pour aller jusqu’au bout de la législature. Après, tout peut se passer, mais cela relèverait d’éléments extérieurs à ma personne. Ce n’est pas moi qui décide pour le parti. Mais, dans le cas purement théorique où cette situation se présenterait, il faudrait l’exposer en toute transparence à la population.»

Comment l’électorat réagirait-il dans cette perspective assez spéciale? «C’est très difficile à dire», s’interroge Claude-Alain Voiblet, conseiller communal et député UDC. Pour le président du Parti socialiste lausannois, tout cela relève de la sculpture sur nuage. «C’est spéculer sur une double hypothèse, estime Benoît Gaillard. Nous prenons les élections les unes après les autres. Il faut d’abord que Grégoire Junod soit élu à la syndicature. Ensuite, nous ne savons pas encore qui se représentera en 2017. Pierre-Yves Maillard fera part de sa décision l’année prochaine. Mais, si l’hypothèse Savary venait à se confirmer, sa situation serait un élément d’analyse parmi beaucoup d’autres facteurs pour le choix de nos candidats.»
Renaud Bournoud

Candidature crédible, mais arrogante

Depuis le camp d’en face, on observe les gesticulations à gauche. La droite, actuellement minoritaire à la Municipalité de Lausanne (un contre six), ne s’imagine pas prendre la majorité ce printemps. Tout au mieux, gratter un ou deux sièges. Dès lors, elle n’a aucune vue sur la place de syndic. «Au PLR, il est plutôt admis que Grégoire Junod a la carrure pour la syndicature, même si nous ne partageons pas ses visions politiques», indique Mathieu Blanc, candidat PLR à la Municipalité.

Le conseiller communal et député UDC Claude-Alain Voiblet se montre plus féroce: «Je trouve un peu arrogant de se déclarer candidat à la syndicature avant l’ouverture des élections municipales.»

Tout a une explication pour le président du Parti socialiste lausannois. «Cela fait cinq ans que le PS dit qu’il veut la syndicature, rappelle Benoît Gaillard. Nous annonçons simplement avec qui nous revendiquerions cette syndicature, dans le cas où les élections confirmeraient notre position de premier parti à Lausanne.» R.B.

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