L’avenue d’Échallens, un futur encore incertain

LausanneDans le sous-sol lausannois, le tunnel du LEB se fraye péniblement un chemin. En surface, que fera-t-on de l’espace libéré? Réponse complète dans dix ans.

La municipale Florence Germond indique qu'à ce stade «la circulation automobile dans les deux sens n’est pas remise en cause», mais que la Ville veut «promouvoir et permettre une mobilité plus durable».

La municipale Florence Germond indique qu'à ce stade «la circulation automobile dans les deux sens n’est pas remise en cause», mais que la Ville veut «promouvoir et permettre une mobilité plus durable». Image: Patrick Martin

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On a beaucoup parlé des changements du LEB, qui passera sous l’avenue d’Échallens pour éviter les accidents, trop fréquents sur cette artère. On a moins parlé de ce qui restera à la surface. Pourtant, il y aura encore du beau monde: piétons, cyclistes, passagers du bus numéro 9, motocyclistes et automobilistes continueront de se partager la chaussée. Une chaussée libérée de ses voies.

Celles-ci seront retirées lorsque le LEB pourra circuler dans son tunnel (lire ci-contre). Ce sont les Transports publics lausannois qui se chargeront du chantier et de son coût, indique la municipale de la Mobilité et des Routes, Florence Germond. Les autorités lausannoises devront s’occuper de la suite. L’élue socialiste donne le ton, à défaut de pouvoir dévoiler ce qu’il adviendra de chaque mètre libéré des voies.

«L’avenue d’Échallens est évidemment, avec celle de Morges, un axe historique et actuel très important pour l’entrée et la sortie de la ville, à l’ouest. Mais c’est en même temps un lieu de vie et de commerces. Et nous voulons veiller à mieux conjuguer les deux.» Trop souvent perçu uniquement comme une zone de transit, le secteur est, sans surprise, tout en haut de la liste des rues trop bruyantes. La Ville verrait plutôt l’avenue, avec le départ du LEB, «devenir un lieu agréable à vivre».

Et les voitures?

La question brûle les lèvres: Florence Germond en profitera-t-elle donc pour envoyer rouler les voitures ailleurs? «À ce stade, non, la circulation automobile dans les deux sens n’est pas remise en cause. Mais il est sûr que nous souhaitons promouvoir et permettre une mobilité plus durable.» Le traçage de pistes réservées aux cyclistes semble être acquis.

Mais il faudra patienter. D’autant que les premières modifications auront lieu tout à l’ouest, entre Union Prilly et Montétan. Pas exactement sur le tronçon d’un peu plus de 1 km, célèbre pour ses collisions.

Le carrefour de Montétan est aujourd’hui un enfer pour les piétons pressés: les feux durent une éternité et les lieux de croisement ne sont pas nombreux. La situation devrait s’améliorer l’an prochain. Un préavis de 2 millions de francs sera déposé cette année et des aménagements effectués dans la foulée. «Nous améliorerons la chaussée, les trottoirs, les installations cyclables», résume Florence Germond.

La ligne de bus 9 (Prilly-Lutry) verra sa priorité renforcée, alors que la voiture perdra du terrain: «Des surfaces importantes seront libérées de la circulation dans le cadre de cette réorganisation du carrefour, indique la municipale. Les gabarits routiers de 23 mètres de large environ aujourd’hui seront réduits de plus de moitié. Cet espace libéré pourra être affecté à des aménagements provisoires, par exemple à vocation paysagère, en lien avec le parc de Valency.»

Population consultée

Mais le gros morceau, devisé à 16 millions de francs, concernera le réaménagement de l’axe Valency-Boston. «Nous allons prendre le temps et très largement consulter la population», prévient Florence Germond. Elle estime que cette réflexion durera jusqu’en 2027.

Pour la nourrir, trois types d’études ont été lancées: sur la mobilité, sur la composition socio-économique du quartier et sur son «microclimat». Cette dernière, menée avec la Haute École du paysage, d’ingénierie et d’architecture de Genève (Hepia), «permettra par exemple de définir les emplacements à privilégier pour des points d’eau, l’arborisation ou encore les secteurs propices à la création de terrasses». Au fil de ce long processus, les Lausannois verront apparaître des aménagements légers, amovibles, temporaires.

La Ville intégrera aussi sans doute les demandes de l’Association de l’avenue d’Échallens (Asavec). Créée précisément dans la perspective d’une requalification du quartier, l’association de riverains a déjà organisé un safari urbain ou encore une balade sonore. Elle fait circuler en ce moment une pétition qui regroupe ses revendications. Et ratisse large: limite de la vitesse à 30km/h, développement d’espaces verts, de pistes cyclables, mise en valeur des commerces, mais aussi des points de vue sur le lac…

«Très sympathique»

La présidente de l’Asavec, Corinne Jeanmonod Brandt, est convaincue de l’importance de soigner cette mutation. Et explique que les premiers événements ont déjà donné lieu à l’expression d’idées et quelques constats. «C’est une avenue très sympathique, si on prend le temps de s’y arrêter. Elle n’est pas trop gentrifiée, et même si ce n’est pas Chailly ou Grancy, il y a pas mal de commerces et une vraie vie de quartier.»

Mais elle voit une menace majeure pour une reconversion réussie: les BHNS. Ces bus à haut niveau de service, destinés à rouler vite et en site propre, sont planifiés sur l’avenue d’Échallens. «Ils risquent de simplement remplacer le LEB, prendre tout autant de place et être tout aussi dangereux!» Pour la riveraine, ce projet n’a pas sa place sur l’avenue. Florence Germond rappelle pour sa part que les BHNS de ce secteur sont parmi les derniers planifiés du réseau. «Mais il est vrai que c’est un des challenges de cette requalification», admet l’élue.

Créé: 05.02.2020, 06h37

Des mois de retard

Nous avions quitté le chantier du futur tunnel du LEB en octobre 2019. Des émanations de gaz toxiques freinaient alors les travaux. Les ouvriers venaient de tomber sur des veines de charbon et de pyrite qui, combinées à la chaleur des machines, se transforment en dioxyde de soufre et en sulfure d’hydrogène. Quand le taux de soufre dans l’air dépassait le seuil autorisé, le percement du tunnel était suspendu jusqu’à ce que les valeurs retombent.

De quoi avoir des conséquences sur le planning général du chantier? À l’époque, les responsables ne se prononçaient pas, indiquant que la «répartition aléatoire des minéraux ne permet pas d’estimer leur présence et leur quantité».

Ils annoncent aujourd’hui que le planning ne pourra pas être tenu. «Nous avons renoncé à une mise en service du tunnel fin 2020, comme prévu initialement. Ce serait prématuré d’annoncer une nouvelle date car cela dépend de l’avancement de la creuse, et actuellement nous sommes toujours dans un secteur géologiquement complexe», indique Samuel Barbou, chef de projet pour les Transports publics lausannois (TL).

Le spécialiste rappelle que le chantier a subi une série de contretemps: recours durant la procédure, sépultures plus nombreuses que prévu dans le parc de la Brouette, difficultés géologiques lors de la creuse du puits dans ce même parc et, maintenant, émanations toxiques. D’après les TL, le retard se comptera en mois plutôt qu’en semaines.

Les émanations diminuent mais n’ont pas disparu. «Nous sommes confrontés à des veines de charbon moins importantes mais qui impactent toujours le rendement», explique Samuel Barbou. Le dispositif de contrôle mis en place pour veiller à la sécurité des employés demeure: port de masques avec filtre à charbon actif, augmentation de la ventilation et arrêt temporaire des travaux au besoin. La qualité de l’air reste analysée en continu.

Les retards occasionnés «ont évidemment un coût, mais il n’y a actuellement pas d’alerte sur ce plan», précise le chef de projet. L’impact dépendra de l’avancement futur du chantier. «Le 29 janvier, nous avons atteint 70% de linéaire excavé depuis le parc de la Brouette, soit environ 900 mètres. Nous arrivons sous l’Hôpital de l’enfance.»

À noter qu’une «contre-attaque» de 70 mètres a été creusée à Union-Prilly, les ouvriers terminant actuellement son bétonnage. Romaric Haddou

En chiffres

Au dernier comptage, en 2014, on recensait 10'800 véhicules par jour sur l’avenue d’Échallens, entre Chauderon et Montétan. Dont 5% de vélos.

Une part qui a sans aucun doute augmenté depuis. Pour ce qui est des axes qui débouchent sur cette avenue, on décompte 10'700 véhicules par jour sur l’avenue de Morges, 8'900 depuis Recordon et 8'000 à Montétan.

Le nombre de piétons qui traversaient le tronçon était alors de 450 à 700 aux heures de pointe. Alors que, dans les transports publics, on dénombrait 14'000 passagers, répartis également entre la ligne de bus 9 et le LEB. CI.M.

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